Si je vous écris aujourd’hui, c'est surtout parce que j'ai les doigts qui me brûlent. Un besoin de faire quelque chose, lorsqu'on se rend compte qu'on ne peut pas grand-chose. Qu'on ne peut rien. Si ce n'est faire ce qu'Hachem attend de nous. Pour tout le reste, nous sommes ridiculement impuissants… 

Jeudi, un petit garçon de 5 ans s'est rendu à l’école avec sa sœur. Et n'est pas rentré à la maison. Il avait simplement traversé la route. C'était le fils de ma cousine.

Il y a deux semaines, deux frères sont allés se baigner en mer. Ils s’y sont malheureusement noyés. Ce sont les neveux d'une famille dont mon mari et moi sommes très proches.

Et ces tragédies font suite à d'autres, tant de personnes, plus ou moins proches.

Je n'arrive pas à me dire que ça ne me concerne pas. Face à tant de détresse, on brûle d'agir. Mais il est déjà trop tard. L'est-il vraiment ? 

À Pessa’h, j'ai lu le compte-rendu d'une interview de Mme Déborah Paley, qui a perdu deux petits garçons dans un attentat à Jérusalem, que D.ieu nous en préserve. Elle disait que sa plus grande source de réconfort provient de tout ce que les gens ont pris sur eux suite au décès de ses enfants, en Torah, en Mitsvot...

Ces tragédies ne sont pas personnelles, elles nous concernent tous. 

Hachem nous parle à travers elles. 

Mais prendre une action de renforcement spirituel à chaque fois ? 

Ça semble lourd, c'est rédhibitoire, alors on ferme les yeux, on pleure un peu, on n'y pense pas et puis on oublie. 

C'est trop douloureux sinon.

Cette fois-ci, au lieu de me mettre une pression qui ne fait que me pousser un peu plus dans mes retranchements, j'ai essayé simplement de me demander ce que ça m'évoque, tout ça. Ce que ça fait résonner en moi. 

Et tout simplement, c'était : « Hachem, merci. » 

La nature nous fait croire que « c'est normal. » 

D'avoir des bébés, en bonne santé. 

De les élever. 

De les envoyer, le matin, pour les retrouver, le soir, le sourire aux lèvres, (ou en criant, tout débraillés, c'est du pareil au même, finalement).

Jour après jour. 

C'est un leurre. 

La nature nous fait croire que c'est normal. 

Et que le bug, c'est quand ça ne fonctionne pas comme ça. Qu'un hic, plus ou moins gros, vient perturber ce doux roulement de la vie. 
Comme me disait une infirmière ce matin : « Mais pourquoi il y en a qui ne se développent pas normalement ? » 

Et si ce n'était pas normal, de se développer normalement ?

Et si c'était magique, de les retrouver en fin de journée ? 

Et si c'était miraculeux, de partir à la mer et de rentrer à la maison, juste tout sales et ébouriffés, mais aussi et surtout, en bonne santé ? 

Si on avait un peu plus conscience des bras d'Hachem qui nous enveloppent, qui nous protègent, qui nous sauvent de milliards de dangers dont on n'a absolument aucune conscience. 

Si peu conscience, qu'on ne savait même pas, qu'il fallait dire merci. 

C'est comme ça que tout ça me parle cette fois-ci. Et peut vous parler, à vous aussi.  

Juste essayer, ne serait-ce qu'une fois par jour, de considérer mes enfants, non pas comme un million de tâches supplémentaires à accomplir, mais comme le cadeau permanent que D.ieu me donne et me renouvelle, et me donne et me renouvelle, et me donne et me renouvelle, à chaque seconde. 

D.ieu fasse que chaque fois où je parviendrai à m'en souvenir et

embrasser au lieu de fulminer,

étreindre au lieu de geindre,

remercier plutôt que de grimacer,

soit pour l’élévation de l’âme de Shmouel ben MalkiAvraham Yeshayou ben ShoshanaIssa’har Dov ben Shoshana.

Et source de consolation pour ces mamans éplorées, brisées, dont le plus grand rêve est d'entendre, de voir, leurs enfants sourire, contredire, salir, s'enfuir, désobéir, 

grandir.

Faire la fête, tenir tête, être mignons, hurler « non », ranger, déranger, discuter, se disputer, s'arracher les cheveux,

être heureux. 

Balancer leurs devoirs, décevoir, 

émouvoir. 

Construire des voitures, gribouiller sur les murs, 

lacer seuls leurs chaussures. 

Être des héros, ramener des zéros,

les embrasser le matin, les traîner chez le médecin, 

leur gonfler des ballons, laver leurs pantalons.

Les voir marcher, tomber, chanter, pleurer, embrasser, crier, 

respirer. 

Parce qu'honnêtement, ce n’est pas donné…

Dvorah Fiszon