Au début de la Parachat Ki Tavo, la Torah déclare : « Tu te réjouiras de tout le bien que Hachem, ton D.ieu, t’a donné, à toi, à ta maison, au Lévi et à l’étranger qui se trouve dans ton sein » (Dévarim 26:11). Que signifie donc « tout le bien » ? De quel bien l’homme dispose-t-il, qui puisse être considéré comme l’apogée de son plaisir dans ce monde, comme une véritable satisfaction et un but ultime ? Si l’on pense qu’il s’agit d’une belle demeure, d’affaires prospères ou de biens matériels, il est évident que ce n’est pas de cela dont il est question : ce ne sont ni la finalité, ni le véritable « bien ». Le Or Ha’haïm Hakadoch explique : « Car Je vous ai donné une bonne acquisition » (Michlé 4:2). Et nos Sages ont enseigné : « Il n’y a de bien que la Torah » (Brakhot 5). La Torah est le précieux trésor que Hachem a donné à Israël. C’est cela que le verset désigne par « Tu te réjouiras de tout le bien » : c’est la Torah, qui inclut en elle-même tous les véritables bienfaits du monde.

Les paroles magnifiques du Or Ha’haïm sont bien connues sur le verset : « Si les hommes ressentaient la douceur et la suavité de la Torah, ils deviendraient fous d’amour pour elle et enflammés à sa poursuite ». Ils la rechercheraient avec la même ardeur que l’on poursuit la vie elle-même. Ainsi doit se comporter celui qui connaît la véritable valeur de la Torah, qui est immense : celui qui a le mérite de s’asseoir et d’étudier ressent un plaisir, un bien et une jouissance qui englobent toutes les jouissances de ce monde. Tout se trouve dans la sainte Torah. Un homme qui fixe des moments pour l’étude de la Torah ne manque de rien. Il possède une satisfaction intérieure et tout lui réussit avec fluidité. Le jour où il étudie, il réussit à coup sûr, sans aucun doute. Mais lorsqu’il n’étudie pas, il trébuche dans des difficultés : une chose ne se déroule pas comme prévu, une autre vient le retarder, et il n’atteint pas sa véritable finalité.

Chacun doit avoir le mérite de s’asseoir pour s’adonner à l’étude de la Torah, en fixant un moment quotidien immuable, sans jamais renoncer à cette régularité. Ainsi, il entre dans la catégorie : « Fais de ta Torah une occupation fixe et de ton travail une activité secondaire » (Rambam, Hilkhot Talmud Torah 3:7), contrairement à ceux qui s’embrouillent et inversent l’ordre, faisant de leur travail la chose fixe et de la Torah l’accessoire, comme l’homme qui rentre tard le soir de son labeur et qui, parfois, ne réussit même pas à étudier du tout. C’est exactement le contraire de ce que nos Sages enseignent : « Fais de ta Torah ton occupation fixe ». La Torah doit être constante, tandis que le travail ne doit remplir que le temps qui reste.

Dans une ville du centre du pays se trouvait une boutique d’optique prospère. Son directeur était un Ben Torah, reconnaissable à sa tenue : costume et chapeau. Il n’ouvrait sa boutique que quelques heures par jour. Un jour, il confia à l’un de ses clients ce qui l’avait amené à ce choix : « Il y a quelques années, cette boutique était ouverte douze heures par jour, du petit matin jusqu’à la nuit. Il y avait ici une équipe entière et, Baroukh Hachem, les affaires prospéraient. Un jour, je fis un examen de conscience : pourquoi travailler si dur et si longtemps ? Et la Torah, que deviendra-t-elle ? L’homme n’est pas venu dans ce monde pour l’argent. L’argent finit toujours par s’épuiser, et il ne nous accompagne pas dans le monde futur, qui est entièrement bon. Alors, en possession de quoi quitterai-je ce monde ? J’ai réfléchi encore et encore, et finalement j’ai pris une décision : désormais, la boutique sera ouverte quatre heures le matin et quatre heures l’après-midi, et entre les deux, je m’assoirai pour étudier la Torah. Joignant la pensée à l’action, j’ai licencié plusieurs employés et j’ai modifié les horaires d’ouverture ».

Deux ou trois mois plus tard, j’ai fait un bilan de mes revenus, et j’ai découvert un fait prodigieux : je n’avais rien perdu. Ce que je gagnais l’année précédente en travaillant plus de douze heures par jour, je le gagnais désormais aussi, et peut-être même un peu plus. L’affaire continuait à être rentable. On le voit clairement : celui qui fixe des temps réguliers pour l’étude de la Torah n’en sort jamais perdant. Quelques mois supplémentaires passèrent, et je pris la décision de consacrer encore plus d’heures à l’étude. Je me dis : si, Baroukh Hachem, ce commerce réussit grâce au mérite de la Torah, pourquoi donc me fatiguer outre mesure ? Je travaillerai désormais dans un cadre réduit de quatre heures seulement l’après-midi, et pour le reste, je compterai sur la subsistance envoyée du Ciel.

Ainsi chacun doit croire que c’est Hachem qui nourrit et qui pourvoit aux besoins de tous. Les revenus d’un homme sont fixés pour lui de Roch Hachana à Roch Hachana, à l’exception de ce qu’il investit pour l’étude de la Torah, le Chabbath, les Raché ’Hodachim et les fêtes, dont les initiales forment le mot « Tichri ». Ce qu’un homme doit gagner lui reviendra d’une manière ou d’une autre. Certes, il faut faire des efforts, mais il faut savoir que les fruits de ces efforts viennent en réalité d’Hachem. Si l’on multiplie exagérément son labeur, c’est comme si l’on disait à Hachem : « Je vais T’aider à me donner ma subsistance ». Or, Hachem n’a besoin d’aucune aide. C’est Lui qui nourrit et qui soutient chacun, et qui prépare à tout homme sa part de subsistance.

C’est ce que fit le propriétaire de cette boutique : le temps qui s’était libéré, il le consacra à l’étude de la sainte Torah. Trois ou quatre mois plus tard, il fit à nouveau un bilan et constata qu’il n’avait subi aucune perte : la boutique rapportait au moins autant qu’auparavant. Il conclut son histoire en attestant que c’est ainsi qu’il agit depuis plusieurs années : il étudie de nombreuses heures chaque jour, avec une ‘Havrouta, assiste à des cours, et l’après-midi il consacre seulement quelques heures à son commerce. Par ce mérite, il a eu le bonheur de pouvoir à la fois étudier et subvenir à ses besoins, trouvant dans sa vie une satisfaction et une joie véritables. Car rien n’est plus doux qu’une page de Guémara et qu’une compréhension claire de la Halakha. Il n’existe pas de délice plus savoureux que cela. Pour lui, c’est un immense mérite de pouvoir se consacrer à la Torah. Nous apprenons ici une grande leçon : chacun doit s’efforcer de ne pas laisser passer un seul jour sans étudier la sainte Torah.

On trouve, au début de la Paracha, une explication du Or Ha’haïm Hakadoch sur le verset : « Le prêtre prendra le panier de ta main » (Dévarim 26:4). Le Rav écrit (ibid., v. 5) que le mot Téné (panier) a comme valeur numérique soixante, en allusion aux soixante traités du Chass. Il enseigne ainsi que chacun doit consacrer du temps pour lui-même afin d’étudier la Torah. Le panier symbolise l’investissement dans l’étude de la Torah, dans la Guémara et le Pilpoul (l’art du raisonnement et de l’analyse approfondie). Car même si un homme se consacre à de nombreuses Mitsvot, cela ne suffit pas ; les Mitsvot seules ne pourront pas l’aider.

Le Rav s’exprime d’ailleurs en des termes saisissants : si ce n’était pas le Or Ha’haïm Hakadoch qui l’avait dit, nous n’aurions jamais osé répéter ces paroles. Il écrit : « Hormis l’étude de la sainte Torah, même s’il accomplit toutes les Mitsvot du monde, il sera brûlé, lui et elles ». Ces propos sont bouleversants. Cela signifie que même si un homme accomplit beaucoup de Mitsvot mais n’étudie pas la Torah, lorsqu’il se présentera devant le Tribunal céleste, on lui demandera : « Où est la Torah que tu as étudiée ? » Et s’il répond qu’il a fait beaucoup de Mitsvot, le Rav affirme qu’on le prendra avec toutes ses Mitsvot et qu’on brûlera le tout. Bien entendu, les paroles du Or Ha’haïm doivent être comprises en profondeur, car il était saint et ses enseignements sont très profonds. Mais il ressort clairement que même un homme qui accomplit beaucoup de Mitsvot, qui se consacre toute la journée aux bonnes actions et à la bienfaisance, si tout cela n’a pour but que d’éviter l’étude de la Torah, dit le Rav, tout sera anéanti devant lui. Il est effrayant de répéter de telles paroles.

On raconte l’histoire d’un couple marié qui, hélas, attendait depuis déjà dix ans d’avoir des enfants, sans voir la moindre lueur au bout du tunnel. Ce couple avait un ami aux États-Unis avec qui il correspondait de temps en temps. Un jour, cet ami leur proposa de venir chez lui : il se chargerait du financement du voyage et leur présenterait le plus grand spécialiste mondial dans ce domaine. Avec l’aide de D.ieu, ils commenceraient une série de traitements et obtiendraient la délivrance. Le couple accepta, prit l’avion pour les États-Unis, et l’ami leur organisa le logement dans un hôtel, ainsi qu’un rendez-vous avec ce médecin renommé. Mais après la rencontre avec le spécialiste, le verdict tomba : même ce grand médecin déclara qu’il n’y avait aucune possibilité qu’ils aient un jour des enfants.

Dans sa détresse, le couple se mit à pleurer et à prier avec ferveur. Leur ami, de son côté, ressentait lui aussi une grande douleur. C’était un homme fortuné, qui avait fait tout son possible pour eux, y consacrant son temps et son argent. Il leur dit donc qu’il allait, lui aussi, prier pour eux et déployer tous ses efforts, et, dans son ardent désir de leur venir en aide, il formula un vœu devant le D.ieu d’Israël : si, avec l’aide de D.ieu, ce couple méritait d’avoir une descendance, il abandonnerait tous ses commerces, monterait s’installer en Israël et se consacrerait à l’étude de la Torah. Entre-temps, le couple revint en Israël. Ils allèrent consulter des Rabbanim, pour recevoir leurs bénédictions, et continuèrent à prier de tout cœur, au Kotel, à Méron et dans d’autres lieux saints. Et, miracle inouï, deux ans plus tard, l’épouse donna naissance à un fils. Leur joie et leur bonheur furent immenses.

Le mari appela aussitôt son ami d’Amérique, qui était devenu l’un des plus grands millionnaires parmi les Juifs de son pays, et lui annonça : « Mazal Tov ! Un fils vient de naître chez nous ! » Lorsque son ami entendit cette nouvelle, au lieu de se réjouir simplement, son cœur se mit à battre fortement. Que faire ? D’un côté, il apprenait une nouvelle extraordinaire et bouleversante, mais de l’autre, il se retrouvait face à un problème d’une gravité exceptionnelle. Il avait fait un vœu, et, dans son for intérieur, il avait pensé qu’en réalité ce couple n’aurait jamais d’enfants. Il ne savait plus quelle décision prendre. Il se ressaisit néanmoins, souhaita un grand Mazal Tov à son ami, le bénit sincèrement de mériter d’élever cet enfant dans la voie de la Torah, des Mitsvot et des bonnes actions, mais demeura plongé dans des réflexions et des tourments intérieurs.

Cet homme était un Juif craignant D.ieu, fidèle à Sa parole, mais il se disait : « Comment pourrais-je abandonner toutes mes affaires ? Je gère des millions, je possède des usines et des magasins, et si je laisse tout derrière moi, cela risque de s’effondrer et de causer des pertes incommensurables ». Il consulta alors son ami en Israël, qui lui répondit : « Le problème est très sérieux. Il est loin d’être simple de te libérer d’un tel vœu. En effet, on n’annule pas un vœu prononcé pour une Mitsva. Tu n’as qu’une seule solution : va chez Rav ‘Haïm Kanievsky et demande-lui quelle est la conduite à adopter. Vois avec lui s’il est possible, et de quelle manière, d’obtenir une annulation de ton vœu. Peut-être pourras-tu dire au Rav que tu es prêt à soutenir largement l’étude de la Torah, à ouvrir des Kollelim et à tout mettre en œuvre pour la sainte Torah ».

L’ami suivit son conseil : il prit immédiatement un billet d’avion pour Israël et se rendit sans tarder dans la demeure du Rav. Là, il lui raconta toute l’histoire, le vœu qu’il avait prononcé, puis ajouta : « Au lieu de venir en Israël pour moi-même afin d’y étudier la Torah, je suis prêt à ouvrir un Kollel de cent Avrékhim qui s’y consacreront à ma place. Je leur verserai à chacun deux mille dollars par mois. Ils étudieront pour moi et en mon mérite. Plus encore : si je venais étudier moi-même, ce ne serait que l’étude d’un seul homme ; tandis qu’ici, j’ai la possibilité d’ériger un vaste Kollel où des dizaines et des dizaines d’Avrékhim plongeront dans la Torah du matin au soir ». Ainsi tenta-t-il de convaincre Rav ‘Haïm Kanievsky.

Le Rav lui répondit : « Cher Juif, tu ne comprends pas ce qui s’est passé ici. Dans le Ciel, on a bouleversé les lois de la nature. Ce couple n’était pas destiné à avoir des enfants, et, pour toi, on a changé l’ordre de la Création, uniquement afin que tu viennes en Israël et que tu étudies la Torah. Crois-tu donc que tes arguments, en proposant de financer des Avrékhim, puissent remplacer ce que l’on attend de toi ? Dans le Ciel, on désire que ce soit toi qui viennes, que ce soit toi qui t’assoies et qui étudies la Torah. C’est pourquoi il n’y a pas pour toi d’annulation de vœu : tu dois abandonner tes affaires, nommer quelqu’un d’autre à ta place, et monter en Israël pour y étudier. Voilà ta mission, voilà ton mérite ». Et ainsi agit-il. Une histoire bouleversante, qui témoigne de la puissance infinie de la sainte Torah.

La Guémara (Méguila 3) enseigne que Yonathan ben Ouziel traduisit le livre des Prophètes d’après la tradition de ‘Hagaï, Zekharya et Malakhi, et que la terre d’Israël trembla alors sur quatre cents Parsot. Yonathan ben Ouziel s’adressa alors à Hachem en disant : « Maître du monde, Tu sais bien que je n’ai pas agi pour mon propre honneur, ni pour celui de la maison de mon père, mais uniquement pour Ton honneur, afin qu’il n’y ait pas de divisions au sein du peuple d’Israël ». Le Tossefot Rid pose la question : mais qu’avait-il donc fait de si impressionnant ? En fin de compte, il n’avait fait que traduire le livre des Prophètes, qui est difficile à comprendre ; il avait agi pour le bien d’Israël, afin que chacun puisse saisir le sens des versets saints. Sans cela, en lisant les textes, l’un aurait dit ainsi, l’autre autrement, et jamais un sens clair n’aurait émergé. Yonathan ben Ouziel traduisit le livre des Prophètes pour qu’à partir de là, le sens simple et authentique apparaisse limpide aux yeux de tous.

Mais le Tossefot Rid explique que, dans le Ciel, on lui fit un reproche précis. En effet, avant qu’il ne rédige sa traduction, il régnait dans les maisons d’étude une effervescence de Torah : untel disait ainsi, untel autre expliquait autrement, chacun avançait ses raisonnements et appuyait ses paroles par des preuves tirées d’autres sources. On discutait, on débattait, et l’on pouvait passer de longues heures sur un verset afin d’en dégager la compréhension véritable. Or, que fit Yonathan ben Ouziel ? Il traduisit les Écritures de sorte qu’à présent, il suffisait de lire le verset accompagné de son Targoum, et tout devenait clair en un instant. Plus de disputes, plus de débats, plus de Pilpoul. C’est pourquoi, dans le Ciel, on lui dit qu’une diminution de Torah en Israël avait été la conséquence de sa traduction. Et c’est pour cette raison que la terre d’Israël en trembla : où donc étaient passés tous ces efforts de Torah qui s’étaient maintenus jusqu’alors ?

Mais Yonathan ben Ouziel répondit devant la Royauté Céleste qu’il n’avait agi que pour éviter les divisions au sein d’Israël. Car qui peut savoir où mènent les querelles ? Qui peut mesurer ce qui risque d’en sortir ? Lui n’avait agi que pour l’honneur du Maître du monde. C’est alors que l'Éternel, lui dit : « Assez, calme ton esprit ».

De là, nous voyons combien est grande la valeur de l’étude de la Torah lorsqu’on lutte dans l’étude, lorsqu’on s’y plonge, lorsqu’on analyse la Halakha, lorsque l’on confronte les explications et les raisonnements. Quelle importance immense ! Car si, à D.ieu ne plaise, on réduit l’effort dans l’étude de la Torah, c’est toute la terre d’Israël qui en est ébranlée. Voilà le poids et la grandeur de l’étude de la Torah. Et concluons par les mots du verset : « Tu te réjouiras de tout le bien ». Celui qui désire accéder à ce bien, un bien sans pareil dans ce monde, ne peut le faire qu’à travers l’étude de la Torah, comme il est dit : « Car Je vous ai donné une bonne acquisition, n’abandonnez pas Ma Torah ».