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Pourquoi des différences d'horaires dans les sorties de jeûne ?

Rédigé le Lundi 4 Août 2025
La question de Samuel B.

Bonjour Rav,

J’ai remarqué que certaines synagogues publient des horaires de fin de jeûne (hors Yom Kippour) qui sont environ 30 minutes plus tôt que ceux généralement diffusés, notamment par Torah-Box. Elles s’appuient, selon leurs indications, sur l’avis du Choul'han Aroukh et du Rav Ovadia Yossef, tandis que les horaires plus tardifs seraient fondés sur l’opinion du Rav Posen.

J’ai également lu que le Rav Its’hak Yossef aurait récemment (en 2025) adressé une lettre en ce sens, spécifiquement pour Paris.

Je dois vous avouer que cela me laisse un peu confus. Si l’avis du Choul'han Aroukh est effectivement celui de faire une coupure plus tôt, pourquoi la grande majorité des communautés ne le suit-elle pas ?

D’un point de vue personnel, il me semble étrange de rompre le jeûne alors qu’il fait encore jour. J’ai toujours suivi l’avis selon lequel on ne rompt le jeûne qu’à Tsèt Hakokhavim.

Merci beaucoup pour vos éclaircissements.

La réponse de M. Roger STIOUI
M. Roger STIOUI
41 réponses

Bonjour,

Voici quelques explications que je vous demande de lire attentivement (même si cela peut paraître fastidieux) :

Il y a deux moments situés dans les crépuscules que la Torah n’a pas fixés par des calculs, mais a laissé leur détermination à l’appréciation humaine : ce sont le Michéyakir et le Tset Hakokhavim.

Citons le Choul’han ‘Aroukh, Ora'h 'Haïm 562, lois du jeûne.

"Tout jeûne qui ne se prolonge pas jusqu’au coucher du soleil, c'est-à-dire jusqu'à l'apparition des étoiles, à savoir lorsque trois étoiles de taille moyenne sont visibles ou que la lune brille intensément et illumine la Terre, n'est pas considéré comme un jeûne. Et celui qui a l’intention de rompre son jeûne avant ce moment ne récitera pas la prière de Anénou."

Il est surprenant de constater que certains pensent que les descriptions du Choul’han ‘Aroukh ne concernent qu’Erets Israël, mais qu’ailleurs, en diaspora, cette Halakha n’est pas applicable et l’on pourrait terminer un jeûne à un moment calculé où, manifestement, il fait encore jour et qu’aucune étoile n’est visible.

Nous avons fait quelques calculs de "fin de Ta'anit", nouvelle formule, dans le but d’apprécier ce que représente la luminosité du ciel à Jérusalem, si l’on appliquait 13,5 minutes Zemaniot après le coucher du Soleil à Paris ainsi qu’à Londres, Gateshead, Stockholm et Reykjavik. À partir des hauteurs du Soleil calculées pour ces villes, nous les avons ensuite transposées sur Jérusalem afin d’estimer la luminosité du ciel. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

Rappelons que la bonne heure de fin de Ta'anit du 9 Av 5785 à Paris est 22:11, le Soleil est à 7,08° sous l’horizon.

Pour ce 9 Av, en calculant 13,5 minutes Zemaniot, à Paris, le Soleil est à 3,2° sous l’horizon. Cela correspond à 13 minutes après le coucher à Jérusalem.

En faisant la conversion en passant par Londres, on trouve 3,2° et 12 minutes, par Gateshead : 2,7° et 11 min, par Stockholm : 2,5° et 10 min, par Reykjavik : 2,5° et 10 minutes.

Or, à Jérusalem, en plein été, il est évident que le ciel demeure encore clair dix minutes après le coucher du soleil. Il serait donc difficile de parler d’une "fin de jeûne" à un moment où il fait encore jour et où il n’y a aucune étoile dans le ciel.

Nous avons fait le même calcul pour le 10 Tévet où les journées sont courtes.

Pour le 10 Tévet, en calculant 13,5 minutes Zemaniot, à Paris, le Soleil n’est qu’à 2°, ce qui correspond à 7 minutes après le coucher à Jérusalem. À Londres, il se trouve à 1,9° et 7 minutes, à Gateshead : 1,7° et 6 min, à Stockholm : 1,4° et 4 min, à Reykjavik : 1,1° et 4 minutes (voire 1° et 2 minutes en utilisant les secondes).

Ainsi, le 10 Tévet à Reykjavik, il fait aussi jour que 2 minutes après la Chki'a, à Jérusalem, dont l’altitude est d’environ 800m. À partir d’un endroit de la ville où l’horizon ouest est dégagé, on pourrait apercevoir encore le bord supérieur du disque solaire. Ceci s’oppose à la Halakha citée plus haut.

Il est évident qu’en appliquant des calculs de Tset Hakokhavim selon des heures Zemaniot, la sortie du jeûne dans les pays du Nord se produit alors qu’il fait encore grand jour. Il devient presque absurde d’évoquer des étoiles, censées marquer la fin halakhique du jeûne, alors que le Soleil lui-même est  encore visible à l’horizon.

Faut-il en conclure que nous ne sommes pas "Békiim" pour les voir ?

Conclusion : les calculs en heures Zemaniot peuvent convenir pour Erets Israël, mais ailleurs dans le monde, et notamment à Paris, nous sommes obligés de passer par les calculs en degrés pour que la Halakha énoncée par le Choul’han ‘Aroukh soit respectée.

Kol Touv.

Mékorot / Sources : Choul'han Aroukh - Ora'h 'Haim.
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