Le 23 juin 1940, au petit matin, l'Ange de la mort, dans sa longue gabardine vert-de-gris, visite Paris et prend la pose pour ses photographes devant le Trocadéro.

Accompagné de ses suppôts, avec à sa droite le très élégant Albert Speer, architecte officiel du Reich, et à sa gauche, Arno Breker — tous des proeminents du régime nazi — le Führer prend possession des lieux.

Ca s'est passé un... 24 aout 1944 - Paris est liberée de ses dém

Le cortège, bottes cirées claquant sur les pavés parisiens, gants de cuir en main, défile devant les monuments les plus symboliques de la République avec une superbe et une arrogance toutes germaniques. Après avoir ruminé leur vengeance depuis 1918, ils piétinent en vainqueurs le sol français.

La nébuleuse du Mal enveloppera ainsi la capitale pendant plus de quatre longues années, jusqu'à ce que les chars blindés du Général Leclerc la délivrent enfin.

 Ça veut dire quoi, Paris occupé ?

La présence allemande est partout. Ils paradent dans la ville et, bien qu'en uniforme, on les côtoie en touristes, en train d'acheter des cartes postales qu'ils enverront à leur Mutter ou à leur Fräulein ; ils sont assis à la terrasse des cafés, lisant leur quotidien et, malgré le couvre-feu, fréquentent la nuit théâtres et cabarets, qui accueillent leurs nouveaux maîtres avec une étonnante convivialité (les directeurs de salles et les artistes diront plus tard, à leur décharge : « c'était notre gagne-pain... »).

Ca s'est passé un...    

Ca s'est passé un...

Piaf, Chevalier, Danielle Darrieux se produiront devant eux ; Chanel se découvrira une passion pour un officier allemand, comme Arletty d'ailleurs, alors que d'autres, comme Gabin ou Joséphine Baker, refuseront catégoriquement toute promiscuité avec un parterre de Boches.

Paris occupé, c'est le meilleur et le plus abject du bouillon de culture humain. C'est une concierge qui dénonce toute une famille pour 2 kilos de sucre, et une autre qui ose mentir effrontément à un milicien et lui dire droit dans les yeux : « Ici, il n'y a pas de Juifs ! », au risque de se faire arrêter.

L'occupant s'installe au Ritz

Derrière une vitrine de bienséance et de Menschlichkeit, les nazis tissent leur toile. La Gestapo prend ses appartements dans les beaux quartiers, au 72 avenue Foch : qui entendra les hurlements des malheureux suppliciés dans ses caves alors que Maurice Chevalier chante à quelques rues de là... « Prosper, hop la boum » ou « Ça sent bon la France... »

Pour les Juifs de la capitale, Paris occupé devient un piège et fuir est un acte de survie.

Le port de l'étoile leur est imposé dès juin 1942. L'ont précédé une multitude de restrictions, comprenant la confiscation des biens, l'impossibilité d'exercer des professions libérales, l'aryanisation systématique de commerces, usines et propriétés appartenant aux Juifs. C'est un crescendo d'horreur qui atteindra son pic avec la Rafle du Vel d'Hiv les 16 et 17 juillet 1942, où 13 152 hommes, femmes et enfants seront arrêtés et déportés.

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Combien de morts pour déraciner le Mal

Les nazis, connaissant parfaitement le penchant au mal de l'homme (et pour cause...), mettent en place un système terrifiant de délation – qu'ils encouragent vivement – en installant des bureaux qui vont éplucher des centaines de milliers de lettres anonymes de citoyens dénonçant un voisin bruyant, un mari encombrant ou encore le propriétaire d'un négoce concurrent.

On précisera bien sûr au bas de la missive, que la personne désignée est un résistant, un communiste ou un Juif sous fausse identité...


La libération de Paris, le 25 août 1944, n'est donc pas qu'une libération militaire.

Elle est le début de l'assainissement d'un mal qui a pénétré tous les strates de la population française, en les gangrenant.

Déraciner ce mal va coûter à l'humanité une guerre qui fera près de 70 millions de morts, dont six millions de Juifs assassinés dans la Shoah.

Pas un jeu d'enfants.

La Libération de Paris en août 1944 est un premier pas vers la sortie de ce tunnel suffocant où le monde fut tenu pendant 6 ans, et devient le symbole d'une France qui se relève.

Mais la guerre, pour d'autres, est loin d'être terminée... 

Ca s'est passé un... 23 aout 1944 - Paris est liberée