Tu craindras Hachem, ton D.” La mitsva de craindre D. est l’une des plus fondamentales de la Thora ainsi que l’une des « six mitsvot temidiot », les six mitsvot que l’on doit accomplir continuellement. Cette mitsva semble contredire une autre des « mitsvot temidiot », la ahavat Hachem. La mitsva de ahavat Hachem nous apprend que D. est généreux et aimant. S’il en est ainsi, comment pouvons-nous Le craindre ?

En général, les gens redoutent des êtres ou des personnes qui leur veulent du mal. Les commentateurs expliquent que la crainte requise dans la mitsva de yirat Hachem ne peut pas être une peur de quelqu’un qui nous veut du mal, mais elle consiste tout simplement en la crainte des conséquences de nos actions. La yirat Hachem nous enseigne que Hachem n’est pas vatran, Il a créé le monde de telle façon que si une personne commet une action spirituellement négative, elle en sera conséquemment affectée, sur le plan spirituel.

‘Hazal vont plus loin et déterminent précisément ce qui doit nous faire peur et ce qu’il n’y a pas lieu de craindre : la guemara dans Berakhot relève une contradiction apparente entre différents pessoukim du Tanakh, qui ont trait à la crainte. Chelomo HaMelekh écrit dans Michlé : « Heureux est l’homme qui a toujours peur ». Parallèlement, Yéchaya HaNavi dit : « Les gens de Tsion qui ont peur sont des fauteurs ». La guemara explique que le passouk de Michlé fait référence aux « divré Thora ».

Le rav Its’hak Berkovits chlita explique que les « divré Thora » dont il est question peuvent faire allusion à la spiritualité. Nous n’avons de libre arbitre que dans notre poursuite du spirituel – c’est pourquoi, la guemara nous apprend qu’il convient de craindre nos propres échecs en matière de spiritualité, ce domaine étant sous notre contrôle et dans lequel nous risquons de chanceler. Cependant, dans les autres domaines, nous savons que Hachem dirige tout et puisqu’Il est généreux et tout-puissant, il est absurde et erroné d’avoir peur que « quelque chose de mal » nous arrive – lorsque Hachem dirige, rien de réellement « mauvais» ne peut arriver ; cela peut nous sembler « mal » sur le coup, mais nous savons qu’en définitive, nous n’avons rien à craindre, car c’est Hachem qui tire les ficelles. Nous ne devons avoir peur que de nous-mêmes et du tort que nous risquons de nous causer.

Une autre guemara montre également à quel point il est important de craindre les conséquences de nos actions : la guemara dans Guitin rapporte la fameuse histoire de Kamtsa et de Bar Kamtsa et comment la sinat ‘hinam de cet incident causa de tristes événements qui se terminèrent par la destruction tragique du Beit HaMikdach. Comme introduction à ce terrible épisode, la guemara cite le passouk susmentionné de Michlé qui chante les vertus de la crainte. Quel rapport y a-t-il entre la crainte et l’épisode de Kamtsa et Bar Kamtsa ? Tossefot expliquent que les personnes qui fautèrent dans cette histoire auraient dû s’inquiéter davantage des conséquences de leur comportement, comme de laisser Bar Kamtsa être humilié en public sans intercéder en sa faveur. S’ils avaient été plus vigilants quant aux retombées de leurs actes, ils auraient compris qu’ils auraient dû agir différemment. Nous en déduisons qu’une telle inquiétude est d’une importance significative – c’est l’absence de cette crainte qui entraîna ces graves erreurs.

Cette guemara nous enseigne que dans chaque situation où nous possédons le libre arbitre, nous devons craindre l’erreur, mais lorsque nous ne sommes rien en mesure de faire, il ne sert à rien d’avoir peur et nous devons placer toute notre confiance en Hachem.

Le rav de Brisk zatsal était connu pour sa peur de ne pas accomplir les mitsvot convenablement ; par contre, il restait particulièrement serein quand il ne pouvait rien faire. Rav Chelomo Lorincz chlita raconte que lors du siège de Yérouchalaïm durant la guerre d’indépendance d’Israël, le rav de Brisk manifestait un calme remarquable tandis que la ville était bombardée. Pourtant, quand le bombardement cessait, il s’inquiétait vivement pour les personnes des localités éloignées. Quand on lui demanda la raison de ce changement d’attitude, il répondit que lorsque les obus tombaient à proximité, il était dans un cas de oness, et donc exempté de l’obligation d’aider les autres. N’étant pas responsable de son inaction, il n’en était pas agité. Mais lorsque son quartier n’était pas bombardé, il ne pouvait cesser de penser à ce qu’il pouvait faire pour ceux qui étaient en danger, et cela ne lui laissait aucun répit. Le rav de Brisk savait exactement quand il fallait avoir peur et quand il convenait de rester calme ; s’il ne pouvait rien faire, il restait très calme, mais lorsqu’une responsabilité lui incombait, il n’était pas tranquille.

Cette leçon est particulièrement pertinente à l’approche du mois de Elloul. Tout au long de l’année, nous pouvons avoir tendance à considérer sereinement notre situation d’un point de vue spirituel, pensant que Hachem « fermera les yeux  » sur nos transgressions et nos faiblesses. Mais, l’imminence du Yom HaDin nous rappelle que Hachem n’est pas vatran et que les conséquences de nos actions sont sérieuses. La mitsva de Yirat Hachem nous enseigne qu’on ne peut pas rester les bras croisés et croire faussement que tout ira bien.

Nous avons reçu un grand cadeau : le libre arbitre, cela implique que nous ne pouvons pas compter sur D. pour nous forcer à prendre les bonnes décisions. La conscience de notre libre arbitre éveille en nous une grande peur, celle de laisser passer les opportunités que Hachem nous donne, d’employer improprement nos talents et de ne pas exploiter tout notre potentiel ; cela est bien à même de nous inspirer de la crainte.