Bonjour Rav,
Pourquoi D.ieu n’a pas créé des repères moraux positifs clairs et universels ?
En gros, pourquoi le “bien” n’est pas une évidence inscrite dans la réalité ?
Parce qu’au fond, ce qu’on appelle “le bien” semble toujours dépendre du point de vue. Ce qui est bien pour moi ne l’est pas forcément pour l’autre, ou peut même lui faire du tort.
Du coup, est-ce que le bien existe vraiment comme une vérité absolue, ou n’est-ce qu’une construction humaine, adaptée à chaque situation et à chaque époque ?
Merci Rav.
Chalom,
Au début du Guide des Égarés (Moré Névoukhim I, 2), le Rambam rapporte une question qui lui a été posée. Le postulat du questionneur est que la connaissance du bien et du mal n'existait pas lors de la création de l'homme, mais qu'elle serait apparue par la suite, à partir du moment où l'homme a mangé du fruit défendu. Il veut en déduire que l'intelligence n'est venue qu'après la sanction consécutive à la consommation de ce fruit, d'où son étonnement : la faculté de distinguer n'est-elle pas une récompense plus qu'une punition ?
Le Rambam lui répond que ce postulat est faux : l'homme et la femme ont été créés avec une intelligence exceptionnelle, et ils avaient la capacité de distinguer entre le "vrai" et le "faux". Cependant, écrit-il, le "beau" et le "laid", ainsi que les autres distinctions liées à l'appréciation subjective, n'existaient pas encore chez eux, car il s'agit de notions dépendantes de critères sociaux. En effet, les choses admises conventionnellement varient selon les sociétés et les époques.
Ainsi, une société considérera que telle attitude correspond au "bien", alors qu'une autre la considérera comme un "mal". [À titre d’exemple, le Talmud fait état des mœurs des habitants de Sédome et ‘Amora, qui considéraient l’hospitalité comme une faute et punissaient ceux qui la pratiquaient (Sanhédrin 109a)]. Par conséquent, avant la faute, "il n’avait en aucune manière la capacité d’user des notions admises socialement ni même de les appréhender ; à tel point que même la nudité, la plus manifeste des hontes admises, ne lui paraissait pas honteuse" (Moré Névoukhim I, 2).
Ainsi, d’après le Rambam, le "bon" et le "mauvais" au sens moral courant ne sont pas des vérités intellectuelles absolues, mais des catégories relatives aux conventions humaines. Précisons toutefois que, pour nous, la définition du "bien" comme celle du "vrai" dépendra exclusivement des critères définis par la Torah et par nos Sages : elle ne repose pas sur une construction sociale, mais sur une norme révélée.
Kol touv.