Bonjour Rav,
Après une période de chômage involontaire, je retrouve du travail comme assistant parlementaire. Il s'agit d'un travail prenant et politique qui devrait me plaire.
Ma femme se plaint de ce nouveau travail avant même qu'il commence. Elle voudrait que j'y renonce.
Premièrement, nous n'avons pas besoin d'argent et le salaire de mon épouse est suffisant pour nos besoins et nos obligations.
Deuxièmement, pendant cette période de chômage, j'ai pris en charge beaucoup de petites choses familiales qui ont adouci la vie de la maison (garder les enfants lorsqu'ils sont malades, tenir la maison propre, préparer des repas, etc...). Je ne pourrai pas être aussi disponible, ce qui lui pose problème, surtout pour le lien avec les enfants.
Troisièmement, j'ai augmenté mon étude des Écritures, ma pratique religieuse et je me suis engagé bénévolement dans la communauté. Elle trouve dommage que je doive abandonner cela.
Comment discerner ?
Malgré toutes ces belles choses mises en place pendant ma période de chômage, j'ai l'impression de ne pas faire mon devoir en ne travaillant pas. Peut-être moins avouable à notre époque mais j'ai l'impression de manquer de "virilité" dans cette forme d'organisation et je n'ai pas réellement envie que ça se prolonge. Mes engagements familiaux pris pendant ma période de chômage étaient clairement mis en place pour ne pas rester sans rien faire alors que j'étais disponible.
Merci Rav.
Chalom Ouvrakha,
D'un point de vue strictement halakhique, il n'existe aucune obligation absolue pour un homme de travailler lorsque les besoins matériels du foyer sont assurés avec en plus l'accord de votre épouse.
L'obligation de subsistance vise à ne pas faire peser une charge sur autrui. Mais lorsque l'épouse consent non seulement, mais préfère cette organisation, il n'y a ni manquement ni déséquilibre halakhique.
Aussi, forcer une organisation qui crée des tensions familiales n'est pas une exigence de la Torah, bien au contraire.
Dans votre cas, la situation est claire : vous n'êtes pas "dispensé malgré elle", vous êtes soutenu par elle.
Ce que vous vivez est une chance rare. Peu d'hommes ont la possibilité d'être présents pour leurs enfants au quotidien, d'alléger concrètement la charge mentale et physique de leur épouse, de s'engager dans des projets spirituels sans pression financière.
Ce sont des choses que beaucoup regrettent toute leur vie de ne pas avoir pu faire, faute de temps et/ou de moyens. Vous, vous en avez reçu l'opportunité.
Ce n'est pas un « entre-deux» ou un échec temporaire, c'est une configuration de vie qui permet de réaliser des choses qui, autrement, auraient été définitivement perdues.
Enfin, le malaise que vous décrivez n'est pas rare, mais il doit être corrigé, pas nourri.
Vous n'êtes pas en train de « ne rien apporter » à la maison. Vous apportez aujourd'hui, de la sérénité, de la stabilité, une présence masculine à vos enfants, et surtout une paie spirituelle.
La bénédiction d'un foyer ne dépend pas uniquement de l'argent qui y entre, mais de ce qui réside.
La Torah étudiée, la paix du foyer, la présence auprès des enfants, cela nourrit la maison plus profondément que de l'argent, qui n'est qu'un moyen.
L'idée selon laquelle la valeur d'un homme se mesure uniquement à son statut professionnel est fausse.
Assumer un rôle différent quand la situation l'exige ou le permet n'est pas une faiblesse, c'est une maturité.
Conclusion : Vous n'êtes pas en train de fuir votre devoir. Vous êtes en train de l'assumer sous une autre forme, avec l'accord et même le souhait de votre épouse.
Si un jour la situation change, on réévaluera le sujet. Mais aujourd'hui, il n'y a aucun problème.
Il y a une maison qui fonctionne, une épouse apaisée, des enfants présents, et une richesse spirituelle réelle.
Vous avez ma bénédiction !
Kol Touv.