Question d’une internaute : Je suis mariée depuis 5 ans avec un homme merveilleux, mais depuis quelques années, j’ai développé un genre de malaise avec ma belle-mère. D'un côté, contrairement à mes parents qui sont des grands-parents proches et chaleureux, elle est très distante avec nous, car elle voit nos enfants comme une espèce de charge (ce qui me rend assez triste). Et d'un autre côté, elle est très intrusive depuis qu'elle nous a aidés à acheter notre appartement (elle veut choisir la déco, le fait visiter à la famille, etc.). À tel point que je ne m'y sens pas chez moi et je me sens étouffée ! Lorsque j’en parle à mon mari, il le prend mal et me rappelle la dette que nous avons envers ses parents. Je sais qu’il a raison, mais je suis à bout. Récemment, j'ai essayé d'arranger les choses en organisant des moments avec eux et je me travaille pour être plus positive envers ma belle-mère, mais je n’arrive pas à écarter ce sentiment de gêne. C’est comme si on m’arrachait mon territoire et que je n’en avais pas d’autres. Merci de vos conseils !

La réponse de Mme Nathalie Seyman

Les relations avec la belle-famille, nous pourrions en écrire des livres et des livres tant le sujet est vaste et toujours aussi sensible. On ne réfléchit pas forcément que lorsque l’on épouse une personne, en même temps, on se lie aussi à sa famille, son histoire, son passé et tout ce qui gravite autour. Un couple qui s’entend parfaitement ne peut pas être parfaitement harmonieux si des non-dits subsistent avec la belle-famille. Il est important que chacun sache rester à sa place et faire les efforts nécessaires pour respecter et aimer tous ceux qui font partie de cette grande famille qu’est le mariage. (Je ne parle évidemment pas du cas des belles-familles toxiques.) Comment y parvient-on ? Et quelles sont les limites ? Penchons-nous sur le sujet.

Belle-mère/belle-fille, pourquoi cette rivalité ?

Du côté de la belle-mère :

Quand une petite fille naît, la première et seule femme de sa vie sera sa mère (or évènements extérieurs, évidemment). Aucun autre amour n’entrera véritablement en rivalité avec celui-ci. Quand un petit garçon naît, la première femme de sa vie est sa mère. Mais elle ne sera pas l’unique. Bien qu’entendu et prévu, le partage de cet amour avec une autre femme n’en reste pas moins douloureux pour la mère, d’une manière consciente ou inconsciente. Voici d’où vient la légendaire rivalité belle-mère/belle-fille : cette passe de relai entre femmes de l’amour maternel à l’amour conjugal. Ce passage d’un amour unique à un amour partagé (même s’il est différent, bien entendu) laisse une sorte de vide au fond du cœur de la mère. Chacun y va alors de sa méthode pour combler le vide :

- La méthode la plus saine : le remplir par l’amour envers sa belle-fille,

- Ou d’autres méthodes moins chaleureuses : essayer de se substituer à l’épouse, la dénigrer pour retrouver les faveurs exclusives de son fils, prendre ses distances pour ne pas avoir à ressentir cette rivalité…

Du côté de la belle-fille

Quand une femme trouve sa moitié, la place est rarement vide : l’image de la mère reste omniprésente dans l’esprit d’un homme. Elle est, en général, son unique référent d’épouse. Aussi, essaie-t-il au début de retrouver ce modèle à travers sa femme. Pour l’épouse, c’est évidemment sa propre mère qui est son modèle. En conséquence, les deux images peuvent parfois entrer en rivalité : l’homme voulant reproduire son schéma familial et la femme essayant de reproduire le sien.

L’homme peut être tenté de comparer sa femme avec sa mère et ainsi amplifier le sentiment de rivalité, et la femme peut s’opposer à une ressemblance avec sa belle-mère pour ne pas “trahir” sa propre mère.

Il ne faut pas oublier que tous les éléments que je viens d’expliquer sont des sentiments qui se jouent en général dans l’inconscient et, évidemment, peuvent différer selon l'histoire personnelle de chacun, mais restent une base d’explication de nombreux conflits familiaux.

Trouver la bonne distance

L’image de chacun de ses parents reste et restera un modèle (ou un contre-modèle selon encore l’histoire personnelle de chacun), mais, quoi qu’il en soit, devenir adulte, c’est se créer sa propre image et non rester dans l’ombre de cette référence. Le couple va donc devoir construire sa propre vie, se réaliser par lui-même et surtout développer son autonomie. La priorité de tout couple doit donc être la nouvelle famille qu’il est en train de créer et non pas recréer le modèle de famille qu’il vient de quitter.

Rester sous l‘emprise du schéma familial sans chercher à composer avec les deux histoires est très dangereux pour le couple. Car, non seulement, cela risque de frustrer et d’empêcher l’un ou les deux membres du couple de se réaliser pleinement, mais aussi cela peut nourrir une illusion de toute-puissance des beaux-parents qui seront alors tentés de s’introduire dans la vie du couple. Non pas par malveillance, ‘Hass Véchalom, mais parce que ne pas prendre de distance psychique avec sa famille d’origine équivaut à lui donner la permission d’être omniprésente dans la vie conjugale. Ce qui conduira à de la rancœur, de l’aigreur et, donc, des conflits.

En bref, il est évidemment important que chaque membre du couple puisse transmettre une part de son modèle familial, mais pour voler de ses propres ailes, il doit savoir mettre sa propre touche personnelle unie à celle de son conjoint. 

Le point le plus important pour y parvenir : chacun doit savoir rester à sa place ! La belle-famille, mais également le couple. Autant les beaux-parents ne doivent pas se permettre de juger le fonctionnement du couple de leurs enfants, autant il en est de même pour le couple, qui ne doit pas essayer de remettre en question les habitudes de la belle-famille. Ainsi, si notre famille d’origine est d’une nature chaleureuse et que notre belle-famille a des habitudes plus distantes, alors il faudra le respecter et s’ajuster à leur mode de fonctionnement en leur présence, mais tout en continuant d’être soi-même. C’est toute la difficulté des compromis du mariage : le jonglage entre soi, notre famille d’origine et la belle-famille. Mais c’est aussi la meilleure voie vers l’harmonie familiale. 

Mes conseils

- Respectez le mode de fonctionnement familial de votre belle-famille. On ressent à travers votre lettre que vous êtes une personne très chaleureuse et vos beaux-parents peuvent être fiers d’avoir une belle-fille qui s’inquiète tant de la distance qu’il peut y avoir entre eux et votre famille. Pourtant, il va falloir l’accepter, car c’est leur choix. Votre belle-mère ne ressent pas le besoin d’être proche de ses enfants et petits-enfants, peut-être est-ce dû à son histoire personnelle, peut-être n’est-ce que temporaire, on ne peut pas le savoir, mais, quoi qu’il en soit, il faut respecter sa distance. Vous avez des parents présents, votre mari est merveilleux, vous avez Baroukh Hachem tout ce qu’il faut pour construire un foyer chaleureux pour vos enfants.

- Rappelez à chacun quelle est sa place : En ce qui concerne le comportement intrusif de votre belle-mère, ce point est non-négociable : vous ne devez pas laisser faire. Lorsque je dis “vous”, je parle de vous et votre mari. Il s’agit de votre maison, de votre foyer et personne ne doit la faire visiter à votre place. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : prendre votre place. Vos beaux-parents vous ont fait un cadeau très généreux, mais un cadeau est un acte de bonté qui ne demande rien en retour. Encore moins de se l’entendre rappeler. C’était leur décision de vous faire ce don. Avoir de la reconnaissance envers eux ne veut pas dire leur laisser le champ libre d’entrer dans votre intimité et s’effacer.

- C’est votre mari qui doit agir. Votre mari doit bien comprendre que cette situation ne pourra que donner place au mieux à des rancœurs, au pire à des conflits. Mettre des œillères n’a jamais été et ne sera jamais une solution. Si vous ressentez un malaise, qu’importe si cela est légitime ou non, votre mari doit se baser sur ce que vous ressentez afin de trouver une solution pour assainir la situation. Il va devoir fixer des limites saines à ses parents, leur expliquant par exemple qu’il vaut mieux prévenir avant de passer chez vous, et réguler ainsi tout ce qui vous gêne.

- Votre maison, c’est un nid douillet qui se construit à deux et non à quatre. Vous ne pourrez vous sentir chez vous que si elle est faite à votre image. Sinon, ce sera toujours la maison de quelqu’un d’autre et vous ne pourrez jamais vraiment vous sentir assez en sécurité pour fonder un foyer. Un oiseau ne pond pas dans le nid d’un autre. Il faut que ce nid soit imbibé de son odeur pour qu’il accepte d’y déposer ses œufs. Il en est de même pour vous.

- Construisez une relation saine avec votre belle-mère : Jusqu’à aujourd’hui, il semble que vous n’ayez pas développé une bonne relation avec elle. Vous ne pouvez pas maîtriser ses actions, mais vous pouvez maîtriser les vôtres : respectez-la, souriez-lui, soyez bienveillante avec elle. Cela n’empêche évidemment pas de dire ce que vous pensez, mais toujours de façon respectueuse et sereine. Chacun de vos efforts vous reviendra au centuple, car il servira de miroir à votre belle-mère pour refléter la relation que vous désirez entretenir avec elle et cela lui montrera le chemin. Pour recevoir, il faut donner. N’oubliez pas qu’il en va du bonheur de votre mari. Un homme peut rarement être parfaitement heureux si la première femme de sa vie et la femme de son cœur ne s’entendent pas. 

Le chemin vers l’harmonie familiale n’est pas un long fleuve tranquille. Il se construit pierre par pierre et demande don de soi, bienveillance et patience. Mais comme tout ce qui demande des efforts, il ouvre la porte vers une vie merveilleuse et sereine auprès de ceux qu’on aime.

Béhatsla’ha !

Si vous avez une question à poser à la psy, envoyez un mail sur l'adresse suivante entrefemmes@torah-box.com. Mme Seyman essaiera d’y répondre et la réponse sera diffusée de façon totalement anonyme.