Bonjour Rav,
J’ai une question qui me travaille depuis assez longtemps, et elle concerne la 'Amida, plus précisément le passage : Vénafchi Ké'afar Lakol Tihyé.
Je me suis demandé comment il était possible de prier pour une telle chose. En effet, l’être humain a besoin de ressentir une certaine importance aux yeux des autres.
À partir de là, je me suis interrogé : pourquoi ai-je besoin de ressentir cette importance ? Je n’ai pas trouvé de réponse totalement satisfaisante, mais j’en suis venu à l’idée que chaque être humain a besoin de sentir que son existence a de la valeur, que sa personne compte réellement.
Je me suis alors rappelé d’un enseignement du Mikhtav Mééliyahou, dans lequel Rav Dessler explique qu’un manque peut être comblé de deux manières : soit par le travail sur soi, soit par la réception venant de l’autre. Dans le premier cas, l’homme devient un donneur ; dans le second, il devient un preneur.
Ainsi, pour combler mon manque d’être considéré comme une personne importante, je peux soit travailler sur moi-même - par exemple en étudiant ce que la Torah enseigne à ce sujet - et devenir alors un donneur, soit utiliser le regard et la reconnaissance des autres pour combler ce manque, devenant ainsi un preneur.
Ma question est donc la suivante : est-il juste de faire le lien entre ces deux idées ?
Lorsque je prie Hachem d’être considéré "comme la poussière" par les autres, est-ce afin de pouvoir travailler sur moi-même et découvrir ma véritable grandeur intérieure ? En effet, si les autres me considèrent comme une personne importante alors que je ne le suis pas réellement, cela risque de fausser ma vision de moi-même et de m’empêcher d’être objectif.
Si mon raisonnement ne tient pas, je vous serais reconnaissant de bien vouloir m’expliquer pourquoi, selon la Torah, l’homme a besoin d’être considéré par les autres — ce que l’on peut appeler le Kavod.
Et surtout, quelle est la véritable signification de cette partie de la 'Amida ?
Merci Rav.
Bonjour,
La 'Amida ne nous apprend pas à être petits, mais à être grands sans avoir besoin d’être admirés.
Explications :
La phrase "וְנַפְשִׁי כֶּעָפָר לַכֹּל תִּהְיֶה" ne signifie pas que l’homme doit se percevoir comme sans valeur, ni prier pour être méprisé par les autres.
La Torah affirme au contraire que l’homme possède une grandeur intérieure, naturelle, indépendante de toute reconnaissance extérieure. Le Kavod véritable ne vient pas du regard des autres, mais du fait de se tenir devant Hachem et de faire Sa volonté.
Être "comme la poussière", c’est demander à ne pas être esclave de l’ego : ne pas être blessé par l’affront, ne pas être obnubilé par l’honneur, ne pas réagir par orgueil ou susceptibilité.
Le besoin de Kavod n'est pas un "manque à combler" neutre : c'est une manifestation du Yétser Hara' qui nous pousse à être dépendant du regard extérieur pour exister. On doit, donc prier pour que notre "moi" ne soit pas le centre de nos émotions. Il faut apprendre à espérer, uniquement, en Hachem.
La 'Amida ne cherche pas à supprimer la grandeur intérieure, mais à la protéger de la corruption du regard des autres. Ainsi, ce n’est pas pour découvrir sa grandeur malgré l’absence de reconnaissance que l’on prie, mais pour que sa grandeur ne dépende jamais de cette reconnaissance.
En d'autres termes, plus l’homme se ressent comme "quelque chose", important, central, plus son "moi" occupe l’espace intérieur. Et là où le "moi" prend toute la place, la grandeur divine ne peut être pleinement ressentie. À l’inverse, lorsque l’homme s’efface, non par dévalorisation mais par humilité, il libère un espace intérieur. Ce vide n’est pas destructeur, c’est une disponibilité. Et dans cet espace, Hachem peut être ressenti et devenir grand à ses yeux.
Ainsi, "וְנַפְשִׁי כֶּעָפָר לַכֹּל תִּהְיֶה" ne signifie pas perdre sa valeur, mais être transparent et ne plus faire écran. Moins le "moi" se met en avant, plus la Présence d'Hachem" devient possible et perceptible.
Nous sommes à votre disposition, Bé’ézrat Hachem, pour toute question supplémentaire.
Qu'Hachem vous protège et vous bénisse.