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Nidda 31b : "affligé" pour ne pas avoir de relations ?!

Rédigé le Lundi 20 Avril 2015
La question de Michaël B.

Chalom,

A la question de savoir pourquoi la Brit Mila a été fixée au huitième jour, le Talmud répond au nom de Rabbi Chimon bar Yohaï que c'est pour éviter que tout le monde [les invités] soit joyeux lors du repas de la Sé'oudat Mitsva [offert à l'occasion de la circoncision] alors que les parents sont affligés par la loi d'abstinence qui les empêche de cohabiter jusqu'au septième jour inclus [Nidda 31b]. En fixant la circoncision au 8ème jour, la Torah permet donc au couple de se retrouver en intimité la veille de la Brit, et sortir ainsi de cet état d'affliction.

Je dois admettre que cette réponse apportée par la Guémara me laisse très dubitatif et je n'arrive pas à me dire que l'on doit s'arrêter au Pchat (sens simple) rapporté par Rabi Chimon bar Yohaï.

Ne pas avoir de relations intimes pendant 7 jours avec son/sa conjoint(e) n'est en effet pas le bout du monde, surtout lorsqu'il s'agit de la semaine qui suit une naissance, là où la femme reste très marquée et éprouvée par les douleurs de l'accouchement, et dont la libido qu'elle pourrait ressentir pour son mari n'atteindrait probablement pas des sommets. La joie qui éclate au sein du couple durant cette semaine (quoi de plus beau que la naissance d'un enfant ?) devrait indéniablement avoir raison de ladite affliction dont fait mention la Guémara.

Comment Rabbi Chimon bar Yohaï peut-il donc apporter une réponse si étonnante ? Comment peut-il utiliser le terme d' "affliction" pour décrire l'état de l'homme et de la femme au moment de cette Sé'ouda ?

On connait en effet toute la rigueur qui caractérise le Talmud, dont chaque mot est pesé, questionné, sujet à interprétation.

Lorsque le mot "affligé" est employé - mot fort de sens, utilisé lors d'une peine, d'un chagrin profond -, je n'arrive pas à concevoir qu'il puisse être lié (seulement ?) à l'abstinence du couple.

Je sais que de très nombreuses réponses ont été avancées dans la littérature rabbinique pour expliquer le 8ème jour de la Brit Mila, mais j'aimerais savoir si les commentateurs voient dans cette réponse un enseignement "Hachkafatique" qui m'échappe pour le moment.

Au plaisir de vous lire.

Kol Touv !

La réponse de Arié HADDAD
Arié HADDAD
738 réponses

Chalom Michaël,

Avant tout, permettez-moi une petite réflexion : vous basez votre recherche sur le mot "affliction" qui appartient au vocabulaire du deuil, mais il ne s'agit que d'une traduction avec ses limites... En hébreu, le terme employé dans le passage du Talmud en question est "'Atsvout" qui peut signifier simplement "tristesse", ce qui est beaucoup moins puissant.

Je pense que la réponse à votre première question apparait dans la suite de l'extrait de Guémara que vous citez. En effet, il est rapporté que les élèves de Rabbi Chimon lui ont aussi demandé : pourquoi la Torah a-t-elle interdit la femme Nidda à son mari pendant 7 jours (sous-entendu au-delà des simples menstrues qui sont en général moins longues que 7 jours) ?

Il répondit que, sans cette séparation, l'époux finira par se lasser, c'est pourquoi la Torah a volontairement étendu cette période à 7 jours afin que (au moment des retrouvailles) l'épouse soit chère aux yeux de son mari comme le jour où elle est entrée sous la 'Houppa ! Il en ressort que la Torah considère la période de 7 jours comme suffisamment longue pour être une source de joie lorsqu'elle se termine et donc rien d'étonnant dans la réponse de Rabbi Chimon dans la fixation de la Brit-Mila au matin du 8ème jour.

Il est cependant nécessaire de préciser que cette Halakha de retrouvailles 8 jours après la naissance d'un garçon n'est plus en vigueur de nos jours, et la séparation peut donc durer plus longtemps. Les autres motifs de fixer la Brit à 8 jours ont alors raison de cette explication de Rabbi Chimon et maintiennent la date de la Brit à 8 jours.

Ce texte est donc dans son ensemble complètement "Hachkafatique", car il est certain que les lois de la Torah ne sont pas fixées sur la simple commodité humaine mais sont avant tout des décrets divins dont le sens nous échappe. Mais justement, la Hachkafa que l'on peut déceler ici est qu'Hachem a donné aux lois irrationnelles de pureté et d'impureté, dont la dimension nous échappe, une dimension humaine pour notre bien-être.

Kol Touv.

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