Le grand jour de Lag Ba’omer est le jour de la Hiloula du Tana divin, Rabbi Chim’on bar Yo’haï, qui a mérité, parmi tant de Tanaïm et Amoraïm, que le jour de sa Hiloula, précisément, soit marqué par une très grande joie. Tant de personnes sont attirées vers sa tombe tout au long de l’année, et particulièrement ce jour-là, de tous les milieux, de tous les types et de tous les niveaux. 

Le « Beth Aharon » de Karlin disait à son sujet : « De même que le Saint béni soit-Il est pour tous, ainsi Rabbi Chim’on bar Yo’haï est pour tous, même pour les plus simples. ». Dans le célèbre Piyout* « Ve’amartem koh le’haï », il est dit :  « Celui qui ébranle les royaumes… la couronne suprême lui fut révélée… il peut acquitter le monde… sa voix fit trembler les puissants, retrancha les épines et sauva les opprimés. » 

Quel est le secret de Rabbi Chim’on bar Yo’haï, qui attire vers lui une si grande lumière ?

Dans la grotte...

Nos Sages rapportent le récit bien connu concernant Rabbi Chim’on bar Yo’haï (Chabbath 33a) : une fois, Rabbi Yéhouda, Rabbi Yossi et Rabbi Chim’on bar Yo’haï étaient assis ensemble, et à leurs côtés se trouvait également Yéhouda ben Guérim. Ils discutaient des actions des Romains et du développement du pays par leur intermédiaire. Rabbi Yéhouda prit la parole et dit : « Combien les actions de cette nation sont belles ! Ils ont établi des marchés, construit des ponts, aménagé des bains publics. » Rabbi Yossi se tut. Rabbi Chim’on bar Yo’haï répondit et dit : « Tout ce qu’ils ont établi, ils ne l’ont fait que pour eux-mêmes… » Yéhouda ben Guérim alla rapporter ces propos aux Romains.

À la suite de cela, Rabbi Chim’on fut condamné à mort par le pouvoir romain, et il fut contraint de se cacher. Il prit avec lui son fils Elazar, et ils se cachèrent dans une grotte, se nourrissant d’un caroubier et d’une source d’eau qui furent créés pour eux de manière miraculeuse. Pendant leur séjour dans la grotte, ils étaient occupés toute la journée à l’étude de la Torah et à la prière. Ainsi passèrent douze années, jusqu’à ce qu’Élie le prophète vienne à la grotte et annonce à Rabbi Chim’on que l’empereur de Rome était mort et que ses décrets avaient été annulés.

Qu’est-ce qui a changé ?

Ce n’est qu’alors que Rabbi Chim’on et son fils Elazar sortirent de leur cachette. Mais lorsque Rabbi Chim’on vit qu’il existait dans le monde des personnes qui négligeaient l’étude de la Torah pour se consacrer au labour et aux semailles, il posa son regard sur eux — et ils furent consumés. Une voix céleste se fit entendre et dit : « Êtes-vous sortis pour détruire Mon monde ? Retournez dans votre grotte ! » Ils retournèrent dans la grotte pour une période supplémentaire d’un an, la treizième année, et poursuivirent leur étude. À la fin de cette année, une voix céleste leur dit de sortir de la grotte. À présent, la situation était différente : partout où Rabbi Elazar posait son regard et brûlait, Rabbi Chim’on réparait et guérissait par son regard, et il lui disait : « Mon fils, toi et moi suffisons au monde. » 

Pourquoi Rabbi Chim’on a-t-il agi comme il l’a fait après les douze années et qu’est-ce qui a changé après l’année supplémentaire passée dans la grotte ? Que signifie tout cela ?

Deux extrêmes

Pour expliquer cela, il faut savoir ce qui est rapporté dans les livres saints : en chaque homme existent deux côtés opposés, le bien et le mal. « D.ieu a fait l’un en face de l’autre » (Kohélet 7, 14). En chaque personne, il y a un côté positif qui est extrême dans le bien et un autre côté négatif qui est extrême dans le mal. Ces deux côtés existent chez chaque individu, tant envers lui-même qu’envers son entourage, ses enfants ou ses élèves. Chaque personne doit apprendre à identifier en elle-même le point extrême du bien, ainsi que le point extrême du mal. Afin que l’homme puisse se construire, il doit avant tout connaître son âme. Les livres saints nous enseignent le secret de la construction de l’homme. Chaque personne possède un point extrême de mal. Chez l’un, c’est la jalousie ; chez l’autre, la colère ; chez un troisième, le désir ; et ainsi pour les autres points de mal qui saisissent l’homme. Pour le corriger, l’homme doit aussi identifier son point extrême de bien, car c’est par celui-ci qu’il peut réparer le mal extrême qui est en lui.

Identifier ses points d'extrémité

Ce n’est que lorsque l’homme regarde le bien extrême qui est en lui et le renforce qu’il peut agir sur le point de mal. Mais lorsque le point de bien reste flou, ou lorsque l’homme n’est même pas conscient de son existence — parce que son entourage n’a pas éclairé ce point — dans ce cas, il ne peut pas corriger le mal qui est en lui. Ici, la fin est enracinée dans le commencement, et le mal, qui est majoritaire dans le monde, prend le dessus même sur le bien. 

Mais lorsque l’homme identifie son point de bien et l’éclaire, il acquiert la capacité d’agir sur le mal et de le corriger. C’est pourquoi, lorsqu’on voit un enfant dont le comportement est fortement inapproprié, la manière de le corriger est d’identifier en lui le point de bien extrême et de l’éclairer ; alors celui-ci a le pouvoir de diminuer la force du mal et de le réparer. Ce principe s’applique également dans le Chalom Bayit, et dans le rapprochement des personnes éloignées, ainsi que dans tous les domaines de la vie. Ce n’est qu’en éclairant le point de bien qu’il est possible de corriger le point de mal. C’est pourquoi il est très important d’identifier les deux points qui se trouvent aux extrémités de l’homme.

Douze ans

Essayons maintenant de comprendre ce qui s’est passé chez Rabbi Chim’on bar Yo’haï. La qualité de Rabbi Chim’on était celle de la vérité absolue. Lorsqu’il était assis avec Rabbi Yéhouda et Rabbi Yossi, il était conscient du danger qu’il y avait à parler contre les Romains. Malgré le fait que Rabbi Yéhouda ait loué les Romains, et que Rabbi Yossi ait choisi de se taire, Rabbi Chim’on n’était pas capable de s’écarter de la voie de la vérité. Il n’était même pas capable de se taire ; il ne disait que la vérité.

Même lorsqu’il se trouvait dans la grotte, il continua dans cette même voie. Il y resta douze ans. Le nombre douze symbolise la perfection, comme les douze tribus d’Israël, ou les douze mois qui représentent l’ensemble d’une année complète. Lorsque Rabbi Chim’on sortit de la grotte, il ne voyait partout que la vérité, et cette puissance extrême de la qualité de vérité brûlait tout endroit sur lequel il posait son regard. Cela signifie que Rabbi Chim’on bar Yo’haï voyait, à travers sa qualité extrême de vérité, le point de mal qui se trouve dans le monde et en chaque homme.

La treizième année

Mais comme la volonté du Saint béni soit-Il n’est pas de détruire Son monde, Il renvoya Rabbi Chimon dans la grotte pour une année supplémentaire, la treizième année. Le nombre treize symbolise les treize attributs de miséricorde. Après la faute du veau d’or, lorsque la qualité de vérité s’est manifestée, leur condamnation a été décrétée, à D.ieu ne plaise. Mais grâce aux treize attributs de miséricorde, le Saint béni soit-Il a pardonné au peuple d’Israël et a expié leur faute. Lorsque Rabbi Chimon resta dans la grotte durant la treizième année, il dévoila, dans l’intériorité du saint Zohar, le secret des treize attributs de miséricorde qui proviennent de la couronne suprême (Keter). Et lorsqu’il sortit de nouveau, il utilisa ce principe selon lequel « la fin est enracinée dans le commencement » ; avec la même force par laquelle, au début, il ne voyait que le mal, maintenant il voyait le bien. De même que par sa qualité de vérité il était parvenu à voir le mal à son extrême, ainsi il réussit maintenant à voir le bien à son extrême.

Le secret de Rabbi Chim’on

Rabbi Chim’on, qui au départ voyait le mal et le point extrême du jugement en chaque personne, parvint à remonter à l’origine grâce à sa qualité de vérité sans compromis, et il vit alors le bien extrême en chaque homme. Par la force du secret du nombre treize, qui correspond aux treize attributs de miséricorde, Rabbi Chim’on bar Yo’haï peut acquitter le monde entier du jugement. Lorsque l’on monte à Méron, sur la tombe du saint Tana Rabbi Chim’on, il voit en nous le bien extrême dont, souvent, nous ne sommes même pas conscients, et il éclaire en nous ce point de bien. Tel est le secret de Rabbi Chim’on bar Yo’haï en général, et particulièrement le jour de sa Hiloula, Lag Ba’omer.

Le secret de l’intériorité de l’âme juive

C’est la raison pour laquelle, le jour de Lag Ba’omer, on a coutume d’allumer des feux et de faire monter une grande lumière en l’honneur du saint Tana. Par cela, on fait allusion au fait que Rabbi Chim’on est celui qui a révélé la lumière — cette lumière qui est cachée dans la Torah du secret, l’Idra Zouta, que Rabbi Chim’on a révélée le jour de sa disparition. Il a révélé le secret de l’intériorité de l’âme juive. Mais il n’a pu le révéler que parce que, grâce à sa qualité de vérité, il a aussi vu le mal.

Dans ce lieu élevé, Rabbi Chim’on a pu acquitter le monde entier du jugement et éclairer tout le monde. C’est pourquoi cet endroit, lié à Rabbi Chim’on, attire à lui des personnes de tous les milieux et de tous endroits . Chez Rabbi Chim’on, tous sont égaux et le point de bien de chacun brille. Le lieu de Rabbi Chim’on et sa Torah ont le pouvoir d’éclairer le bien qui se trouve en l’homme, et grâce à cela, ils pourront également sortir de l’exil, comme il est rapporté dans le livre du Zohar (Parachat Nasso, §90) : « Par ce livre qui est le Zohar, ils sortiront de l’exil avec miséricorde. »

Aller chez Rabbi Chim’on

Pour savoir comment réparer son point extrême de mal, il est conseillé d’aller chez Rabbi Chim’on bar Yo’haï à Méron. Lorsqu’on se rend chez Rabbi Chim’on ne revient pas la même personne. Rabbi Chim’on éclaire en chaque homme le point de bien qui est en lui, et grâce à cet éclairage du bien, il est possible de réparer le point de mal. Rabbi Chim’on par la force de sa qualité de vérité, voit le point extrême de mal et sait exactement qui est chaque personne. Mais selon le secret selon lequel « la fin est enracinée dans le commencement », lorsque l’on vient à Rabbi Chim’on avec tout le mal, avec toutes les difficultés et les épreuves, Rabbi Chim’on voit aussi le point de bien, il élève et éclaire ce point, et il éveille l’homme jusqu’à ce que le bien en lui prenne le dessus et corrige le mal.

Tout Israël est égal

Le jour de Lag Ba’omer, les élèves de Rabbi ‘Akiva ont cessé de mourir. En ce jour, le grand secret a été révélé : tout Israël est égal. Tout Israël est une parcelle divine d’en haut. En ce jour, même s’il y a des jugements, grâce à l’illumination du point de bien qui domine la force du mal, il y a un grand adoucissement des jugements.

C’est le secret de la grande et immense joie que nous avons en ce jour, sur la tombe de Rabbi Chim’on bar Yo’haï...

*Piyout : chant religieux généralement intégré lors des prières de fêtes