Il y a des moments dans la vie qui sont vraiment… super énervants ! Il y a quelques jours, mon voyage vers la France a été annulé en raison des conditions sécuritaires. J’attendais ça depuis des mois. Deux ans que je n’étais pas allée en France et que je n’avais pas vu ma famille. Et puis bam : « Nous sommes au regret de vous annoncer que vos vols sont annulés… ». Pas de plan B compatible, je me retrouve contrainte de rester. Depuis, je me surprends à penser : Mais qu’est-ce que je fais ici ? Je m’imagine là où je devrais être, ce que je devrais faire, avec qui…
Imaginez votre vie comme sur un écran divisé en deux et vous me comprendrez. A gauche, la réalité, à droite : ce qui aurait pu être. Si vous aviez réussi votre exam, si votre Chiddoukh n’avait pas rompu, si vous aviez saisi telle opportunité… Sentiment immédiat : frustration !
C’est normal, un scénario « waouw » est toujours plus séduisant qu’une histoire simple. Et pourtant dans la vie, c’est l’inverse. C’est le côté réalité de l’écran qui est beaucoup plus intéressant que l’autre. Pourquoi ? Parce qu’on ne veut pas faire de sa vie un blockbuster creux, on veut construire quelque chose de vrai. Et ça passe aussi par des échecs, des difficultés, des moments de grande frustration, des sentiments d’injustice.
Alors on peut se demander : « Si D.ieu est bon, pourquoi Il nous envoie toutes ces épreuves ? »
Je vais vous donner un scoop, il n’y en a qu’Un qui connaît notre mission sur Terre : Abba chébachamaïm, D.ieu. Et c’est donc Lui qui nous envoie les épreuves adaptées précisément pour réaliser cette mission. Si j’ai besoin d’attendre X années avant d’être enceinte, si je n’ai pas encore réussi à être propriétaire… c’est pour remplir telle partie de ma mission.
Mais attention, recevoir l’épreuve ne suffit pas, il faut réussir à la traverser. Comment ? En l’acceptant avec le temps et en se répétant qu’elle est là pour nous faire grandir. Et que la vision idéale de l’autre côté de l’écran ne correspond pas, à l’instant T, à ce que je dois vivre.
Bon, le coup du billet d’avion paraît un peu dérisoire à côté, mais je pense que ces petites épreuves du quotidien nous permettent de garder le rythme dans notre connexion avec Hachem. Donc non, je n’irai pas me promener avec mes frères et sœurs, ni faire une razzia de savons de Marseille et encore moins gâter mes neveux et nièces. Pas parce que c’est injuste mais parce qu’Il l’a décidé et qu’Il sait mieux que moi ce qui est bon pour moi.
Accepter que tout ne se déroule pas selon notre scénario, ça ne veut pas dire rester les bras croisés et attendre que ça se passe. Il faut avoir des rêves, des ambitions, des envies et se battre pour eux. Mais lorsque, malgré tous nos efforts, le résultat n’est pas au rendez-vous, alors il faut savoir passer à un autre niveau : celui de l’acceptation.
Maintenant, faites l’exercice inverse : placez à droite tout ce que vous avez de positif, et à gauche votre vie sans ces cadeaux. Vous avez la chance d’être mariée, d’avoir des enfants, un bon travail, de la famille aimante, une bonne santé… ? Imaginez maintenant à quoi ressemblerait votre vie sans les choses positives qu’Hachem vous a données. Sentiment immédiat : gratitude !
Vous savez, on ne distingue dans la Joconde que quelques couleurs principales. Si on avait donné cette palette limitée à un autre artiste en lui disant de réaliser un chef d’œuvre, il aurait sans doute râlé : « Qu’est-ce que je vais faire sans vermillon, sans pourpre, sans noir…? » Et pourtant, Léonard de Vinci, à force de travail, a réussi à créer des milliers de nuances de couleurs, et surtout, à réaliser une œuvre d’une profondeur inégalée.
Alors, on arrête de diviser l’écran de sa vie et de contempler le film imaginaire de ce qui aurait pu être. On essaye d’être pleinement là où on est, dans notre vraie vie, avec notre jolie palette imparfaite créée sur mesure pour nous. Et on utilise pleinement les couleurs dont on dispose pour réaliser notre chef d’œuvre !




