Il existe une mitsva de compter depuis le soir de la récolte du ‘omer (‘omer voulant dire gerbe) quarante-neuf jours qui se départagent en sept semaines. Le soir de la récolte du ‘omer est le soir du seize Nissan, après la sortie du premier jour de fête de Pessa’h. La veille de yom tov, les envoyés du beth din sortaient dans les champs pour sélectionner des gerbes d’orge en les attachant, alors qu’elles étaient encore sur pied. (Traité Ména’hot, chap.10, michna 3).

Puis ce fameux soir du seize Nissan, on sortait récolter les épis d’orge en présence d’une foule nombreuse issue des villes à l’entour de Jérusalem et on les transférait dans la ‘Azara (la cour du Beth hamikdache). Ensuite on les battait, puis on les jetait au vent pour séparer la balle du grain. On grillait alors les grains au feu et on les moulait finement pour obtenir de la farine d’orge. On prélevait un dixième d’éfa, c'est-à-dire approximativement deux litres et demi de la farine obtenue, puis on la tamisait treize fois.

Ensuite on mélangeait la farine d’orge avec un log d’huile (un log correspondant à un volume de six œufs), et on rajoutait une poignée de lévona (une résine issue d’une plante odoriférante qui était utilisée dans la préparation de la kétorète [encens]).

Le lendemain, le ‘omer était apporté en offrande sur l’autel. Avant même d’être offert sur l’autel, le Kohen prenait le ‘omer et le balançait  aux quatre coins cardinaux, ainsi qu’en haut et en bas,  afin de publier le fait que tout est contrôlé par D. aussi bien au niveau de l’espace, symbolisé par les quatre coins cardinaux, qu’au niveau de ses créatures, célestes comme humaines, ceci étant symbolisé par les balancements en haut et en bas. Ensuite, le kohen prenait une poignée du ‘omer et la brulait sur l’autel. Une fois que la poignée du ‘omer avait été brulée, la nouvelle récolte était permise.

L’interdiction de la consommation de la nouvelle récolte concernait toute récolte issue des cinq sortes de céréales (blé, orge, avoine, épeautre, seigle) qui aurait été mise en terre jusqu’au treize Nissan de l’année présente. Cela signifie que si un cultivateur avait ensemencé son champ le quatorze Nissan de l’année présente, il ne pourrait consommer la récolte issue de cette plantation qu’après que le ‘omer  de l’année prochaine ait été offert, soit plus d’un an après.

L’une des leçons importantes que nous pouvons tirer du issourhadach (interdiction de consommer de la nouvelle récolte avant l’offrande du ‘omer) est que si nous souhaitons réussir à consacrer notre vie à D. il est important de réserver la primeur de nos efforts à D. En effet, de même qu’il n’était pas permis de consommer de la nouvelle récolte pour ses besoins personnels, avant qu’elle n’ait été offerte au beth hamikdach, de la même façon il faut consacrer à D. la primeur de sa journée, par la téfila (prière) et l’étude matinale de la Torah. On peut en retirer également une grande leçon au niveau de l’éducation de nos enfants ; il est essentiel qu’ils consacrent exclusivement leurs premières années à l’étude de la Torah et à la téfila, pour qu’ils puissent s’imprégner de kédoucha (sainteté).  

 Comme l’on sait, le décompte du ‘omer débouche sur la fête de Chavouot. Or l’une des caractéristiques étonnantes de la fête de Chavou’ot est qu’elle n’a pas une date fixe, au même titre que Pessa’h (15 Nissan) ou Soukot (15 Tichri). La date de Chavouot dépend justement du décompte du ‘omer et de l’écoulement des sept semaines tel que prévu par la Torah. C’est d’ailleurs ce qui explique le nom même de la fête, Chavou’ot voulant dire semaines et étant le pluriel de chavou’a (semaine au singulier). Le verset exprime cette idée en ces termes : « Tu compteras pour toi sept semaines ; une fois que la faulx se sera abattue sur la récolte, tu commenceras à compter sept semaines. Tu feras ensuite une fête des Semaines pour l’Eter-nel ton D. » (Devarim 16, versets 9 et 10).

Il est dit également : « Vous compterez pour vous le lendemain du jour chômé, du jour où vous aurez amené le ‘omer du balancement, sept semaines entières. Jusqu’au lendemain de la septième semaine, vous compterez cinquante jours et vous apporterez une oblation nouvelle à D. » (Vayikra 23, versets 15 et 16).

La mitsva de procéder au décompte du ‘omer n’incombe pas seulement au beth din (tribunal rabbinique), mais doit être accomplie par tout un chacun. Les femmes en sont cependant dispensées, puisqu’il s’agit d’un commandement positif déterminé par le temps ( mitsvatassé ché hazman grama). Ainsi chacun devra compter personnellement le ‘omer, en prononçant auparavant la bénédiction instituée par nos Sages. Après avoir prononcé la bénédiction adéquate (Source de bénédiction, Toi Hachem, notre D. Roi du monde Qui nous a ordonné de [procéder] au décompte du ‘omer), on dit par exemple : « Aujourd’hui, [nous sommes à] trois jours du ‘omer ».

Cela signifie que nous comptons en réalité les jours écoulés depuis l’offrande du ‘omer. Ceci vient mettre en valeur cette offrande et nous rappeler qu’elle est extrêmement chère aux yeux d’Hachem. Il faut savoir par exemple que le peuple juif a été sauvé de l’extermination à Pourim par le mérite de l’offrande du ‘omer. En effet, au moment où Haman a été envoyé par A’hachvéroch pour honorer Mordékhaï et le promener sur le cheval royal, il trouva ce dernier occupé à enseigner la Torah à ses élèves. Haman demanda alors aux enfants quel sujet ils étaient en train d’étudier. Ils lui répondirent qu’ils étudiaient les lois du korbanomer (offrande du ‘omer). Haman leur demanda combien valait cette offrande.

Les élèves répondirent qu’elle valait dix ma’ot (une petite somme d’argent). Haman s’exclama alors : « Les dix ma’ot de l’offrande du ‘omer ont triomphé de mes dix mille kikars d’argent (soit la somme colossale qu’Haman avait offert au roi A’hachvéroch pour obtenir son assentiment à sa tentative d’éradication du peuple juif).

Dans le même ordre d’idées, il faut savoir également que la récolte du ‘omer a le pouvoir de repousser le respect du Chabbat. Lorsque Pessa’h tombe vendredi, auquel cas la fête entre jeudi soir, on part à la cueillette du ‘omer vendredi soir, c'est-à-dire en plein Chabbat. Dans ce cas de figure, on ne procède pas à la récolte du ‘omer, comme on aurait pu s’y attendre, avant Pessa’h et avant Chabbat, mais on récolte le ‘omer durant le Chabbat, démontrant par là le caractère primordial de cette mitsva.   

Il se trouve que le décompte du ‘omer avec sa bénédiction, doit être dit à la nuit. Or la nuit symbolise l’aspect  matériel du monde, dans la mesure où cet aspect constitue un obstacle à la diffusion de la lumière de la Torah, symbolisée elle par le jour. Nous avons ainsi l’obligation de procéder au décompte du ‘omer la nuit, car nous devons éclairer l’obscurité du monde par l’accomplissement des mitsvot (commandements). On ne peut d’ailleurs s’empêcher d’établir un parallèle avec l’allumage des bougies de ‘Hanouka qui se fait également la nuit pour des raisons similaires, la lumière des bougies de ‘Hanouka symbolisant le or Torah (lumière de la Torah), et ayant pour fonction d’illuminer l'obscurité intrinsèque à ce monde.

Par ailleurs, si l’on fait une recherche historique, on découvre que la mitsva du décompte du ‘omer trouve sa source à l’aube de la naissance de notre peuple. Après que le peuple juif ait subi l’avilissant esclavage d’Egypte, qui les a plongés aux confins de la toumea (l’impureté), il n’était pas en mesure de recevoir la Torah qui se situe, elle, aux plus hauts niveaux de la sainteté. Par conséquent, Hachem les a attendus pour leur permettre de passer du moins cinquantième degré d’impureté au plus cinquantième degré de sainteté. Le décompte de l’omer tourne autour du chiffre sept, puisqu’il s’agit de compter sept fois sept semaines (la semaine comprenant également sept jours). Cela ne manque pas de nous rappeler les lois de la femme nida (interdite à cause de l’écoulement menstruel) qui doit compter sept jours de pureté. En effet le Maître et Roi du monde a attendu que le peuple juif se débarrasse de l’impureté contractée en Egypte, un peu à l’image d’un ‘hatan (fiancé) qui attend que sa fiancée soit pure.

D’ailleurs à ce propos, il est rapporté dans le Midrach que lorsque Moché rabénou a annoncé aux juifs qu’après qu’ils soient sortis d’Egypte, ils serviraient D. sur le mont Sinaï et qu’ils recevraient la Torah, ils lui demandèrent : « « Quand est-ce que nous allons servir D. ? » Il leur répondit : « Dans cinquante jours. » Et ils étaient tellement emplis d’amour pour D. qu’ils comptaient chaque jour qui s’écoulait en disant : « Voici qu’un jour s’est déjà écoulé, voici qu’un deuxième jour s’est encore écoulé », et il en était de même pour tous les jours. Tellement intense était leur attente que le temps leur paraissait très long. » (Chibolé Lékète 236). Il n’y avait pas encore de mitsva de décompte du ‘omer, mais en quelque sorte, c’est un peu comme si on nous révélait à travers ce Midrach, l’essence profonde de cette mitsva qui est celle d’une aspiration très grande à se rapprocher d’Hachem.

En conclusion, à travers le décompte de l’omer, c’est toute notre attente et notre aspiration à ce grand jour, le jour du don de la Torah, qui s’exprime. En même temps que notre attente, nous vivons un processus de purification d’une grande ampleur et d’une grande complexité. En effet, les quarante-neuf jours de décompte correspondent très précisément aux combinaisons diverses et variées basées sur les sept midot où traits de caractère fondamentaux de l’être humain, au nombre desquelles se trouvent entre autres la bonté, la rigueur etc.

Un des enjeux fondamentaux de cette période est donc la réparation en profondeur de nos traits de caractères, ce qui peut expliquer que nous nous trouvions soudainement confrontés à des difficultés relationnelles presque insurmontables avec nos proches, nos amis où dans le cadre du travail ou de la Yéchiva. Il ne s’agit pas de hasard, mais bien de l’action de la hachga’ha pratit (Providence divine particulière) pour nous amener à nous remettre en cause et à nous améliorer. La qualité de notre réception de la Tora lors de la fête de Chavou’ot dépendra essentiellement de notre capacité à évoluer positivement sur le plan de nos qualités humaines.

Par conséquent, l’étude des livres de moussar peut se révéler être une véritable planche de sauvetage. Puissions-nous mériter d’intégrer en nous la lumière de la Torah…