Question : “Je traverse actuellement de nombreuses difficultés qui me plongent dans la tristesse. Je sais combien il est important de remercier Hachem avec joie, mais j'ai le sentiment que si je me consacre à la gratitude, ça ne m’aidera pas à résoudre mes problèmes, et que je dois plutôt Le supplier et crier vers Lui. Comment concilier les 2 approches ?”
Réponse du Rav Boyer :
La Paracha de Ki-Tavo s'ouvre sur la Mitsva de Mikra Bikourim (la déclaration récitée lors de l'offrande des prémices). Nos Sages expliquent que la section des Bikourim est précisément lue à cette période de l'année, car elle est liée à Roch Hachana : en cette période, il convient de remercier Hachem, comme il est dit dans la déclaration des Bikourim : « J'ai déclaré aujourd'hui », c'est-à-dire : « Je ne suis pas ingrat. » Le Rambam écrit (Séfer Hamitsvot, Mitsva 132) : « Il nous a ordonné de raconter les bienfaits qu'Il nous a accordés et la manière dont Il nous a sauvés. On commence par l'histoire de notre père Ya'akov et l'on termine par l'esclavage des Égyptiens et les souffrances qu'ils nous ont infligées. On loue Hachem pour tout cela, puis on Lui demande de faire perdurer cette bénédiction lorsque l'on apporte les Bikourim. C'est le sens du verset : "Tu prendras la parole et tu diras devant Hachem ton D.ieu", ainsi que de tout ce qui suit dans cette section. » Le Séfer Ha'hinoukh (mitsva 606) écrit également : « Après avoir exprimé cette louange, il demande à Hachem de faire perdurer Sa bénédiction sur lui. Et grâce à l'éveil de son âme dans la louange d'Hachem et la reconnaissance de Sa bonté, il mérite que sa terre soit bénie. » Il ressort donc que la déclaration des Bikourim comporte deux parties : la première est une louange pour tout ce qu'Hachem a fait pour nous ; la seconde est une demande afin que cette bénédiction se poursuive également à l'avenir.
Le Beit Guenazaï pose ici une question : nous ne trouvons pourtant, dans la section des Bikourim, aucune demande explicite pour que la bénédiction se poursuive. On n'y trouve clairement que des remerciements, sans aucune requête concernant l'avenir. Certes, le Midrach rapporte qu'après l'offrande des Bikourim, une voix céleste proclame à l'homme : « De même que tu as apporté les Bikourim cette année, puisses-tu mériter de les apporter l'année prochaine. » Mais il faut comprendre en quoi consiste cette bénédiction pour l'avenir.
Le Beit GuenazaÏ explique qu'il n'y a effectivement ici aucune prière explicite demandant que la bénédiction se poursuive l'année suivante. Cependant, il faut savoir que lorsqu'une personne prie Hachem et Lui demande des délivrances ou des miracles qui dépassent les lois de la nature, de nombreux accusateurs se lèvent contre elle. Ils prétendent qu'elle ne mérite pas qu'un miracle soit accompli pour elle, qu'il n'y a aucune raison de modifier l'ordre naturel en sa faveur, qu'elle n'en est pas digne, etc.
C'est pourquoi nos Sages ont trouvé un moyen de faire face à cette accusation : au lieu de demander directement la délivrance, il suffit de prononcer devant Hachem des paroles de louange et de reconnaissance. Lorsque l'homme apporte les Bikourim, il rappelle devant Hachem, le Père d'Israël, tout ce qu'Il a accompli autrefois, aussi bien pour l'ensemble du peuple d'Israël que pour lui-même à titre personnel. Lorsqu'il évoque ces événements sous forme de louange, il réveille dans les Cieux les mêmes influences qui avaient agi alors, afin qu'elles agissent également maintenant. Il en résulte qu'il reçoit à présent l'abondance de la délivrance, grâce à ce qu'il a suscité en rappelant les louanges liées aux bienfaits du passé.
Le Beth Avraham explique que tel est également le secret de la bénédiction de Chéhé'héyanou pendant les jours de 'Hanouka. Lorsque nous disons : « Qui a accompli des miracles pour nos pères en ces jours, à cette époque », il s'agit certes d'une louange et d'un remerciement, mais cette louange contient également une demande. On comprend ainsi pourquoi, dans la déclaration des Bikourim, on rappelle tout le passage commençant par :« Un Araméen voulut perdre mon père, puis il descendit en Égypte... ». Nous rappelons tous ces miracles afin de les réveiller également aujourd'hui.
Nous apprenons de là un principe fondamental. Chaque fois qu'une personne loue Hachem, elle est, en réalité, également en train de Lui adresser une demande. Il ne s'agit certes pas d'une requête ou d'une supplication formulée explicitement, mais, par ses paroles, elle réveille les miracles et l'abondance qui lui avaient été accordés dans le passé, afin qu'ils se manifestent de nouveau aujourd'hui. En effet, chaque fois qu'une personne remercie Hachem, elle rouvre les portes de l'abondance dans les Cieux. Plus une personne remercie Hachem, plus elle reçoit d'abondance ; plus elle rappelle les miracles du passé, plus elle les voit se renouveler dans le présent.
Mais la nouveauté la plus remarquable est que cette demande, qui est contenue dans la louange, ne suscite aucun accusateur. Les accusateurs interviennent dès qu'ils entendent une personne formuler une demande. En revanche, lorsqu'elle remercie et loue Hachem, aucun accusateur n'osera s'opposer à ces paroles de louange. C'est cette précieuse recommandation contre les accusateurs que nous déduisons des paroles du Rambam : « Le louer pour tout cela et Lui demander de faire perdurer la bénédiction », ainsi que des paroles du Séfer Ha'hinoukh : « Grâce à l'éveil de son âme dans la louange d'Hachem et de Sa bonté, sa terre est bénie ». Car la demande elle-même s'exprime uniquement à travers la reconnaissance.
C'est pourquoi, pour cette personne qui traverse des difficultés, il vaut mieux consacrer ses efforts aux paroles de louange et de gratitude, dans la joie, qu'aux prières et aux supplications accompagnées de cris. En effet, lorsqu'elle demande directement dans la prière, elle doit faire face, à D.ieu ne plaise, aux accusateurs qui s'élèvent contre elle. Mais lorsqu'elle investit davantage dans la gratitude, elle mérite une abondance beaucoup plus grande. C'est également ce qui est rapporté dans les saints ouvrages : une prière faite dans la joie agit davantage dans les Cieux qu'une prière versée dans les larmes…





