Bonjour Rav,
J’aimerais connaître l’avis de la Halakha et de la pensée juive sur une pratique que l’on rencontre dans certains milieux méchihistes de Habad. Je ne souhaite aucunement faire de grandes histoires, mais juste essayer de comprendre leur point de vue afin de légitimer certaines de leurs actions.
J’ai pu voir la phrase "Yé’hi Adonénou Morénou Vérabbénou Mélekh Hamachia’h Lé'olam Va'èd" inscrite sur le rideau du Hékhal ou à des endroits très visibles dans leur synagogue.
Ma difficulté est la suivante : on apprend que toute la Téfila, la foi et le service doivent être dirigés exclusivement vers Hachem. Dès lors, le fait de mettre en avant une phrase centrée sur une personne, même un très grand Tsadik, dans un lieu aussi Kadoch qu’une synagogue ou sur le Hékhal, ne risque-t-il pas de déplacer l’attention due à Hachem Seul (déjà que chez certains (pas tous !) il existe une ambiguïté) ?
Existe-t-il un problème de principe, de Hachkafa ou même de Halakha dans cette pratique ? Des autorités rabbiniques se sont-elles exprimées à ce sujet ? A-t-on le droit de prier dans une synagogue pareille ? Doit-on engager une discussion (évidemment dans le Chalom) avec eux ?
Merci beaucoup pour votre éclairage.
Bonjour,
L’auteur du ‘Hovot Halevavot [Cha'ar Hakeni'a, chapitre 6] rapporte la parabole suivante :
Un homme sage se promenait dans la rue, aux côtés d’une autre personne. Ils aperçurent le cadavre d’une bête, étalée sur leur passage.
La personne s’exclama en disant : « Quelle odeur repoussante ! ».
Le sage de répliquer : « Dites plutôt, quelle splendeur, la blancheur de ses dents ! ».
Ainsi, le sage choisit toujours de porter son regard sur ce qui mérite d’être admiré, même au cœur de ce qui semble ne pas plaire.
Nous devons nous habituer à rechercher ce qu’il y a de positif chez l'autre et à nous attarder sur ses qualités, plutôt que de focaliser notre attention sur ce qui nous dérange ou nous paraît discutable.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille fermer les yeux lorsqu’une erreur grave de Halakha ou de Hachkafa nécessite d’être dénoncée ou corrigée. La Torah nous demande de dire les choses lorsqu’il le faut mais elle nous demande aussi de développer un regard bienveillant, capable de reconnaître l’immense bien qui existe chez les autres, même lorsque certains points nous interpellent.
Concernant les ‘Habad-Loubavitch, n’attendez donc pas de nous que nous recherchions des arguments négatifs ou que nous alimentions des polémiques à leur sujet. Ce mouvement avec, à la tête, le Rabbi qui était un génie et un géant en Torah, a rapproché de la Torah et des Mitsvot un nombre incalculable de Juifs à travers le monde, avec un dévouement et un amour de l'autre extraordinaires. C’est cela que nous choisissons d’abord de voir.
Il existe au sein des différentes communautés à travers le monde, diverses sensibilités et différentes approches sur certaines questions. Il est également vrai que certaines attitudes ou formulations peuvent susciter des interrogations chez certains mais dans le cas que vous évoquez, il nous paraît préférable de s’attacher à ce qui unit plutôt qu’à ce qui divise, et de juger favorablement des personnes dont l’intention est d'accomplir les Mitsvot. Il n’est ni souhaitable ni constructif de transformer ces divergences en sujets de confrontation.
Si vous fréquentez une telle synagogue, comportez-vous avec respect, concentrez-vous sur votre Téfila et sur votre 'Avodat Hachem, et laissez à chaque communauté le soin de suivre ses habitudes.
Nous sommes à votre disposition, Bé’ézrat Hachem, pour toute question supplémentaire.
Qu'Hachem vous protège et vous bénisse.