Les faits rapportés dans la Torah écrite – les 5 Livres de Moché – incluent à la fois des faits historiques et des instructions législatives pour l’organisation de la vie. Rachi, dans son premier commentaire sur le premier verset de Beréchit, explique que le but de la Torah n’est pas de rapporter des faits historiques, mais de prouver que le monde a un Auteur. Cet objectif de la création est illustré par le désir d’enseigner que le corps (histoire et géographie) est l’enveloppe d’une réalité psychique (but de la législation de la Torah).
C’est ce double aspect – physique et métaphysique – qui est la caractéristique de l’être juif, et de sa survie parmi les nations. Il importe de découvrir cette double dimension, car elle accompagne l’histoire d’Israël jusqu’à aujourd’hui et lui donne sa particularité parmi les nations.
Relevons d’abord que des 5 Livres de la Torah, le premier – Beréchit – est essentiellement historique, et le cinquième – Dévarim – est essentiellement législatif. Les trois autres Livres – Chémot, Vayikra et Bamidbar – mêlent des évènements historiques aux ordonnances législatives. Même Vayikra – essentiellement législatif – rapporte des faits importants comme la mort des deux fils d’Aharon. Ainsi, dans la Torah écrite, le factuel et le législatif sont en fait inséparables. La dernière Paracha de Bamidbar illustre cela :
Quand les enfants d’Israël sont aux portes d’Erets Canaan, l’histoire et la géographie se mêlent aux règles de la vie humaine. Dans cette dernière Paracha, la Torah rapporte l’histoire des enfants d’Israël depuis leur sortie, les 42 étapes de leur voyage, et ensuite un chapitre décrit les limites géographiques d’Erets Israël, de façon détaillée. À ces chapitres historiques et géographiques, s’ajoute une Paracha pour la protection du meurtrier involontaire. Ainsi s’achève le Livre de Bamidbar, en y ajoutant juste une dernière ordonnance concernant la possession d’Erets Israël, pour les filles de Tsélof’had.
Histoire et législation – concernant la survie du meurtrier involontaire – font partie de la littérature talmudique. D’une part, de nombreux récits concernant la vie des patriarches sont rapportés. Mais, en plus, plusieurs livres midrachiques concernent essentiellement la vie morale, ou rapportent des faits historiques. Midrach Rabba, Tanhouma, Yalkout Chimoni sont, entre autres, essentiellement des livres aggadiques qui concernent davantage l’homélitique que le législatif. On doit comprendre que l’intériorité de l’être juif est le but de ces recueils. De très nombreux faits, rapportés par Rachi, par exemple, sont fondés sur les Midrachim, et complètent les données de la Torah écrite. Pour ne donner qu’un exemple significatif, toute l’histoire d’Avraham Avinou, rapportée dans la Torah écrite, est développée de façon précise dans les livres d’histoires de nos maîtres. Ce n’est qu’un exemple parmi d’innombrables illustrations de cette lecture rabbinique, complément de la Torah écrite.
Le but de cette double lecture est précisément de comprendre que la Torah est un corps qui contient une intériorité. Le physique (apparence extérieure, écrits) s’allie au métaphysique (textes des Sages). Aussi, on ne saurait séparer les deux aspects, complémentaires. Ceux qui ont voulu lire dans le texte biblique un résumé de l’histoire antique du peuple juif sont les adeptes d’une compréhension erronée du judaïsme.
Le Tanakh est un livre métaphysique avec intention idéologique, dépassant les lectures traditionnelles des textes de l’Antiquité. Ils ne voient pas – ou ne veulent pas voir –l’intériorité de l’Histoire de l’humanité. Il est évident que les deux derniers siècles ont fait avancer l’Histoire, depuis la découverte de l’électricité jusqu’aux remarquables performances basées sur l’électronique. Il serait vain de nier que l’homme vit aujourd’hui de façon plus confortable que dans le passé. Mais attention ! L’homme vit comme un animal, se reproduit comme un animal, et meurt comme un animal. L’intériorité de cette vie animale reste au niveau du provisoire. Depuis l’Antiquité, le paganisme, l’athéisme, le panthéisme donnent des réponses relatives. Les autres religions ont trouvé leur source dans le judaïsme. C’est l’explication que le Haver (autorité rabbinique) donne au roi Kouzari, venu l’interroger sur la signification de l’être juif. Il est remarquable que les religions ont inclus la « Bible » dans leur héritage, mais le Talmud (la loi orale), aucune religion ne l’a remarqué ! Toutes les autres solutions s’inscrivent, en fin de compte, dans le HASARD. La Torah élimine le hasard historique : c’est la dimension de l’éternité. Le double héritage d’Israël – écrit et oral, historique et législatif – est la seule réponse à un monde déboussolé, qui cherche depuis l’Antiquité une RÉFÉRENCE. Le rôle d’Israël, à toutes les époques, depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque moderne, est de refléter cette éternité qui donne une direction au devenir de l’homme.
L’errement d’Israël avec le double enseignement de la Torah (écrit et oral) dérange les nations. On vient d’écrire (dans une déclaration turque à la presse) : « Israël est l’obstacle des nations ». Il faut en être fier, mais savoir transférer aux générations cette pérennité d’Israël. C’est notre rôle aujourd’hui, malgré ceux qui veulent anéantir cet héritage. Torah écrite, Torah orale (Talmud), sont les porte-parole de l’éternité juive, face à l’Éternité divine.




