Question : “Dans mon entourage, certaines personnes se conduisent de manière vraiment inappropriée. Elles ne tiennent pas compte des autres et parfois elles quittent même le droit chemin et se conduisent d'une manière non recommandable. Cela me remplit de colère et je ne sais pas comment agir, surtout quand ces personnes n’écoutent rien… Comment dois-je me conduire dans cette situation ?”

Réponse du Rav Boyer :

La réponse à cela, avec l'aide du Ciel, se trouve dans les Parachiot qui retracent le parcours de Avraham Avinou et notamment la Paracha de Vayéra. La Torah écrit à propos d'Avraham Avinou : « Il crut en l'Éternel, et Il le lui compta comme justice. » Avraham Avinou essayait constamment de rapprocher chaque homme au Saint béni soit-Il, quel qu'il soit. Lorsque Sodome fut détruite, Avraham Avinou dut quitter l'endroit. C'est-à-dire que les passants qui avaient été accueillis chez Avraham Avinou étaient des gens de Sodome, et c'est eux qu'il essayait de rapprocher. Même lorsqu'il apprit que le Saint béni soit-Il allait bouleverser Sodome, il se mit en prière et supplia le Saint béni soit-Il en leur faveur. Dans la Paracha de Noa'h, nous trouvons une conduite tout à fait différente. Noa'h ne pria pas pour les gens de sa génération. Et il faut comprendre pourquoi Avraham Avinou pria alors que Noa'h ne pria pas. Que nous enseigne cette différence ? 

Dans les Hachmatot au livre du Zohar (partie 1), il est dit à propos de Noa'h qu'en sortant de l'arche, il vit le monde détruit, se mit à pleurer et demanda au Saint béni soit-Il : « Maître du monde, on T'appelle Miséricordieux, n'aurais-Tu pas dû avoir pitié de Tes créatures ? » Le Saint béni soit-Il lui répondit : « Berger insensé, maintenant tu dis cela, et pas au moment où Je t'ai dit : "Et Moi, voici que J'amène le déluge", etc. Pourquoi n'as-tu pas demandé auparavant ? »

Le Beth Guénazaï pose la question : il y a lieu de s'étonner de la raison pour laquelle il n'a effectivement pas demandé auparavant, puisque le Saint béni soit-Il lui avait dit avant le déluge : « J'effacerai tout ce qui existe. » Qu'y a-t-il de nouveau pour lui maintenant ? Mais voici de quoi il s'agit : il y a deux degrés dans la foi. Un premier degré est celui où l'homme sait que le Saint béni soit-Il a créé le monde, il sait que le Saint béni soit-Il est le roi qui, par le jugement, affermit la terre, qu'il y a une récompense et un châtiment, et qu'il existe la notion de « Rendez force à D.ieu » (Téhilim 68, 35). Il sait que lorsque l'homme se conduit comme il se doit, il y a de la joie en haut, car Israël nourrit son Père qui est aux cieux. Et si, à D.ieu ne plaise, l'homme se conduit de manière inappropriée, il en résulte, à D.ieu ne plaise, une grande peine dans les cieux, et il porte atteinte en réalité à la création elle-même, selon le sens de : « Fais attention de ne pas abîmer ni détruire Mon monde » (Kohélet Rabba 7, 13).

Mais il y a un autre degré de foi, dont le fondement est que le Saint béni soit-Il n'a pas du tout besoin de notre monde. C'est ainsi que le « Ré'em » explique, dans la Paracha de Lekh Lékha, la parole de D.ieu, béni soit-Il, à Avraham Avinou : « Moi, Je suis El Chaddaï » : « il y a suffisance (Daï) dans Ma divinité. Je n'ai besoin de personne d'autre, car tout ce qui est autre que Moi n'est que effet, et son existence ne vient que de sa cause, et Je suis la cause de toutes les causes, tous ont besoin de Moi, et Moi, Je me suffis dans Ma divinité. » Fin de la citation.

Le but de la Création est la bonté ('Hessed) et la miséricorde. Le Saint béni soit-Il est bon, et il est de la nature du bon de faire du bien. Cela n'a aucun rapport avec l'homme, avec qui il est et ce qu'il est. La récompense et le châtiment dans la création ne sont là que pour que l'homme puisse recevoir le bienfait de manière appropriée. Mais la création elle-même est bonté et miséricorde, et cela n'a pas de rapport avec notre monde. « Et tous croient qu'Il est vivant et éternel, le Bon qui fait du bien aux méchants et aux bons. »

La différence entre les deux degrés de foi est la différence entre Noa'h et Avraham Avinou. Au sujet de Noa'h, il est dit qu'il était « de ceux de peu de foi » (Mikatné Amana). Que signifie exactement « de peu de foi » ? Croyait-il ou ne croyait-il pas ?

Mais sans aucun doute Noa'h croyait, seulement sa foi était du premier degré. Il croyait certainement que le Saint béni soit-Il avait créé le monde, et il croyait à la récompense et au châtiment. Lorsque Noa'h vit que les gens de sa génération se conduisaient de manière inappropriée, il comprit que le Saint béni soit-Il était en colère contre eux et voulait donc les effacer. Dès lors, si Noa'h se soucie du Saint béni soit-Il, il ne doit pas, de son point de vue, prier pour eux, afin qu'ils reçoivent leur châtiment. C'est pourquoi il ne pria effectivement pas.

Mais la foi d'Avraham Avinou était d'un degré plus élevé. Il comprenait que le Saint béni soit-Il avait créé le monde pour faire du bien à toutes les créatures et en toute situation, même à ceux qui se conduisent de manière inappropriée, et même aux gens de Sodome. Lorsque le Saint béni soit-Il a pitié d'eux, la création atteint son but. C'est pourquoi Avraham Avinou pria pour les gens de Sodome et leur fit du bien, et il rapprocha tous ceux qu'il était possible de rapprocher.

On comprend maintenant la différence : pourquoi Noa'h ne pria pas pour les gens de sa génération, alors qu'Avraham Avinou pria pour eux. Certes, après que Noa'h fut sorti de l'arche et eut vu que le monde entier était détruit, il comprit soudain que le Saint béni soit-Il l'avait laissé en vie, non pas nécessairement à cause de ses actes, mais parce qu'Il avait eu pitié de lui par bonté, comme le rapportent les livres saints. Dès lors, il demanda au Saint béni soit-Il : pourquoi n'as-Tu pas eu pitié de toute la génération ? Et le Saint béni soit-Il lui répondit : pourquoi n'as-tu pas toi-même prié pour eux ? Si tu avais prié auparavant, peut-être aurais-Je eu pitié d'eux, et tu aurais pu empêcher le déluge.

Il en résulte, d'après ces paroles, un très grand principe. Bien souvent, nous voyons des gens qui se conduisent de manière inappropriée, et nous nous mettons en colère contre eux, à D.ieu ne plaise, et nous comprenons aussi que le Saint béni soit-Il n'est pas satisfait d'eux. Dès lors, nous nous comportons envers eux d'une manière qui provoque le rejet. Mais selon la foi d'Avraham Avinou, que nous apprenons dans ces Parachiot, nous devons prier pour eux, afin que le Saint béni soit-Il leur fasse du bien malgré leur situation, et qu'Il ait pitié d'eux là où ils se trouvent, car il n'y a pas de compassion plus grande que celle-là.

Le but de la création est de prier pour qu'Hachem ait pitié d'eux. C'est ce qu'a fait notre père. Avraham Avinou ne repoussa pas les gens de Sodome, et il ne se comporta pas envers eux en leur tournant le dos. Avraham Avinou les rapprocha. Même Loth, qui avait choisi pour lui une autre voie et s'était séparé de lui, lorsqu'il tomba dans la détresse, Avraham Avinou courut vers lui pour le sauver. Il ne fit pas de calculs sur sa conduite, ni en particulier sur le style de vie de Loth, qui avait choisi de s'installer à Sodome.

De là, nous apprenons que « Il crut en l'Éternel, et Il le lui compta comme justice » est un degré de foi. Lorsqu'on croit au Saint béni soit-Il et qu'on comprend que la foi est une justice (Tsédaka), c'est-à-dire que le Saint béni soit-Il a créé le monde pour faire justice et bonté, car « le monde sera bâti par la bonté » (Téhilim 89, 3), on comprend qu'il faut rapprocher chaque homme.

Même un homme qui accomplit apparemment des actes inappropriés, il faut prier pour lui et demander au Saint béni soit-Il qu'Il ait pitié de lui et lui fasse du bien. Peut-être que lorsqu'il ira bien et qu'il ressentira les bontés du Saint béni soit-Il, cela l'éveillera à se renforcer et à revenir à la Téchouva. Exactement comme Avraham Avinou, qui, par la qualité de bonté, rapprocha les gens et leur enseigna comment se relier au Saint béni soit-Il.

Avraham Avinou ne cria pas contre ces pécheurs et ne les chassa pas. Au contraire, il les fit entrer dans sa tente, les fit asseoir et leur donna à manger. Il leur donna à goûter un peu de la bonté du Saint béni soit-Il qui passait par lui, puis il leur dit : peut-être bénirez-vous Celui qui nous a donné la nourriture. Par la bénédiction, il leur enseignait et les rapprochait du Saint béni soit-Il.

Si nous aussi, nous nous conduisons de cette manière, nous réussirons à répandre la bonté même sur ceux qui se conduisent de manière inappropriée. Si nous leur montrons un visage lumineux, ils verront la conduite de bonté, qui est la voie du Saint béni soit-Il, et finalement eux aussi reviendront vers le Saint béni soit-Il…