Lorsque Brian Epstein descend les marches du club "The Cavern" à Liverpool, un 9 novembre 1961, il ne sait pas qu'il va révolutionner la musique du 20ème siècle.

Parce que découvrir les Beatles, alors qu'ils n'ont même pas vingt ans, c'est débarquer sur une île déserte où sont enfouis des minerais rares, des trésors de talent et d'innovation musicale, pas encore exploités.

Toute la pop music du demi-siècle à venir est déjà là, recroquevillée, ne demandant qu'à émerger.

Mais il fallait avoir le flair d'un Brian Epstein pour subodorer ce que ces 4 jeunes gens pratiquement inconnus allaient devenir.

Ca s'est passé un...27 aout 1967 -  Brian Epstein, celui qui déc


Brian Epstein, le découvreur des Beatles, est né dans une famille juive pratiquante (qui fréquente la synagogue orthodoxe et mange Casher), confortablement installée en Angleterre. Ses grands-parents sont originaires de Lituanie et de Russie, qu'ils ont quittées à la fin du siècle précédent, pogroms obligent...

Le papa de Brian a une bonne situation et possède le magasin NEMS au centre de Liverpool (meubles, électroménager, pianos...).

Il a donné à son fils aîné Brian la direction du rayon disques un peu par dépit : M. et Mme Epstein espéraient pour lui de grandes études, mais sa scolarité est médiocre. Il est indiscipliné, s'adapte mal, et à 10 ans, a déjà changé plusieurs fois d'établissement. C'est un enfant ultra-sensible, raffiné, féru d'art et de musique qui n'arrive pas à satisfaire les attentes de sa famille.

Ca s'est passé un...

Brian prend très au sérieux son travail au magasin de papa et, doué d'un sens commercial inné, fait de son rayon l'attraction du store. D'ailleurs, quand des clients lui demandent par deux fois le disque d'un certain groupe du nom de Beatles, qui se produit à deux pas de là, sa curiosité est piquée, et il s'y rend pour les écouter.

À la "Cavern", il est subjugué par la musique autant que par la personnalité de ces 4 sales gosses, habillés en cuir, qui mangent et rigolent en jouant et (contrairement à lui) se moquent éperdument des conventions. Flattés d'attirer l'attention d'un good guy bien coiffé des beaux quartiers, les jeunes musiciens se réjouissent d'avoir trouvé un mentor qui croit en eux et est bien décidé à les propulser.

Ce clash culturel entre des personnalités venant de milieux si différents sera excessivement prolifique. De Brian, les Beatles apprendront la rigueur et une discipline de travail. Quant à Epstein, il saura laisser au groupe un espace vital de création, respectant leur fantaisie et leur liberté.

Brian va présenter ses petits protégés aux grandes maisons de disques, mais sans succès. Il s'obstinera, croyant en son produit, et finira par taper à la bonne porte : George Martin, qui deviendra leur producteur, leur fera signer leur premier contrat chez Parlophone.

Love Me Do est né. La Beatlemania aussi.

Ca s'est passé un...27 aout 1967 -  Brian Epstein, l'homme qui i  

Ca s'est passé un...27 aout 1967 -  Brian Epstein, l'homme qui i


La carrière des Beatles est extrêmement courte même si le monde de la musique fait sans cesse référence à eux. 8 petites années pour 12 albums studio britanniques.

En 1966, ils décident déjà de cesser les concerts publics, car la vague des fans qui les assaillent est devenue ingérable. Brian perd ainsi l'un de ses rôles principaux auprès d'eux, celui d'organisateur des tournées.

Ca s'est passé un...27 aout 1967 -  Brian Epstein, l'homme qui i

Le 27 août 1967, les Beatles apprennent avec effarement que Brian, leur manager et leur amiest décédé en absorbant accidentellement des médicaments incompatibles. 

Le groupe est très sérieusement ébranlé par cette perte : ils réussiront toutefois à sortir encore des albums mythiques car leur créativité musicale est restée intacte. Mais leur cohésion sera désormais fissurée, chacun cherchant, entre autres, à imposer au groupe un nouvel impresario.

Ils se sépareront définitivement trois ans plus tard.

Il a neigé sur Yesterday

Brian Epstein est un personnage touchant et tragique de la pop, un éternel tourmenté, déchiré par ses multiples facettes identitaires, ses contradictions internes, comme son attachement à son judaïsme totalement incompatible avec son engagement dans l'histoire naissante du groupe de popstars le plus influent de tous les temps.

Et l'histoire juive de Brian dans tout cela ?

Assis dans un clair-obscur qui lui ressemblait, en retrait des géants, cette place ne lui faisait pas peur, au contraire : sa discrétion naturelle s'y trouvait bien.

Faire éclore le talent des autres, c'était son talent.

Un enfant juif, même perdu aux portes de l'Occident, là où tout se joue en musique, en argent, en excès, reste un enfant juif.

Qui sait regarder les autres, avec bienveillance et profondeur, avec humour et retenue, laissant – malheureusement pour lui – sa propre identité se diluer dans le solo plaintif d'une guitare "who gently weepes"..., "qui pleure doucement".

Ca s'est passé un...