Observons un verset intéressant de la Parachat Lekh Lékha. La Torah dit : « Il le fit sortir dehors », et dit : « Regarde donc le ciel et compte les étoiles, si tu peux les compter » (Béréchit 15:5). Le Maharam Shapira de Lublin explique : Hachem ordonne à Avraham de sortir sous le ciel et de compter les étoiles. Est-ce une chose réaliste et possible ? Quelqu’un peut-il vraiment les compter ? Les étoiles sont innombrables ; quel sens y a-t-il donc à lui demander de les compter ?

Mais Avraham ne se découragea pas. Il se dit : « Je peux faire le début, alors je commence à compter. Si je n’y arrive pas, Hachem complétera pour moi. Comme il est dit : "Je crierai vers D.ieu Très-Haut, vers le D.ieu qui accomplit pour moi" ». Hachem vit le désir et la volonté sincère d’Avraham d’accomplir Son ordre, même si c’était en apparence impossible. Avraham suivait Hachem avec innocence et intégrité, et se dit : « Je compterai tant que je le peux ; ce qui dépasse mes forces, Hachem l’achèvera ».

Hachem répondit à Avraham : « C’est cela que Je veux que tu enseignes à tes enfants ! », comme il est écrit juste après : « Ainsi sera ta descendance ». Voilà ce que Je veux pour ta postérité : qu’en entreprenant une Mitsva, ils sachent qu’il ne leur incombe pas de terminer l’ouvrage, mais bien de le commencer. Chacun doit s’efforcer de faire le premier pas, même si parfois cela semble difficile, lourd, voire insurmontable. Même si l’homme pense qu’il n’en est pas capable, s’il peut commencer, qu’il commence ! Par exemple, si une personne ne peut pas étudier cinq heures par jour, qu’elle étudie ce qu’elle peut, et pour le reste, Hachem l’aidera.

C’est un principe fondamental que l’on retrouve dans de nombreux endroits : lorsque l’homme fait le premier pas, le Ciel vient à son aide, et des miracles se produisent. C’est ce que nous voyons aussi dans la vie de Ya'akov, en route vers ’Haran. Il est dit : « Ya'akov sortit de Beer Chéva, et se dirigea vers ’Haran » (Béréchit 28:10). Une fois arrivé à ’Haran, Ya'akov se souvint qu’il était passé près des tombes de ses ancêtres sans s’y être arrêté pour prier. Pourtant, il était en grand danger – 'Essav le poursuivait pour le tuer – alors que faire ? Revenir sur tout le chemin parcouru, alors qu’il est fatigué et en danger ? Cela semble irréaliste.

Mais Ya'akov savait une chose : il peut faire les premiers pas. Il « donna son cœur » - c’est-à-dire qu’il décida avec sincérité de revenir, et aussitôt eut lieu un miracle - Kéfitsat Hadérekh : la terre se contracta miraculeusement sous ses pieds. Rachi rapporte qu’en quelques instants, il atteignit le mont Moria, y pria, fit son rêve prophétique, et reçut toutes les révélations et promesses de D.ieu : « Je ne t’abandonnerai pas jusqu’à ce que J’accomplisse ce que Je t’ai dit ». Et tout cela fut mérité grâce à sa volonté sincère, et le premier pas qu’il fit.

On raconte à propos d’un jeune Ba’hour de Yéchiva qui respectait toutes les Mitsvot, mais il y avait une seule chose qu’il n’arrivait pas à abandonner : fumer des cigarettes. Quand arrivait le Chabbath, il disait : « J’ai fauté, j’ai transgressé, j’ai péché, mais je ne suis pas capable d’arrêter », et ainsi il fumait pendant Chabbath, ce qui lui causait beaucoup de peine. Rav Azriel Tauber, qui était un grand orateur, un Maguid Mécharim, et qui fit mériter le public aussi bien en Erets Israël que dans le monde entier, était proche de ce jeune homme et essaya de lui parler et de l’influencer : « Fumer pendant Chabbath ? C’est une interdiction de la Torah ! Tu transgresses ici de graves interdits ». Il essaya encore et encore, mais cela ne servait à rien, le jeune homme restait sur sa position, disant qu’il n’était pas capable d’arrêter de fumer pendant Chabbath.

Lorsque le Rav comprit qu’il ne réussirait pas à l’influencer lui-même, il l’amena chez un Grand d’Israël, pensant que peut-être un Gadol, doté d’une plus grande influence, pourrait lui insuffler la crainte du Ciel. Ils arrivèrent chez ce Gadol, qui dit au jeune homme : « Il t’est difficile d’arrêter de fumer ? Ce n’est pas un problème, fume pendant Chabbath. Mais je te demande une seule chose : lorsque tu termineras ta cigarette, ne l’éteins pas. Pose-la simplement de côté. Pourquoi transgresser encore un autre interdit de la Torah, celui de Mékhabé, qui consiste à éteindre un feu pendant Chabbath ? Es-tu prêt à accepter cela sur toi ? » Le jeune homme répondit : « Oui ». Après tout, ce qui comptait pour lui, c’est que le Rav lui avait donné une sorte de « permission » de fumer pendant Chabbath.

Rav Tauber raconte qu’après un mois, ce jeune homme arrêta complètement de fumer. Car chaque fois qu’il posait la cigarette, les paroles du Rav résonnaient en lui : « Ne transgresse pas un autre interdit de la Torah ». Peu à peu, il prit conscience que lorsqu’il fumait, il transgressait bel et bien les lois de la Torah, et qu’il se mentait à lui-même en prétendant ne pas les transgresser parce qu’il n’éteignait pas la cigarette. Ainsi, à la fin, il fit complètement Téchouva et cessa de fumer. En fin de compte, il fit cette première action, ce premier pas, et Hachem l’aida à complètement arrêter de profaner le Chabbath.

C’est un enseignement qui concerne chacun d’entre nous. Il arrive parfois que l’on dise des phrases comme : « Je n’y arrive pas, je ne suis pas capable, c’est trop dur, c’est au-dessus de mes forces », et on baisse les bras avant même d’avoir commencé. Mais pourquoi ne pas essayer simplement de faire le premier pas ? Au moins faire ce qui est à notre portée. Que la personne essaie au moins de s’asseoir et d’ouvrir un livre. Si c’est trop difficile, elle pourra toujours refermer et partir, mais ce premier pas, nous sommes tous tenus de le faire. Et celui qui commence, qui fait cette première action, Hachem lui ouvre alors toutes les portes.

Ce Chabbath (11 ’Hechvan), nous célébrons la Hiloula de Ra’hel Iménou, notre mère à tous, qui pleurait pour ses enfants – « Ra’hel pleure ses enfants ». Quel mérite avait-elle pour que D.ieu écoute précisément ses supplications ? C’est parce qu’elle possédait une qualité rare : celle du renoncement absolu. Elle renonça à son mariage avec Ya'akov pour sa sœur, de manière unique, sans même lui dire qu’elle lui cédait Ya'akov – elle se contenta de lui transmettre les signes. Grâce à cela, tous se tournent vers elle et crient : « Maman, aie pitié de nous ! »

Il y a une histoire très spéciale qui s’est déroulée il y a de nombreuses années. C’est l’histoire d’un jeune Ba’hour du nom de Naftali, un étudiant assidu qui progressait dans la Torah. Un jour, il tomba sur un journal, et à partir de là, il commença à discuter avec ses camarades, à se refroidir dans son étude et dans son service divin. Peu à peu, il se détériora. Les Rabbanim de la Yéchiva ne comprenaient pas ce qui était arrivé à Naftali, lui qui étudiait douze heures par jour : voilà qu’il parlait pendant les heures d’études, sortait, revenait, commençait à fumer, à accomplir des actions qu’il n’avait jamais faites. Ils tentèrent de lui parler, de le raisonner, mais sans succès. Le plus grave, c’est qu’il influençait d’autres élèves, leur montrait des choses contraires à l’esprit de la Yéchiva, et leur faisait du tort. Il devenait très difficile de le maintenir à la Yéchiva.

Finalement, les responsables de la Yéchiva appelèrent ses parents et les convoquèrent d’urgence. Les parents vinrent avec appréhension, car ils savaient que leur fils avait beaucoup changé et cela leur causait une grande peine. Le Roch Yéchiva leur dit des mots très durs : « Votre fils ne peut plus rester à la Yéchiva ». Ils reçurent cette nouvelle comme un coup de massue. Tant que leur fils était encore à la Yéchiva, c’était pour eux la dernière consolation. Mais s’il en sortait, qui sait où il pourrait dégringoler, jusqu’où cela pourrait aller ? Pourtant, cette décision avait été prise à l’unanimité par toute la direction de la Yéchiva.

Le jeune homme quitta donc la Yéchiva et continua à se dégrader. Jusqu’au jour où il quitta même la maison et partit dans le sud de Tel Aviv, avec un groupe de jeunes ayant quitté le cadre religieux. Ils louèrent un appartement délabré, et il n’avait même pas de quoi payer sa part du loyer. Il pensait qu’il allait s’en sortir, qu’il vivrait une vie libre et heureuse, mais après quelques semaines, il se rendit compte que ces soi-disant amis n’étaient pas de vrais amis. Ils commencèrent à se moquer de lui, à le rabaisser en permanence : « Regarde d’où tu viens ! Tu ne vaux rien ! Tu n’as aucun talent ! » Et jour après jour, ils le rabaissaient encore et encore…

Il se retrouva sans foyer, sans véritable ami, et sa vie n’avait plus aucun sens. Cette situation l’affecta profondément, et il commença à réfléchir : que faire ? Comment survivre ? Après quelques jours passés à réfléchir, il prit une décision terrible, à D.ieu ne plaise, il décida de mettre fin à ses jours. Il se fixa un jour et une heure où il se rendrait aux tours Azrieli, monterait au dernier étage et, de là, il n’y aurait plus qu’un pas à faire… Une décision ferme et irrévocable. Il n’en parla à personne, de peur qu’on ne l’en dissuade.

Il quitta la misérable location dans laquelle il vivait, monta dans un autobus en direction des tours Azrieli, et y entra par le parking souterrain. Il se mit à la recherche des ascenseurs, afin de grimper jusqu’au sommet. En chemin, son regard fut attiré par un petit livret coloré jeté au sol. Pour une raison qu’il ne s’expliquait pas, il se pencha pour le ramasser. Il y vit une belle illustration accompagnée d’un titre en grosses lettres : « Ima Ra’hel » – Maman Ra’hel. Il s’agissait d’un recueil de récits et de délivrances obtenues grâce au mérite de Ra’hel Iménou. Il commença à lire. Après tout, il n’était pas pressé.

Il lut un récit de miracle, puis un autre. Des histoires d’hommes et de femmes, qui s’étaient rendus là-bas pour prier, et qui furent sauvés. Cela le toucha. Il se dit que, juste avant de monter là-haut, il se donnerait une dernière chance. Une ultime tentative avant qu’il ne soit trop tard. Il irait prier sur la tombe de Ra’hel, et si un miracle s’y produisait pour lui, comme dans les histoires du livret, alors il resterait en vie. Sinon, il retournerait à son plan initial.

Il se rendit au tombeau de Ra’hel, qui était alors plein de fidèles. Dès qu’il entra, il fut frappé d’un grand bouleversement. Juste devant lui, un panneau s’étalait, portant une inscription en grandes lettres : « Priez pour le jeune Naftali ben Esther » - et il y avait même les noms de son père et de ses grands-parents, avec la mention : « Qu’il fasse rapidement Téchouva, que D.ieu ouvre son cœur et qu’il rentre à la maison ». Il resta choqué. Cela éveilla en lui une grande réflexion, mais il se dit que ce n’était pas encore un miracle clair.

Il décida alors de prendre un livre de Téhilim et de se mettre à l’écart pour prier. S’il se produisait un signe ou un miracle, il resterait. Il se tint dans un coin, près de la séparation du côté des femmes, pour ne pas être dérangé. Il ouvrit son livre de Téhilim et commença à lire. Alors qu’il lisait, il entendit de l’autre côté de la séparation des pleurs intenses – une femme en train de sangloter dans la section des dames. Il entendit ensuite ses paroles : « Maître du monde, rends-moi mon fils Naftali ! Je Te promets de donner la Tsédaka, d’agir pour Toi, mais je T’en supplie : rends-moi Naftali ! »

C’était sa mère ! En entendant sa voix, il s’évanouit sur place. On appela tout de suite les secours de la Hatsala, tout le monde se pressait autour de lui, mais il ne reprenait pas connaissance. Personne ne savait qui il était. On le posa sur une civière et on tenta de le faire sortir. Comme il y avait une foule énorme du côté des hommes, les sauveteurs décidèrent de le faire passer par la section des femmes.

Lorsqu’ils passèrent par-là, une agitation se fit entendre. Sa mère, qui avait entendu les appareils de secours et vu la civière, pensa : « Peut-être que je peux faire une Mitsva avec ce jeune garçon inconscient, je vais lire pour lui quelques versets de Téhilim ». Elle s’approcha… et n’en crut pas ses yeux : c’était son fils allongé sur la civière ! Elle cria, faillit elle-même s’évanouir, le serra dans ses bras, alors qu’il était encore inconscient, et monta avec lui dans l’ambulance. En chemin, il reprit connaissance. Elle l’enlaçait, l’embrassait, et – grâce à D.ieu – il fit une Téchouva complète. Comme le dit le verset : « Les enfants reviendront à leur frontière ». Et tout cela, grâce au premier pas qu’il fit – ramasser un livret et lire quelques minutes des récits de foi. Ce fut ce petit geste qui lui ouvrit les portes du Ciel. Et le reste, c’est Hachem qui l’a accompli.

C’est cela que la Torah nous enseigne : peut-être que compter les étoiles nous dépasse, mais commencer, cela est possible. C’est pourquoi il nous appartient de faire le premier pas. Ensuite, D.ieu nous aidera et nous ouvrira les portes des Cieux très bientôt, Amen.