Au début de la Parachat ‘Houkat, Rav Biderman rapporte une magnifique explication du Sfat Emet. La Torah raconte comment Moché Rabbénou frappa le rocher, bien qu’il eût reçu un ordre différent : « Vous parlerez au rocher » (Bamidbar 20:8). Le Sfat Emet s’interroge : pourquoi Moché reçut-il précisément l’ordre de parler ? Manquait-il donc à Hachem d’autres moyens pour faire jaillir de l’eau pour le peuple d’Israël dans le désert ? Pendant toutes ces années, Hachem leur avait envoyé le puits de Myriam, qui leur fournissait de l’eau ; pourquoi, dans ce cas précis, fallait-il absolument passer par la parole ? Quel en est le sens ?
Le Sfat Emet donne une explication en fonction des paroles de nos Sages dans le Midrach : « Tout est comme dans l’obscurité, jusqu’à ce qu’Hachem éclaire leurs yeux » (Béréchit Rabba 53:14). Nos Maîtres tirent cette idée de l’épisode de Hagar, la concubine d’Avraham : elle cherchait de l’eau pour ranimer son fils Yichmaël, qui se trouvait à l’agonie, mais elle ne trouva rien. Après avoir prié, la Torah dit : « D.ieu ouvrit ses yeux » (Béréchit 21:19), et alors l’eau apparut devant elle. Cela vient nous enseigner que l’eau était déjà là, mais qu’il fallait qu’elle soit révélée à ses yeux. Que produisit sa prière ? Qu’Hachem éclaire ses yeux, afin qu’elle voie que tout était déjà prêt devant elle.
Le Sfat Emet enseigne : ainsi en est-il dans la vie. Tout ce dont nous avons réellement besoin se trouve déjà à notre portée, mais nous sommes comme aveugles et ne le voyons pas. C’est pour cela que nous prions Hachem, afin qu’Il éclaire nos yeux pour que nous puissions discerner où se trouve la délivrance. Voilà le sens du verset dans la Paracha : « Vous parlerez au rocher ». L’eau était bien là, car le peuple d’Israël marchait dans le désert sur ordre de D.ieu ; et s’il leur fallait de l’eau, Il la leur procurerait assurément. Mais Hachem dit : « Vous parlerez au rocher », pour apprendre au peuple qu’il fallait demander, prier, afin qu’Hachem leur ouvre les yeux et leur permette de voir l’eau.
Il en va ainsi dans tous les domaines de la vie : parfois, l’homme ne voit devant lui que des rochers et des obstacles, et se dit : « C’est fini ! Il n’y a plus où aller ! », sans apercevoir la délivrance. Mais il faut savoir que tout est déjà là, prêt devant lui ; toutefois, il doit demander à Hachem de lui ouvrir les yeux. Hachem peut tout faire, et ce qu’Il fait est toujours ce qu’il y a de meilleur. Il sait quand éclairer les yeux de l’homme pour lui montrer ce qui lui appartient et ce qui lui revient ; mais, parfois, cela exige des prières et de la patience.
Rav Biderman ajoute qu’il est écrit à propos de Yossef : « Velo yakhol Yossef lehit’apek lekol hanitsavim ‘alav – Yossef ne put se contenir devant tous ceux qui se tenaient près de lui » (Béréchit 45:1). Le Divré Israël donne à ce verset une explication admirable : lorsqu’une personne a le sentiment qu’elle ne peut plus tenir, que tous les délais sont dépassés – qu’elle n’a plus de Parnassa, ni de propositions de mariage, que rien ne fonctionne et qu’elle ne peut plus avancer – le verset semble lui dire : « Velo yakhol », littéralement : « Tu ne peux plus ? » Alors continue le verset : « Yossef lehit’apek », littéralement : « ajoute à te contenir ! » Continue à patienter, et Hachem te montrera bientôt la délivrance. Le verset conclut : « lekol hanitsavim ‘alav », littéralement : « devant tous ceux qui se tenaient près de lui ». L’homme verra alors comment tout peut changer en un instant : ce qu’il croyait être une impasse, dont il pensait ne jamais sortir, Hachem lui ouvrira les yeux et il constatera que tout était prêt et disposé pour lui – et que c’est là ce qu’il y a de meilleur pour lui.
Ainsi l’homme doit-il vivre en tout temps et en toute circonstance : même s’il lui semble qu’il lui manque quelque chose, ou que parfois rien ne fonctionne, il doit prier Hachem afin qu’Il lui ouvre les yeux, pour qu’il voie ce qui est véritablement bon pour lui et comprenne ce qu’il doit réellement faire.
On raconte à ce propos au sujet de Rav Réouven Karlenstein, décédé il y a moins de dix ans, qu’il était un érudit exceptionnel, un Maguid Mécharim éminent, un juste pilier du monde et un saint des saints, mais qui connut de nombreuses souffrances dans sa vie. Un jour, il se rendit à l’hôpital en raison d’une maladie particulière ; après examen, les médecins diagnostiquèrent que ses deux reins ne fonctionnaient plus et lui annoncèrent qu’une greffe rénale urgente était indispensable. Mais, comme en Israël les chances de trouver un rein compatible étaient faibles, on lui conseilla de se rendre rapidement à l’étranger, où il y avait une plus grande probabilité qu’un don arrive vite, et, en attendant, de commencer des séances de dialyse pour pouvoir continuer à vivre. Faute d’alternative, Rav Karlenstein prit toute sa famille et s’envola pour New York, accompagné de quelques assistants. Il s’inscrivit à l’hôpital pour une transplantation et attendit l’arrivée du sauveur.
Il patienta ainsi à l’étranger plusieurs années, mais aucun donneur compatible ne se présenta. Après plus de deux ans, l’un de ses assistants – lui-même grand érudit en Torah – lui fit remarquer qu’il semblait que l’hôpital de New York où il était suivi n’avait pas suffisamment d’expérience pour obtenir rapidement des dons d’organes. Il lui proposa donc de se rendre en Californie, où se trouvait un grand hôpital pratiquant chaque jour au moins trois ou quatre greffes rénales ; là-bas, peut-être, les chances seraient bien meilleures. Le Rav accepta : il attendait cela comme on attend l’air pour respirer, car sa vie était en danger. Des billets furent achetés et ils prirent l’avion.
Après quelques heures de vol, ils atterrirent. Au contrôle des passeports, deux policiers s’avancèrent rapidement vers eux pour demander s’il s’agissait bien de Rav Karlenstein. Le Rav répondit par l’affirmative. Les policiers lui expliquèrent qu’ils avaient reçu un appel urgent de New York lui demandant de contacter immédiatement sa famille. L’assistant du Rav prit le téléphone ; c’était l’épouse du Rav qui décrocha, lui annonçant qu’une heure après leur décollage, l’hôpital de New York avait appelé : un donneur venait d’être trouvé, un non-Juif en état de mort cérébrale dont on venait de prélever les deux reins. Après examen, on avait constaté que ceux-ci correspondaient parfaitement au Rav. Selon la loi, la personne destinée à recevoir la greffe doit confirmer son accord dans les heures qui suivent et se présenter aussitôt pour les préparatifs de l’opération. « Que pouvions-nous faire ? » conclut-elle, « vous étiez en vol, nous n’avons rien pu faire et nous avons perdu le don ».
À cette nouvelle, l’assistant du Rav fut envahi d’un terrible sentiment de culpabilité : comment avait-il pu emmener le Rav si loin de New York précisément au moment où un rein lui était destiné ? Sentant que quelque chose n’allait pas, Rav Karlenstein voulut connaître toute la vérité. L’assistant avoua : « Kvod harav, que puis-je dire ? Au dernier moment, on a trouvé un rein pour vous, mais comme nous étions dans l’avion, nous l’avons manqué… » À ces mots, le Rav se mit aussitôt à danser en plein aéroport, entonnant des chants de louanges et de gratitude envers le Créateur. Il dit à son assistant : « C’est vrai, ils ont appelé pour m’annoncer qu’un rein m’attendait et que j’étais prioritaire. Mais si Hachem a décidé de m’éloigner de là-bas à ce moment précis, c’est qu’il n’était pas destiné pour moi ». Puis il continua à se réjouir et à danser. Il avait atteint un niveau de foi et de sérénité qui dépassait celui des hommes ordinaires : après avoir attendu cette greffe des années durant, avec l’ardent désir de vivre, il comprenait, au moment décisif, que si Hachem l’avait empêché de rester sur place, c’était que ce n’était pas pour son bien. Finalement, ils retournèrent à New York. Trois mois plus tard, un autre rein devint disponible ; Baroukh Hachem, la greffe eut lieu, et le Rav vécut encore près de trente années après l’opération.
Par la suite, un responsable communautaire ‘Haredi chercha à savoir ce qu’étaient devenus les reins initialement destinés au Rav. Il découvrit que, celui-ci les ayant manqués, ils furent attribués aux deux personnes suivantes sur la liste : deux non-Juifs qui attendaient également une greffe. Chacun reçut un rein, mais tous deux moururent six semaines après l’opération. Pourquoi ? Les reins de ce donneur, bien qu’ayant semblé sains et parfaits à l’examen, étaient en réalité contaminés et endommagés. Les médecins ne pouvaient le savoir ; mais ceux qui les avaient reçus n’avaient pas pu survivre, et en étaient morts.
Seul un grand homme est capable de discerner, avec des yeux spirituels, que si Hachem a fait en sorte que je ne sois pas là, c’est la preuve que cela ne m’appartenait pas et que ce n’était pas pour mon bien. Ainsi, sans la moindre tristesse, savoir que si cela avait été réellement bon pour moi, je l’aurais obtenu. C’est une leçon que chacun doit intégrer : apprendre à ouvrir les yeux et à comprendre que le Maître du monde donne à chacun ce qu’il y a de meilleur pour lui. Nous ne connaissons pas les calculs divins. Parfois, l’homme élabore toutes sortes de raisonnements, mais Hachem sait que ces calculs ne sont pas les bons, et Il organise les choses autrement : « Nombreuses sont les pensées dans le cœur de l’homme, mais le dessein d’Hachem est celui qui se réalise ».
Nous retrouvons ce principe dans la Paracha, à propos du peuple d’Israël et de la guerre contre Si’hon et Moav. Lorsque les enfants d’Israël arrivèrent à la frontière de Moav, Hachem leur dit : « Ne t’attaque pas à Moav et ne le provoque pas en guerre » (Devarim 2:9). Contre eux, vous ne pouvez pas combattre. Hachem mit alors dans le cœur de Si’hon de se battre contre Moav ; Si’hon vainquit Moav, et ensuite, Israël combattit Si’hon et le vainquit à son tour, héritant ainsi également du territoire de Moav. Tous ceux qui voyaient Si’hon se battre contre Moav pensaient qu’il avait été assez fort pour conquérir cette terre ; mais en réalité, tout cela avait été préparé par Hachem pour les enfants d’Israël, afin qu’ils méritent, eux, de recevoir Moav. Voilà pourquoi Hachem avait remis Moav entre les mains de Si’hon.
Il faut savoir regarder chaque chose avec un regard spirituel. Hachem calcule les choses selon un plan totalement différent des calculs humains. C’est pourquoi la Torah, à propos de cette guerre, dit : « C’est pourquoi disent les dominateurs : venez à ’Hechbon » (Bamidbar 21:27). Le véritable « ’Hechbon » (calcul) est celui du Maître du monde. Certes, la Guémara explique que ce verset parle de ceux qui dominent leur penchant, mais il est évident que cela concerne chacun d’entre nous : savoir et croire que ce qu’Hachem fait dans Son monde, c’est cela le calcul véritable, précis et parfait.
On raconte qu’un groupe de jeunes filles d’un séminaire, accompagnées de leurs monitrices, décida de se rendre à Tsfat pour y passer le Chabbath. Le vendredi après-midi, elles se rendirent toutes à la synagogue, qui disposait d’une grande et vaste section réservée aux femmes. Le petit garçon de quatre ans de l’une des monitrices l’accompagna. Soudain, l’enfant se mit à s’agiter sans raison apparente ; et plus on essayait de le calmer, plus il devenait incontrôlable, bien qu’il fût habituellement un enfant paisible. Il continuait à courir, monter et descendre, crier et gesticuler, et personne ne comprenait ce qui lui arrivait.
Soudain, l’enfant s’approcha de sa mère, lui prit des mains le Sidour en véritable cuir qu’elle avait reçu pour son mariage, et, sans plus attendre, le jeta à terre depuis la 'Ezrat Nachim, en direction de la section des hommes. Cela dépassait déjà les limites, mais comme on était en pleine prière, au moment de l’office de Kabbalat Chabbath, elle ne dit rien et poursuivit la prière jusqu’au bout. Une fois la prière terminée, la monitrice envoya quelqu’un à la synagogue pour lui rapporter son Sidour. Lorsqu’on le lui remit, ce fut un homme portant une Kippa blanche et une chevelure abondante, qui ne paraissait pas du tout être un habitué du lieu, qui le lui donna. Il lui raconta alors : cela faisait de longues années qu’il ne respectait plus la Torah et les Mitsvot, et presque jamais il n’avait mis les pieds dans une synagogue. Le vendredi précédent, il avait allumé la radio et, par hasard, changea de station au moment où était diffusé un discours d’un Rav à la parole douce et persuasive. Touché par ses propos, il l’écouta attentivement. Le Rav expliquait qu’il valait la peine, même pour quelqu’un qui ne pratique pas la Torah et les Mitsvot, de venir au moins une fois par semaine dans une synagogue, afin de ressentir l’atmosphère spirituelle qui y règne et qui, inévitablement, purifiera son âme.
Cet homme raconta : « Moi, en tant que Juif laïc qui ne connaît rien, je me suis dit que je devais essayer. Si le Rav affirme que cela est bon pour l’âme, alors je peux au moins faire cette petite chose : aller à la synagogue, sans m’engager à faire plus. Je m’y rendrai, puis je repartirai et poursuivrai ma vie. Je suis donc arrivé à la synagogue et me suis assis sur une chaise libre. J’ai remarqué que tout le monde avait un Sidour en main. J’ai cherché du regard d’où l’on en prenait, et j’ai vu un homme prendre le dernier Sidour disponible sur l’étagère. Je me suis senti gêné : tous avaient un Sidour, et moi j’étais le seul à ne pas en avoir.
À cet instant, j’ai décidé de m’adresser directement à Hachem : « Si Tu veux que je reste ici, dans la synagogue, envoie-moi, je T’en prie, un Sidour ; sinon, c’est dommage, je partirai et continuerai mon chemin. Je ne veux pas qu’on dise que je suis assis ici comme une potiche ». Je n’avais pas encore fini ma phrase que, soudain, j’ai senti qu’Hachem m’envoyait un Sidour du Ciel : un Sidour tomba directement sur mes genoux. J’étais stupéfait ! Hachem m’avait-Il vraiment entendu à cet instant précis et envoyé un Sidour ? Je ne savais pas du tout quoi faire durant la prière, alors je l’ai simplement ouvert et feuilleté au hasard, mais j’ai compris, à ce moment-là, qu’Hachem me voulait ici.
L’homme conclut en disant aux jeunes filles du séminaire : « Avec l’aide d’Hachem, je reviendrai également demain à la synagogue, et je continuerai d’y venir par la suite. Je veux également aller voir un Rav qui me guidera pour revenir au sein de mon peuple, afin que je mérite de faire Téchouva et de me purifier ». Et c’est ainsi qu’il continua à se rapprocher d’Hachem. Il faut savoir que, parfois, Hachem offre à l’homme un cadeau ; c’est à lui de savoir en tirer parti, comme a su le comprendre cet homme, en apprenant à tout voir sous un angle spirituel, et non matériel.
On raconte l’histoire d’un Juif vivant en France qui, un jour, se promenait dans l’une des rues de sa ville. Soudain, il remarqua un grand magasin de jouets dans lequel il n’était encore jamais entré. Sans trop savoir pourquoi, il poussa la porte et, pour une raison qu’il ne s’expliquait pas, se dirigea vers un coin où l’on vendait toutes sortes de petites voitures. Son regard se posa sur une magnifique voiture de police Playmobil, et il décida de l’acheter pour son fils de cinq ans. Il paya, l’emballa dans un joli papier cadeau, puis rentra chez lui.
Il arriva à la maison en fin d’après-midi, tout joyeux et impatient d’offrir ce cadeau à son enfant. Mais celui-ci dormait déjà. Voyant son mari si réjoui, son épouse lui demanda : Que s’est-il passé ? Pourquoi es-tu si content ? Il lui raconta qu’il était entré, sans raison particulière, dans un magasin de jouets où il n’avait jamais mis les pieds, et qu’il avait eu envie d’acheter à leur fils une belle voiture. En entendant cela, sa femme se mit à s’exclamer, toute émue : Je n’arrive pas à y croire ! Puis elle lui expliqua la raison de son émotion.
Tout à l’heure, j’étais assise avec notre fils sur son lit pour l’endormir. Comme chaque soir, nous avons récité ensemble le Chéma' Israël. Puis je lui ai parlé d’une dame de notre immeuble, que D.ieu protège, atteinte d’une grave maladie. Je lui ai proposé que nous priions ensemble Hachem pour qu’Il lui envoie une guérison complète et qu’elle retrouve la santé. Alors notre fils m’a demandé : « Est-ce qu’Hachem entendra vraiment nos prières ? » Je lui ai répondu : « Bien sûr ! Si toi et moi nous prions ensemble, cette femme guérira, avec l’aide d’Hachem, et nous aurons le mérite de le voir de nos propres yeux ».
L’enfant, avec toute sa candeur, me dit alors : « Maman, est-ce que Hachem entend vraiment toutes les prières qu’on Lui adresse ? » Je lui répondis avec certitude : « Oui ! » Il poursuivit : « Depuis longtemps, je rêve d’avoir une belle voiture de police Playmobil, et je prie Hachem pour qu’un jour papa m’en apporte une ». Nous avons prié ensemble et, juste après la prière, il est allé se coucher. Or, à peine s’était-il endormi que tu es entré dans la chambre… avec cette même voiture ! Incroyable mais vrai, cette histoire illustre de façon éclatante combien Hachem entend la prière de chaque bouche.
Parfois, les choses restent voilées à nos yeux, mais lorsque le Créateur nous éclaire, nous découvrons avec émerveillement que tout était déjà disposé devant nous, avant même que nous ne l’ayons constaté. C’est pourquoi chacun doit se renforcer dans sa foi en Hachem, et toujours élever vers Lui une prière sincère : « Montre-nous, Éternel, Ta bonté, et accorde-nous Ton salut » (Téhilim 85:8), et alors on méritera de voir de grandes délivrances, Amen.
Rav Avraham Attia (Pniné Beth Levy)




