Dans la Paracha de Vayéra, la Torah raconte que, avant qu’Hachem ne renverse Sodome, Il révéla Son secret à Avraham Avinou, qui, dans sa grande compassion, chercha à intercéder pour eux : “Avraham s’approcha et dit : ‘Vas-Tu détruire le juste avec le méchant ?’”

Rachi commente : “Nous trouvons le mot ‘s’approcher’ dans trois contextes : pour la guerre, pour la conciliation (Piyous), et pour la prière.  Et Avraham entra dans ces trois démarches : pour parler avec vigueur, pour apaiser et pour prier.”

Or, ces trois dimensions que mentionne Rachi se retrouvent exactement dans les paroles de Rabbi Na’hman de Breslev à propos de la Hitbodédout, dans le Likouté Moharan II, 25 :

“La Hitbodédout est une élévation suprême, la plus grande de toutes :
se fixer chaque jour une heure ou plus pour s’isoler dans une chambre ou dans un champ, et exposer sa conversation entre soi-même et son Créateur —
(a) par des arguments et justifications,
(b) par des paroles de grâce, d’apaisement et de conciliation,
(c) en suppliant et priant qu’Il le rapproche de Son service dans la vérité.”

Les mêmes mots, dans le même ordre, que ceux utilisés par Rachi au sujet d’Avraham Avinou .

Développons un peu ces trois points, afin de mieux comprendre cette conduite si précieuse.

1. Arguments et raisons (Ta’anot Vé’amtelaot)

Il ne s’agit pas, D.ieu préserve, de se plaindre ou de contester la conduite divine.
Car, en vérité, nous ne méritons rien.  Et lorsqu’on s’adresse à un Roi, il faut le faire avec respect et prudence. Mais il est juste de présenter devant Hachem des raisons et des arguments, non pour se rebeller, mais pour justifier sa demande.
Comme Avraham l’a fait : “Vas-Tu détruire le juste avec le méchant ?” “Loin de Toi d’agir ainsi, de faire mourir le juste avec le méchant !”

Rabbi Na’hman enseigne (Likouté Moharan I, 124) :

“Quand l’homme expose sa prière devant Hachem avec des arguments et des requêtes, cherchant, pour ainsi dire, à ‘vaincre’ D.ieu afin qu’Il accomplisse sa demande, Hachem y trouve un grand plaisir — et Il lui envoie alors les mots mêmes qui lui permettront de Le ‘vaincre’.”

Nos Sages aussi ont rapporté plusieurs exemples de justes qui ont parlé à Hachem avec des arguments pour qu’Il les rapproche de Son service.
Et voici ce qu’écrit Rabbi Nathan (Chiv’hé Haran, §10) à propos de Rabbénou dans sa jeunesse :

« L’essentiel de ce qui lui permit d’atteindre le niveau qu’il atteignit fut uniquement la multitude de supplications, de demandes, de paroles destinées à obtenir la faveur et l’apaisement [divins]. Il avait l’habitude de prier énormément Hachem, de toutes sortes de manières. Mais surtout, il formulait ses demandes dans la langue courante [le yiddish], cherchant à obtenir la faveur d’Hachem et à L’apaiser par toutes sortes d’arguments et de raisons, en Lui disant qu’il convenait qu’Il le rapproche de Son service. »

2. Apaisement et conciliation (Ri’tzouï Vé’piyous)

Il s’agit de chercher à apaiser (Léfayess) D.ieu, béni soit-Il, pour tout ce que nous avons péché contre Lui, comme l’ont dit nos Sages dans le traité Yoma (86b) : “L’attribut du Saint béni soit-Il n’est pas comme l’attribut de la chair et du sang. L’attribut de la chair et du sang : un homme offense son prochain — il est douteux qu’il soit apaisé par lui ; il est douteux qu’il ne le soit pas ; et à supposer qu’il soit apaisé — il est douteux qu’il le soit par des paroles. Mais le Saint béni soit-Il n’est pas ainsi : un homme commet une faute en secret — Il est apaisé par lui au moyen de paroles, comme il est dit : « Prenez avec vous des paroles et revenez vers l’Éternel » ; et de plus, Il lui en sait gré, comme il est dit : « et accepte le bien » (Osée 14, 3).” »

Quelle chose merveilleuse que de se réconcilier avec Hachem — Lui parler avec douceur, avec amour, Lui dire que notre intention n’a jamais été de L’offenser, que nous regrettons, et que nous aspirons à renouer le lien.

3. Supplications et prières (Ta’hanounim ou Bakachot)

Après tout cela, celui qui pratique l’Hitbodédout (l’isolement et la conversation personnelle avec D.ieu) doit demander et multiplier les supplications et les requêtes auprès de D.ieu, afin qu’Il le rapproche de Son service. Rabbi Na’hman disait de lui-même (Shiv’hé Haran, §12) :

“Il lui semblait parfois que des jours et des années passaient,
et qu’il restait encore éloigné d’Hachem,
qu’il n’avait mérité aucune proximité,
et cette pensée le décourageait.
Mais ensuite il avait honte de lui-même et se disait :
‘Hachem est compatissant et miséricordieux,
Il désire assurément mon service !’
Alors il se reprenait, se fortifiait,
et reprenait sa prière et sa supplication.”

À l’image d’Avraham Avinou, apprenons à nous tourner vers Hachem avec sincérité, à Lui confier nos difficultés, nos regrets et nos aspirations, pour renforcer chaque jour notre lien avec Lui. 

Traduction d'un article de Rav Reouven Shiff