Bonjour Rav,
Pourquoi les Mazouz ne font pas la Pchicha à Roch 'Hodech Nissan ?
Merci Rav.
Bonjour,
1. Certains racontent que les ancêtres de la famille Mazouz s’étaient attardés, à l’époque d’Ezra Hasofer, lors de la reconstruction du Second Temple, quand les exilés de Babel arrivèrent en Terre d’Israël. C’est pourquoi ils furent appelés Mazouz, mot qui en arabe / araméen signifie "en retard". Selon cette explication, ils ne pratiquent pas la coutume de la Bchicha, car l’origine de cette fête est un souvenir du jour de l'inauguration du Beth-Hamikdach [selon certains, un souvenir du jour de l'inauguration du Michkan]. Et puisqu'ils n'étaient pas présents à cet événement, leurs descendants ne célèbrent pas non plus cette cérémonie la veille de Roch ‘Hodech Nissan.
2. Certains préfèrent dire que la famille Mazouz est arrivée tardivement sur l’île de Djerba, après les autres communautés et n’auraient pas adopté tous les usages locaux, d’où l’absence de cette coutume chez eux.
Pour des détails supplémentaires, voir Pera'h Maté Aharon, pages 212-227, Na'halat Avot - Minhagué Yahdout Louv, page 75.
Ci-dessous, la description de la Bchicha tirée de l'ouvrage Perah Maté Aharon [précité] :
La Bchicha est un plat traditionnel préparé la veille de Roch ‘Hodech Nissan. Il se compose de blé, d’orge et de millet grillés, que l’on moue en farine. On mélange ensuite cette farine avec de l’huile d’olive, jusqu’à obtenir une pâte homogène. On y ajoute des raisins secs, des figues séchées, et dans certaines régions comme Gabès, des grenades. On le mange souvent accompagné de dattes. Ce plat est symbolique car il contient les sept espèces dont Israël a été loué : le blé, l’orge, Le raisin (sous forme de raisins secs), la figue, la grenade, l’olive (huile d’olive), le miel (les dattes).
C’est pour cela que l’on prépare aussi ce plat à Tou Bichevat, la fête des arbres, où l’on célèbre les sept espèces, et particulièrement la veille de Roch ‘Hodech Nissan. La coutume veut que tous les membres de la famille participent, même les bébés dans leur berceau. Certains considèrent cette tradition comme immuable et pensent qu’il serait dangereux de ne pas la respecter.
Pour les plus stricts, cette pratique pourrait sembler proche de la superstition, mais en réalité, il s’agit d’un simple signe symbolique lié au début du mois et à la nouvelle année, un peu comme certaines autres coutumes culinaires la veille de Roch Hachana.
La Bchicha est une tradition très ancienne, pratiquée notamment en Tunisie (Gabès), en Libye, dans certaines villes du Maroc et à Tripoli. La nuit où l’on prépare ce plat est appelée “Leil al-Basissa” ou “Basisat al-Markouma”.
Le nom "Bchicha" viendrait de l’araméen et signifie mélange ou tremper, et "Markouma" pourrait rappeler la broderie, en souvenir du Tabernacle construit ce jour-là. On dit donc que la Bchicha commémore la construction du Michkan. Dans certaines familles, on y associe également des dons, des pièces d’or ou des bijoux, comme rappel des offrandes au Michkan et de la participation des femmes lors de la fabrication du veau d’or.
La préparation se fait ainsi : après avoir mélangé les céréales, le sucre et l’huile, le père de famille prononce une formule avec les enfants : « Ya Taharikh Balbassis, Ya Fath Belanaftah, Chen ‘Alina Ya Fattah ». Ce qui signifie : « En mélangeant la Bchicha, Hachem ouvre sans clé, aie pitié de nous, Toi qui ouvres. »
Ensuite, chaque membre de la famille mange de la Bchicha et, d'après certains, on récite la bénédiction “Boré Minei Mézonot”. Selon d'autres : Chéhakol. Ainsi, la Bchicha est à la fois un plat symbolique, un souvenir historique et un rituel familial important, célébré avec soin chaque Roch ‘Hodech Nissan.
Nous sommes à votre disposition, Bé’ézrat Hachem, pour toute question supplémentaire.
Qu'Hachem vous protège et vous bénisse.