Nos Sages nous enseignent que « Lorsque le mois d’Adar entre, on augmente la joie », mais ils ne nous expliquent pas précisément comment être joyeux…

Soumettre ses désirs pour accéder à la vraie joie

Le Saint béni soit-Il ordonna à Adam Harichon de ne pas manger de l’arbre de la connaissance. Mais lorsque le serpent arriva, il éveilla chez Adam et Ève le désir de manger malgré tout. Autrement dit, leur désir s’opposa à la volonté du Créateur. Les livres saints expliquent que le désir s’est alors détaché de la Volonté suprême et s’est transformé en un désir inférieur.

À partir de ce moment-là, toute la tristesse de l’homme et toutes ses souffrances proviennent du désir : l’homme désire certaines choses, mais celles-ci ne se réalisent pas pour lui, et en conséquence il tombe dans la dépression, ce qui lui rend la vie difficile…

Plus une personne désire, plus son combat devient difficile. C’est pourquoi, lorsqu’on dit à quelqu’un qu’il doit être dans la joie, il doit avant tout examiner ses désirs. Lorsqu’il désire quelque chose et qu’il voit que cela ne fonctionne pas, il ne doit pas penser que c’est lui qui veut et que son désir n’aboutit pas par hasard ; il doit comprendre qu’il veut, certes, mais que le Saint béni soit-Il, Lui, ne le veut pas.

Il incombe à l’homme de soumettre sa volonté à la volonté de D.ieu. Bien entendu, il peut et il doit faire des efforts et prier, mais plus il parvient à plier et à soumettre ses désirs, plus il devient calme, serein et joyeux…

Réparer la joie par l’alimentation

Lorsque l’on examine où le thème de la joie apparaît pour la première fois dans la Torah, on découvre son opposé : la tristesse, immédiatement après la faute d’Adam le premier homme : « C’est dans la peine que tu en mangeras » (Bé’itsavon tochléna). De là, nous comprenons que la tristesse et la nourriture sont liées l’une à l’autre.

De même, à propos de Pourim, nous lisons que les Juifs de cette génération ont tiré du plaisir du festin de ce mécréant. Cela signifie que toute la question de la nourriture, et en particulier celle des désirs et des pulsions, est profondément liée à cette problématique.

Le Chlah Hakadoch enseigne qu’aucun homme ne peut travailler sur une quelconque pulsion tant qu’il n’a pas travaillé sur la pulsion de la nourriture. La racine se trouve dans l’alimentation, et c’est là que tout commence. C’est pourquoi, celui qui souhaite parvenir à la joie, le premier domaine à réparer, et le point par lequel il faut commencer, est la pulsion liée à la nourriture.

L’homme n’a pas besoin de s’imposer des jeûnes. Il est permis de manger… Et il faut aussi manger. Mais quoi manger, combien manger et comment manger ? Cela constitue déjà une Torah entière. C’est précisément là que commence le chemin qui mène de la tristesse vers la joie.

Et en effet, il est écrit explicitement dans la Méguila : « d’en faire des jours de festin et de joie », non pas des jours de gloutonnerie excessive sans limites, ni une conduite faite de désirs débridés et de débauche, qui finissent par conduire à « tu mangeras dans la peine ».

Seule l’observance des règles de l’alimentation permet d’aboutir à des jours de festin et de joie authentiques et justes. C’est ici que tout commence.

La volonté de l’homme face à la volonté du Créateur

Dans la Méguila de Esther, il est écrit : « faire selon la volonté de chacun et de chacune ». La volonté est une force qui dirige l’homme dans sa vie, mais cette force s’est détachée de la volonté de D.ieu dès le début de la création. Hachem ne voulait pas qu’Adam mange de l’arbre de la connaissance, mais Adam a suivi sa propre volonté, en opposition à celle du Créateur. À ce moment-là, les volontés se sont séparées l’une de l’autre.

À partir de là, le Tikoun (la réparation) de l’homme consiste à ramener et reconnecter sa volonté à celle du Créateur du monde. C’est l’une des raisons pour lesquelles, dans de très nombreux domaines de la vie, l’homme veut quelque chose mais ressent que son désir ne se réalise pas. C’est précisément là que se trouve le libre arbitre de l’homme.

Une première possibilité est de s’arc-bouter fermement sur sa propre volonté. Étant donné que la majorité de la peine et de la souffrance de l’homme proviennent du fait que ses désirs ne se réalisent pas, plus l’homme s’accroche fermement à sa propre volonté, plus la joie s’éloigne de lui.

La seconde possibilité, en revanche, consiste à annuler sa volonté devant la volonté du Créateur. Cela signifie que l’homme continue certes à faire sa Hichtadlout (des efforts) et à prier, mais lorsqu’il constate que les choses ne se déroulent pas comme il le souhaite, alors il annule complètement sa volonté et se reconnecte à la volonté de Hachem.

Lors du festin de ce mécréant, il fut ordonné de faire « selon la volonté de chacun et de chacune ». Son intention était de renforcer et d’exalter la volonté de l’homme au-dessus de la volonté du Créateur. Mais le résultat fut un décret terrible, car le mot Guézéra (décret) vient de la racine Ligzor — couper — ils furent coupés de la volonté de D.ieu.

Le Tikoun (la réparation), en revanche, est : « Faire Ta volonté, ô mon D.ieu, tel est mon désir » (Psaumes 40, 9) et alors la joie parvient à l’homme...