Le même terme est utilisé, en hébreu, pour exprimer la confiance en D.ieu, et la sécurité publique. Ce n’est pas un hasard linguistique, mais cela provient d’une utilisation religieuse et d’une utilisation laïque du mot « Béta'h » utilisé dans la Torah pour exprimer la sécurité. Il est écrit : « Et vous résiderez en sécurité » (Vayikra 26.5). De ce fait, le terme « Bita’hon », utilisé dans les livres de Moussar, traduit naturellement la FOI, la confiance en l’Éternel, alors que l’hébreu moderne l’a utilisé pour exprimer une sécurité physique. 

Ainsi, on a un « Sar Habita’hon », Ministre de la Sécurité, qui n’a aucune signification spirituelle. Cette convergence sémantique éclaire le passage de la confiance en D.ieu vers une assurance humaine, fondée sur un désir de « laïciser » la langue sainte. Essayons de suivre cette transformation idéologique. Les livres de Moussar insistent sur le Bita’hon, qui est la conséquence d’une foi inébranlable en l’existence de la Providence. Na'hmanide, dans Émouna Oubita’hon et Rabbi Bahya dans son ‘Hovot Halévavot, expliquent que le Bita’hon est un élément fondamental de la foi. Dans un chapitre de son livre « Émouna Oubita’hon », le ‘Hazon Ich insiste sur le fait que le Bita’hon n’est pas une foi éthérée en l’action de la Providence, mais cela signifie que ce qui nous arrive, positif ou négatif, agréable ou désagréable, provient du Créateur. Il ne faut pas être sûr que D.ieu nous accordera ce que l’on demande. Il faut savoir, exprime-t-il, que rien ne se passe sans qu’Il le sache. Le Bita’hon est de ne pas croire que la prière répondra à nos souhaits, mais il importe de savoir que tout dépend de Lui. L’assurance est que le Créateur agit dans le monde. À nous de Le reconnaître, de Le prier. L’assurance est au niveau du Créateur, le résultat est lié à l’action de l’homme.

Cette conception du Bita’hon est évidemment à l’opposé de la lecture de l’hébreu actuelle : sécurité moderne. Confiance absolue en un Créateur, et sécurité publique, véhiculés par le même vocable. Il va de soi, bien sûr, de refuser au terme Bita’hon la notion de sécurité publique. Les agents de la sécurité protègent la société, et tout l’arsenal protège physiquement la population. Il importe de reconnaître souvent le dévouement, le courage des véhicules de la sécurité. Il faut reconnaître la nécessité de la protection du public par tous ceux qui sont impliqués dans le « Bita’hon » public. La « sécurité publique », c’est ce que les Ba'alé Moussar nomment la « Hichtadlout », le devoir pour l’homme de se protéger.

Mais le but de cette chronique n’est nullement de nier le rôle important de la protection physique. C’est une nécessité sociale, semblable à l’obligation de veiller à la santé. L’intérêt de cette réflexion est de montrer qu’un concept apparemment laïque rencontre un élément fondamental de la foi. Protéger le corps (sécurité publique) et reconnaître la protection spirituelle sont les deux aspects de la foi en un Créateur.

(Il ne s’agit pas, ici, de traiter le problème de l’engagement des étudiants en Yéchiva à l’armée pour deux raisons : d’abord, l’étude de la Torah protège l’existence physique du peuple, et l’arrêter serait détruire et mettre en danger l’être spirituel d’Israël. De plus, ce n’est pas en ajoutant les Ba'hourim inexpérimentés que l’armée deviendra plus forte !)

Pour conclure sur cette convergence sémantique du terme « Bita’hon », il est essentiel de rappeler que la langue sainte ne peut véhiculer que des concepts positifs. Le terme Béta’h, à la source du mot Bita’hon, ce terme exprime une assurance, une sûreté, et c’est ainsi que l’on doit comprendre que la sécurité d’Israël est assurée par la foi en D.ieu. Cette assurance a protégé Israël depuis plus de 2000 ans et elle garantit la venue de l’époque messianique.