Lorsque Brian Epstein descend les marches du club "The Cavern" à Liverpool, un 9 novembre 1961, il ne sait pas qu'il va révolutionner la musique du 20ème siècle.
Parce que découvrir les Beatles, alors qu'ils n'ont même pas vingt ans, c'est débarquer sur une île déserte où sont enfouis des minerais rares, des trésors de talent et d'innovation musicale, pas encore exploités.
Toute la pop music du demi-siècle à venir est déjà là, recroquevillée, ne demandant qu'à émerger.
Mais il fallait avoir le flair d'un Brian Epstein pour subodorer ce que ces 4 jeunes gens pratiquement inconnus allaient devenir.



La carrière des Beatles est extrêmement courte même si le monde de la musique fait sans cesse référence à eux. 8 petites années pour 12 albums studio britanniques.
En 1966, ils décident déjà de cesser les concerts publics, car la vague des fans qui les assaillent est devenue ingérable. Brian perd ainsi l'un de ses rôles principaux auprès d'eux, celui d'organisateur des tournées.

Le 27 août 1967, les Beatles apprennent avec effarement que Brian, leur manager et leur ami, est décédé en absorbant accidentellement des médicaments incompatibles.
Le groupe est très sérieusement ébranlé par cette perte : ils réussiront toutefois à sortir encore des albums mythiques car leur créativité musicale est restée intacte. Mais leur cohésion sera désormais fissurée, chacun cherchant, entre autres, à imposer au groupe un nouvel impresario.
Ils se sépareront définitivement trois ans plus tard.
Il a neigé sur Yesterday
Brian Epstein est un personnage touchant et tragique de la pop, un éternel tourmenté, déchiré par ses multiples facettes identitaires, ses contradictions internes, comme son attachement à son judaïsme totalement incompatible avec son engagement dans l'histoire naissante du groupe de popstars le plus influent de tous les temps.
Et l'histoire juive de Brian dans tout cela ?
Assis dans un clair-obscur qui lui ressemblait, en retrait des géants, cette place ne lui faisait pas peur, au contraire : sa discrétion naturelle s'y trouvait bien.
Faire éclore le talent des autres, c'était son talent.
Un enfant juif, même perdu aux portes de l'Occident, là où tout se joue en musique, en argent, en excès, reste un enfant juif.
Qui sait regarder les autres, avec bienveillance et profondeur, avec humour et retenue, laissant – malheureusement pour lui – sa propre identité se diluer dans le solo plaintif d'une guitare "who gently weepes"..., "qui pleure doucement".





