C’est l’histoire d’un homme qui n’a pas eu le privilège d’avoir des enfants, en seize ans de mariage ! Le premier jour de Roch Hachana, il décida d’acheter le « Maftir de ‘Hanna », qui est une Ségoula connue pour avoir des enfants.

C’était un Roch Hachana qui tombait le Chabbath, où sept appelés lisent dans la Torah. Lorsqu’un des fidèles s’apprêta à monter pour la sixième montée, son frère s’adressa subitement à lui : « J’ai acheté la septième (montée), comment pourrais-je monter à la Torah après toi ? » (En effet, deux frères ne peuvent monter à la Torah l’un à la suite de l’autre, comme l’indique le Ora’h ‘Haïm 141-6).

Dans cette synagogue, l’usage étant de s’abstenir d’ajouter d’autres appelés lors de la lecture de la Torah, le septième appelé s’adressa alors à celui qui avait acheté le Maftir (les deux hommes ne se connaissaient pas), exposa son problème avec son frère, et lui demanda : « Pourriez-vous s’il vous plaît échanger avec moi votre montée, vous pourriez monter comme septième, et moi, comme Maftir ? » (Il ignorait bien entendu que l’homme ayant acquis le Maftir était sans enfants, et c’est pourquoi il l’avait tout particulièrement acheté.)

L’homme fut fort surpris de la question, et pensa : j’avais vraiment désiré acquérir ce Maftir, et déployé beaucoup d’efforts dans ce but, comment pourrais-je renoncer à cette grande opportunité ? Mais il donna tout de même une réponse positive : « Je vous en prie, vous pouvez monter à ma place. »

L’homme sans enfants monta en septième, et le frère qui avait acheté la septième montée monta pour le Maftir de ‘Hanna.

Après la prière, le frère réfléchit : qu’ai-je fait, comment ai-je pu demander à un Juif de renoncer au Maftir, peut-être voulait-il spécialement cette montée ?... Toujours plongé dans ses pensées, quelqu’un murmura alors à ses oreilles : « ça m’embête de vous dire cela, mais untel qui avait acheté le Maftir de ‘Hanna n’a pas d’enfants, et attend une délivrance depuis 16 ans… »

A ce moment-là, l’homme fut horrifié et son cœur se déchira. Il se hâta de présenter ses excuses à l’homme sans enfants : « Je ne sais comment je pourrai expier la grave erreur que j’ai commise… » Mais son interlocuteur le rassura : « Il n’est pas nécessaire de vous excuser, je l’ai fait de tout cœur… J’ai déjà tenté de nombreuses Ségoulot pour avoir des enfants, mais je n’ai pas encore tenté celle du renoncement. »

Un an passa. Le premier jour de Roch Hachana, l’homme sans enfants arriva à la synagogue, et, à l’entrée, l’attendait l’homme qui était monté à sa place au Maftir ‘Hanna l’année précédente. Il s’adresse à lui, en pleurs : « Ecoutez, pendant toute l’année, j’ai pensé à ce que j’avais fait l’année dernière. Mon cœur était brisé. N’achetez pas le Maftir de ‘Hanna cette année, j’ai décidé de l’acheter de ma poche pour vous… »

« Ce n’est pas nécessaire, vraiment, tout va bien », l’interrompit l’homme.

Mais son interlocuteur persista : « Vous êtes obligé d’accepter le Maftir, peut-être, ainsi, pourrais-je obtenir une Kapara, une expiation pour mon acte ».

« Mais je vous répète, mon cher ami : ce n’est pas nécessaire ! »

« Comment ça ? »

L’homme qui avait été sans enfants répondit, un large sourire aux lèvres : « Grâce à D.ieu, nous avons eu il y a trois mois des jumeaux ! »

(D’après le Maguid Hamécharim, Rabbi Chlomo Lévinstein chlita)