Question d’une internaute : Bonjour, j’habite en Israël, j’ai une petite fille d’un an et je suis mariée à un homme génial, et nous menons aujourd’hui une vie basée sur la Torah, Baroukh Hachem. Il a deux enfants (12 et 10 ans) d’un premier mariage, qui habitent en France avec leur mère. Ils ne pratiquent rien du tout, ont une éducation très éloignée de celle que je donne à ma fille, et ont peu de relation avec leur père. Leur mère est très manipulatrice et a causé bien du tort et de graves problèmes à mon mari et, par conséquent, à notre couple. Le problème c’est que mon mari a toujours un sentiment de culpabilité par rapport à eux depuis son divorce et ne fait pas la part des choses. Même à distance, ils sont omniprésents dans notre vie et j’en souffre énormément, car mon mari ne se concentre pas sur notre vie de famille ou notre couple. A chaque fois que ses enfants sont chez nous, il y a d’énormes tensions entre mon mari et moi et je ne peux plus et ne veux plus les supporter. Je culpabilise de dire ça, mais la situation est devenue un véritable enfer. Quelle est la bonne décision à prendre ? Merci de votre aide !

La réponse de Mme Nathalie Seyman

Il existe deux amours intenses au cours de la vie : l’amour que l’on ressent pour notre conjoint et l’amour que l’on porte à nos enfants. En général, ces deux amours sont complémentaires, mais il peut arriver, en particulier dans le cas des familles recomposées, qu’ils s’opposent, et cette situation pourra être une source incessante de conflits. Quelle solution pour apaiser la famille ? Comment ne pas choisir entre les deux amours que nous ressentons ? Et surtout, comment parvenir à les connecter l’un à l’autre ?

Du côté des adultes

Tout d’abord, il faut comprendre votre situation qui n’est pas facile. Vous aimez fort un homme et vous avez décidé de créer une famille auprès de lui. Tout pourrait être parfait, mais il s’avère que, contrairement à vous qui êtes arrivée avec une page vierge, votre mari avait un passé. Avec des enfants. Ses enfants ne sont pas de votre sang, ce qui n’est pas forcément un problème en soi, mais ce qui signifie qu’il y a un lien qui a besoin d’être tout de même créé. Et pour qu’il le soit, il faut qu’il y ait une volonté de le faire, de l’une ou l’autre des parties. Or, il semble qu’aucune des deux ne le souhaite. De votre point de vue, on peut comprendre pourquoi :

- Pour commencer, le fait que ces enfants soient une preuve évidente de l’amour que votre mari a eu pour une autre femme n’est peut-être pas évident à dépasser.

- Ensuite, le fait que l’amour que porte votre mari pour ses enfants ne vous est pas relié directement est quelque part dérangeant. Car, finalement, lorsque deux amours ne sont pas liés l’un à l’autre, ils sont susceptibles d’entrer en compétition. D’une manière consciente ou inconsciente.

- Enfin, ce sont des enfants pour lesquels vous avez la garde durant un temps donné, mais pour lesquels vous n’avez aucun droit de décision sur leur éducation. Ce qui peut être également frustrant.

Du côté de votre mari, vous précisez qu’il ressent un sentiment de culpabilité envers ses enfants du fait de son divorce avec leur mère. Beaucoup de parents restent en effet dans l’idée d’avoir joué un mauvais tour à leurs enfants en quittant le foyer et d’autant plus en en créant un autre. En particulier les hommes, qui représentent la tête de la cellule familiale. Ils pourront avoir le sentiment d’avoir, en quelque sorte, “quitté le navire” et ainsi essaieront de compenser en essayant de réparer le préjudice. Mais en faisant cela de la mauvaise manière, c’est-à-dire en laissant le ou les enfants exercer un pouvoir qui n’est pas le leur, cela risquera de faire des dégâts bien plus importants. L’enfant ne demande qu’à retrouver son père à la place d’un père. C’est-à-dire un support, une sécurité qui sera une condition nécessaire à sa construction identitaire. Il recherche le gardien d’une autorité constructive qui positionne les limites, le mène dans le droit chemin et fera de lui un adulte responsable. Mais si le père ne se replace pas correctement, ne pose aucun cadre éducatif dans l’espoir de pouvoir évacuer son sentiment de culpabilité, alors l’enfant se maintiendra dans une position infantile et toxique pour lui et pour le couple de son père.

Du côté des enfants

A présent, essayons de comprendre ce que ressentent vos beaux-enfants. Un divorce, on le sait bien, est une épreuve terrible pour un enfant. Les deux personnes qu’il aime le plus au monde, auxquelles il s’identifie, ses idéaux de vie se séparent. Il va devoir se reconstruire une autre image de la famille, retrouver une autre identification stable et sécuritaire. Tout ceci prend du temps et nécessite de faire en priorité le deuil du couple parental et de dépasser la colère envers ses parents (parfois envers l’un plus que l’autre) d’avoir cassé ce cocon dans lequel il avait grandi. Une fois ces étapes passées et gérées, l’enfant pourra accepter de retrouver un équilibre familial au sein de la famille recomposée, à la condition qu’il y trouve sa place d’enfant. Or, il semble que toutes les conditions ne soient pas réunies au sujet de votre situation.

- Vos beaux-enfants n’ont pas de contact avec leur père en dehors de ces moments de garde. Ce qui signifie qu’il n’a pas de part active dans leur éducation. Il n’a donc pas retrouvé sa place de père auprès d’eux, contrairement à leur petite sœur pour laquelle il est un père à part entière. Comment peuvent-ils, dans ces conditions, ne pas ressentir de sentiment d’abandon, d’injustice et de colère ? Colère qui se trouve d’autant plus nourrie par le sentiment de culpabilité de votre mari. Les enfants sont des éponges, il ne faut pas l’oublier.

- De plus, vos beaux-enfants semblent instrumentalisés par leur mère et doivent donc ressentir un devoir de protection envers elle. Peut-être ont-ils le sentiment qu’elle a beaucoup plus souffert du divorce que votre mari ? Quoi qu’il en soit, si votre mari ne rétablit pas la communication avec ses enfants, ils ne désireront jamais établir un lien avec vous, peut-être de peur de “trahir” leur mère.

- Enfin, il semble évident que vos beaux-enfants ne trouvent pas leur place dans le foyer que vous avez fondé vous et leur père. Ils peuvent se ressentir comme une gêne dans votre quotidien, comme des étrangers indésirables et inadaptables. Une situation qui, en plus, leur est imposée. Alors comment, dans ces conditions, peuvent-ils être assez apaisés pour pouvoir établir des liens affectifs avec tous les membres de la famille ?

Mes conseils

- Premier conseil et le plus important : oubliez votre envie de couper avec vos beaux-enfants. Tout d’abord, parce qu’on ne peut pas oublier ses enfants. Même s’il y a de la distance et des séparations, l’amour est là. Les enfants ont besoin de leur père et le père a besoin de ses enfants. C’est viscéral. Vouloir couper ce lien ne pourra que rendre votre mari malheureux, l’harmonie de votre famille ne reviendra pas pour autant, et, pire, il pourrait garder de la rancœur envers vous. Créer un lien avec eux afin que chacun retrouve le plaisir d’être ensemble sera bien plus gratifiant, même si cela demande des efforts.

- Interrogez-vous sur vos propres sentiments. Que ressentez-vous pour ces enfants ? Pourquoi un tel ressentiment envers eux ? Fouillez peut-être dans votre passé. Votre histoire personnelle, votre enfance peuvent également jouer un rôle dans cette difficulté à trouver votre place en tant que belle-mère. Interrogez-vous sur quelle place êtes-vous prête à leur donner. Votre situation est difficile et délicate, mais vous êtes l’adulte, ils sont les enfants. Et donc, dans cette situation, le changement ne peut venir que par vous. Vous n’avez aucune maîtrise sur les actions de vos beaux-enfants, mais vous en avez sur vos propres actions. Et nos actions peuvent influer positivement sur celles des autres.

- Votre mari doit se reconnecter avec ses enfants et reprendre sa place de père. Il faut qu’ils parlent ensemble, rien que tous les trois, qu’il leur explique avec des mots simples que, même s’il s’est séparé de leur mère, ce n’était pas pour se séparer d’eux, qu’il les aime et qu’ils n’ont pas à choisir entre leur père et leur mère. Une fois qu’ils se reconnecteront ensemble, alors il sera plus facile pour vous de créer un lien avec eux. S’il n’y parvient pas seul, alors il ne faut pas hésiter à consulter un thérapeute familial qui pourra vous y aider.

- Votre mari doit leur poser des limites. Il faut qu’il leur explique les règles de la maison, qu’il est important de respecter, et que, même s’ils ne font pas telle ou telle chose chez maman, ils devront le faire dorénavant chez papa. Et le plus important, il faut qu’il exige qu’ils vous respectent et qu’il ne leur permettra pas de vous rendre la vie impossible. Ce sont des explications difficiles à entendre pour un enfant, mais elles sont indispensables. Car le laisser détruire le couple de ses parents, c’est lui laisser prendre une place qui n’est pas la sienne et l’empêcher de construire sa propre vie.

- Soyez patiente avec les enfants, le temps est notre meilleur ami. Le plus important est de faire de votre couple un pilier inébranlable qui leur permettra de retrouver un équilibre. Vous et votre mari devez vous soutenir l’un l’autre devant eux. Ils ont déjà vu leurs parents se séparer, ils n’ont plus une image du couple stable et qui dure dans le temps. Dans leur tête d’enfant, ils peuvent penser qu’il est possible que vous vous sépariez de leur père, et qu’ainsi, il n’est pas utile de s'intéresser et de s’attacher à vous. Il faut donc les rassurer de par votre cohésion.

- Soyez compréhensive. Ces enfants ne vous ont pas déclaré la “guerre”. Cette façon de se comporter est un mécanisme de défense. L’hostilité des enfants n’est pas dirigée contre vous, mais il s’agit d’un cri d’alarme de leur part, un besoin qu’on leur donne des repères pour trouver leur place.

- Positionnez-vous en tant que belle-mère : établissez avec votre mari ce sur quoi vous pouvez intervenir dans leur éducation et ce sur quoi vous devez rester à l’extérieur. Expliquez-le aux enfants.

Vivre harmonieusement dans une famille recomposée n’est certainement pas facile et demande des efforts. Mais ce n’est pas non plus impossible. Faites-leur une place dans votre maison, mais aussi dans votre cœur. L’amour ne provient que du don de soi. Donnez-leur un peu et vous verrez que, avec l’aide d’Hachem, vous recevrez beaucoup. 

Béhatsla’ha !

Si vous avez une question à poser à la psy, envoyez un mail sur l'adresse suivante entrefemmes@torah-box.com. Mme Seyman essaiera d’y répondre et la réponse sera diffusée de façon totalement anonyme.