À l'occasion de la Hiloula (jour anniversaire de décès) de notre maître Rav Abba ABI'HSSIRA, l'équipe Torah-Box est heureuse de vous faire découvrir très brièvement son parcours de vie. Celui qui parle du Tsadik le jour de sa Hiloula, celui-ci priera pour lui ! Allumez une bougie et dites "Likhvod Rav Abba ABI'HSSIRA, zékhouto taguèn 'alénou" puis priez. Que son mérite protège tout le Klal Israël, Amen !
Rabbi Aba Abi'hssira naquit vers 1904, fils unique de Rabbi Its'hak Abi'hssira, l'auteur du célèbre Piyout « A'oufa Ech'kona », et 'Aziza. Il était le petit-fils du grand Rabbi Yaakov Abi'hssira, le Abir Yaakov, inhumé à Damanhour en Égypte.
Rabbi Its'hak souhaitait donner à son fils le nom de son illustre père. Mais par crainte de porter atteinte à l'honneur de Rabbi Yaakov chaque fois qu'on appellerait l'enfant, il choisit de le nommer « Aba » - « Père » - une façon d'évoquer son propre père sans prononcer son nom.
Orphelin à huit ans
Vers l'âge de huit ans, le jeune Aba perdit son père et resta fils unique auprès de sa mère. Il hérita pourtant de lui bien plus qu'un nom : la racine élevée de son âme, une grande érudition, une connaissance profonde du Zohar et de la Torah cachée, et surtout le fameux « regard » de son père, cette capacité de percevoir ce qui échappe aux autres. Ses proches racontaient qu'il était véritablement doté de Roua'h Hakodech (inspiration divine) et savait toute chose d'avance.
En 1929, alors qu'il n'avait qu'environ 25 ans, il rédigea l'introduction aux ouvrages de son père. Ce texte, maîtrisant avec aisance la langue du Zohar et les secrets de la Kabbale, témoigne encore aujourd'hui de sa grandeur.
Le mariage avec Lalla Hazan
Rabbi Aba épousa Hanna Abi'hssira, appelée Lalla Hazan, la deuxième fille de Rabbi David Abi'hssira, surnommé « Atéret Rochénou », le frère de Baba Salé. Le couple s'installa à Boudnib et eut 5 enfants, 2 fils et 3 filles. L'un d'eux, nommé Its'hak d'après son grand-père, deviendra Rabbi Its'hak Abi'hssira de Haïfa.
Lalla Hazan rapportait souvent un épisode révélant l'humilité de son père, Rabbi David : chaque fois que Rabbi Eliahou Hacohen, son beau-père, le voyait, il se courbait de toute sa hauteur pour lui baiser la main. Mais Rabbi David l'en empêchait en disant que le mérite d'un Cohen était bien plus grand que le sien.
La pauvreté et la confiance absolue
Le couple ne connut jamais l'aisance. Ils vivaient dans une grande gêne, mais Rabbi Aba plaçait toute sa confiance en D.ieu et ne s'inquiétait jamais. Les pièces de monnaie ne restaient jamais dans sa poche, et il demeurait assis à étudier la Torah, rassurant sans cesse son épouse.
Un jour, alors que la misère était particulièrement dure, Lalla Hazan lui confia sa détresse. Rabbi Aba leva la main et lui dit : « Regarde les 5 doigts de la main : l'un est petit, l'autre grand, aucun n'est égal à l'autre. Ainsi sont les hommes, l'un pauvre, l'autre riche. Mais c'est D.ieu qui abaisse et qui élève, tout est entre Ses mains. Ne t'inquiète pas, demain il y aura à manger. »
Le lendemain, avant même qu'un messager non-juif ne frappe à la porte, Rabbi Aba l'appela par son prénom : « Ouvre et entre, et fais entrer la marchandise que tu as apportée. C'est bien Moché Benhamou qui t'envoie ? » L'homme, stupéfait, déposa des provisions suffisantes pour un mois entier. Rabbi Aba se tourna alors vers sa femme : « Ce n'est pas tout. Demain, tu recevras un chèque de 1000 francs de Colomb-Béchar. » Le lendemain, avant que le facteur ne frappe, Rabbi Aba lança : « Makhlouf Lasri, entre, tu as apporté le chèque de Béchar ! » Puis il dit à Lalla Hazan : « Voilà, maintenant sois tranquille, et ne laisse plus l'inquiétude entrer dans ton cœur. »
Une autre fois, un vendredi, il n'y avait même plus de farine pour préparer le pain du Chabbath. Rabbi Aba sourit, sans lever les yeux de son livre : « On va apporter de la farine. » Quelques instants plus tard, un homme entra avec un énorme sac sur l'épaule : il avait fait le vœu, s'il réussissait une affaire, d'offrir un sac de farine à Rabbi Aba.
On raconte aussi qu'un jour où il ne restait plus rien à manger, Rabbi Aba demanda à son épouse de prendre un tambourin et d'en jouer. Après quelques coups, de l'argent commença à en sortir miraculeusement, de quoi nourrir toute la maison.
Le guide et le protecteur
Comme son père, Rabbi Aba était recherché par beaucoup pour ses conseils et ses bénédictions, qui ne revenaient jamais vides. Aucune de ses prédictions ne tomba à terre.
Un jour, l'un de ses proches organisa un repas en son honneur. Le repas se déroulait paisiblement lorsque, soudain, Rabbi Aba se leva, s'approcha d'un jeune garçon et le gifla plusieurs fois, jusqu'à ce que l'enfant s'enfuie effrayé. Devant la stupeur générale, il expliqua : « Sachez que j'ai vu des démons sur le point de l'emporter. J'ai réparé ce qui devait l'être. »
Les pierres qui dansaient
Peu avant la Seconde Guerre mondiale, deux musulmans voulurent traverser l'oued Guir qui sépare Boudnib du quartier juif. Les eaux étaient hautes, et soudain ils virent deux pierres, de la taille d'une demi-livre, qui dansaient l'une sur l'autre comme si elles jouaient au ballon. Il n'y avait pourtant ni vent ni courant. Intrigués et effrayés, ils emportèrent les pierres au poste de police. Les policiers répondirent : « Seul le Rav Abi'hssira peut résoudre cette énigme. »
On fit venir Rabbi Aba. Il prit les pierres, promit une réponse pour le lendemain, et les plaça sous sa tête pour dormir. Au matin, il déclara : « Écoutez : 7 années de famine et de guerre vont venir, puis viendra l'abondance. Et moi, je quitterai ce monde cette année, et ma femme accouchera » - de jumeaux, selon certains témoins. Tout se réalisa exactement : la famine et la cherté de la vie, que les habitants virent de leurs propres yeux, puis l'abondance, et sa propre mort dans l'année.
Le départ prématuré (22 novembre 1935)
Rabbi Aba quitta ce monde le 26 Hechvan 1935, le 22 novembre, à l'âge d'environ 32 ans, en pleine force de l'âge, emporté par une maladie qui lui fit perdre beaucoup de sang. Il laissait sa veuve Lalla Hazan et cinq jeunes orphelins, l'aîné âgé de douze ans et la plus petite d'un an.
Peu après, il apparut en rêve à son voisin, Rabbi Ye'hia ben Chlomo Azeroual, et lui demanda que son épouse Mazal aille rendre visite à Lalla Hazan, qui avait grand besoin de réconfort et de soutien. Ce qui fut fait.
La lettre du Pir'hé Kehouna
Depuis Alger, Rabbi Messaoud Hacohen, auteur du Pir'hé Kehouna, ami de Rabbi Aba depuis sa jeunesse, envoya à la veuve et aux orphelins une lettre de condoléances bouleversante, le couvrant de titres élogieux. Il y décrivait les enfants en pleurs « comme des fleurs qui soupirent sans consolateur ».
Il adressait aussi ses consolations à Baba Salé, profondément affligé par cette perte : Rabbi Aba était son cousin, mais aussi le fils bien-aimé de son maître Rabbi Its'hak, et le gendre de son frère Rabbi David. Baba Salé prit d'ailleurs sur lui toute la charge de la famille de son frère, dont Lalla Hazan et ses orphelins.
La lettre se terminait par une bénédiction sacerdotale et une véritable prophétie sur le fils aîné, Its'hak : qu'il s'élève, s'honore, et que par lui le Très-Haut soit glorifié. Ces paroles se réalisèrent pleinement.
Le Tsadik qui veille encore
Les années passèrent, mais Rabbi Aba continua de veiller sur les siens.
En 1942, un vol eut lieu au camp militaire de Boudnib. Les voleurs remirent les vêtements dérobés à Chlomo, le tailleur de la ville, qui, craignant d'être découvert, demanda à Lalla Hazan, ignorante de tout, de garder la marchandise chez elle. Une semaine plus tard, la ville fut en émoi : les officiers fouillaient les maisons une à une. Apprenant la vérité par son voisin Haïm Illouz, Lalla Hazan fut saisie de terreur. Mais lorsque les officiers arrivèrent devant sa porte, à peine eurent-ils posé le pied sur le seuil qu'ils firent demi-tour pour poursuivre ailleurs. Le lendemain matin, Lalla Hanina, petite-fille de Rabbi Yaakov, vint lui raconter : « Rabbi Aba m'est apparu en rêve et m'a dit : va dire à Lalla Hazan que j'ai monté la garde toute la nuit devant la porte de sa maison pour empêcher ces hommes d'entrer. »
Une autre fois, l'une des rares photos de Rabbi Aba disparut. Très peinée, Lalla Hazan s'adressa à Madame Rivka, la fille de Lalla Hanou, sœur de Rabbi Aba, qui en possédait une, mais entièrement noircie par la moisissure. Un cousin, David, réussit à la nettoyer et à la restaurer. Le lendemain matin, il arriva bouleversé chez Lalla Hazan : « Regarde comme les Tsadikim ne meurent pas et savent tout ! Rabbi Aba est venu à moi en rêve et m'a dit : pour avoir nettoyé mon visage de cette noirceur, de toute ta vie tu ne verras aucun mal. »
Un héritage vivant
Rabbi Aba Abi'hssira ne vécut qu'une trentaine d'années, mais il porta en lui toute la lumière de la dynastie Abi'hssira : la sainteté de son grand-père le Abir Yaakov, la puissance spirituelle de son père Rabbi Its'hak, une confiance en D.ieu que la pauvreté ne put jamais ébranler, et un regard qui perçait le voile du monde. Sa descendance, et notamment son fils Rabbi Its'hak Abi'hssira de Haïfa, perpétua son nom et sa voie.
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