À l'occasion de la Hiloula (jour anniversaire de décès) de notre maître Rabbi 'Haïm Pinto, l'équipe Torah-Box est heureuse de vous faire découvrir très brièvement son parcours de vie. Celui qui parle du Tsadik le jour de sa Hiloula, celui-ci priera pour lui ! Allumez une bougie et dites "Likhvod Rabbi 'Haim Pinto, zékhouto taguèn 'alénou" puis priez. Que son mérite protège tout le Klal Israël, Amen !

 

Le 15 Tamouz 5509, correspondant au 1er juillet 1749, un Chabbat de la Parachat Pin'has, dans la ville côtière d'Agadir au Maroc, naquit Rabbi Haïm Pinto, destiné à devenir l'un des plus grands sages du judaïsme marocain. Cette date n'était pas anodine : elle coïncidait exactement avec la Hiloula de Rabbi Haïm Ben Attar, le célèbre auteur du Or HaHaïm. Ce synchronisme fut immédiatement interprété par les sages comme un signe présageant la future grandeur de l'enfant.

Fils de Rabbi Chlomo Pinto, le jeune Haïm était l'héritier d'une illustre lignée rabbinique remontant jusqu'à Rabbi Yochiahou Pinto (1565-1648), connu sous l'acrostiche de Rif de Ein Yaakov. Plus tard, on l'appellera "Hagadol" ("le Grand") pour le distinguer de son célèbre petit-fils, Rabbi Haïm Pinto de Casablanca, surnommé "Hakatan" ("le Petit").

Les premières années : un enfant prodige

Dès son plus jeune âge, le petit Haïm manifesta une intelligence et une piété exceptionnelles. Son père Rabbi Chlomo lui enseignait la Torah avec dévouement, et l'enfant absorbait ces enseignements avec une soif insatiable de connaissance. Les voisins et les membres de la communauté remarquaient déjà en lui quelque chose de particulier, une lumière qui émanait de sa personne.

L'orphelin et la catastrophe

Mais en 1761, alors qu'Haïm n'avait que douze ans, le destin frappa durement. Son père bien-aimé Rabbi Chlomo décéda, laissant l'enfant orphelin et seul. La même année, comme si le malheur s'acharnait, un terrible tremblement de terre détruisit entièrement la ville d'Agadir. Le port, source principale de revenus pour les juifs de la ville, fut fermé. À sa place, les autorités décidèrent de construire un nouveau port à Mogador (aujourd'hui Essaouira).

Cette double catastrophe - la mort de son père et la destruction de sa ville natale - marqua un tournant décisif dans la vie du jeune Haïm. Comme de nombreux juifs d'Agadir qui furent contraints de fuir vers Mogador, l'orphelin de douze ans, épuisé, affamé et assoiffé, entreprit lui aussi ce difficile voyage vers une nouvelle vie.

Une arrivée miraculeuse à Mogador

L'arrivée du jeune Haïm Pinto à Mogador fut elle-même entourée de prodiges. Exténué par le voyage, sans nourriture ni boisson dans son bagage, il trouva refuge dans le Beth Haknesset de Rabbi Méir Ben Attar. Là, vaincu par la fatigue, il s'endormit sur un banc de la synagogue.

Au même moment, Rabbi Méir Pinto, un parent éloigné occupant un poste important au consulat français de Mogador, dormait paisiblement chez lui. Soudain, dans son rêve, deux tsadikim lui apparurent : Rabbi Chlomo Pinto, le père défunt de Haïm, et Rabbi Moché Tahouni. Les deux saints le réprimandèrent vivement : "Comment peux-tu dormir confortablement pendant que le jeune orphan Haïm Pinto se trouve dans la synagogue, affamé et assoiffé ?"

Ils lui révélèrent alors une prophétie extraordinaire : "Sache que, malgré son jeune âge, une grande lumière émanera de lui dans le futur. Lève-toi rapidement et accueille-le chez toi. Tu dois engager un professeur pour lui enseigner la Torah."

Simultanément - et voici le miracle - les deux mêmes tsadikim apparurent au jeune Haïm Pinto dans son sommeil. Ils l'informèrent que Rabbi Méir Pinto arriverait bientôt et qu'il devrait l'accompagner chez lui. Pour confirmer l'authenticité du rêve et prouver qu'il ne s'agissait pas d'une simple vision, ils le réveillèrent et se présentèrent devant lui alors qu'il était parfaitement éveillé. Ils le bénirent, lui serrèrent la main, puis disparurent.

Rabbi Méir se réveilla en sursaut et se précipita immédiatement à la synagogue. Il frappa à la porte.

"Qui est là ?" demanda prudemment Rabbi Haïm de l'intérieur.

"C'est moi, Méir Pinto," répondit-il.

Mais l'enfant, malgré son jeune âge, faisait preuve d'une sagesse et d'une connaissance mystique impressionnantes : "Récite le psaume 'Que la grâce de l'Éternel soit avec toi' pour que je sache que c'est vraiment toi et non un agent de la Sitra Akhra [les forces du mal]."

Car les mauvais esprits, comme le savent ceux qui étudient la Kabbalah, craignent ce psaume. Rabbi Méir récita le psaume, après quoi Haïm le laissa entrer. L'enfant raconta alors en détail la visite de son père Rabbi Chlomo, exactement comme Rabbi Méir l'avait lui-même vue.

Rabbi Méir fut saisi de tremblements en entendant ce récit. Il comprit immédiatement qu'il se trouvait devant un être exceptionnel, un saint destiné à éclairer tout l'Occident juif. Il emmena le jeune Haïm chez lui, le traita comme son propre fils, et pourvut à tous ses besoins, tant spirituels que matériels.

L'élève brillant de la Yéchiva

Rabbi Méir, reconnaissant le potentiel exceptionnel du jeune garçon, l'envoya étudier à la yéchiva du gaon Rabbi Yaakov Bibas, alors Roch Av Beth Din (chef du tribunal rabbinique) de Mogador. Ce placement marquait le début d'une nouvelle phase dans la vie de Rabbi Haïm.

Sous la tutelle de ce maître éminent, Haïm s'épanouit rapidement. Il s'appliquait jour et nuit à l'étude de la Torah, faisant preuve d'une assiduité et d'une compréhension hors du commun. Son compagnon d'étude était Rabbi David Ben Hazan, qui allait devenir son ami le plus proche. De leur vivant jusqu'à leur mort, les deux hommes ne se séparèrent jamais, unis par une amitié spirituelle profonde et un dévouement commun à la Torah.

En peu de temps, la renommée du jeune prodige se répandit dans toutes les villes du Maroc. On racontait que dès son plus jeune âge, il accomplissait miracles et prodiges. Tel un homme élevé en saint, son nom devint célèbre dans tout le royaume chérifien.

Une nomination précoce et extraordinaire

En 1769, lorsque son maître le Juste Rabbi Yaakov Bibas décéda, Rabbi Haïm Pinto n'avait que vingt ans. Pourtant, malgré son extrême jeunesse, les grands de la ville insistèrent pour qu'il remplace son maître comme Dayan (juge rabbinique) de Mogador. Cette nomination était sans précédent - confier une telle responsabilité à un homme aussi jeune témoignait de la reconnaissance unanime de son génie et de sa sainteté.

Rabbi Haïm finit par accepter cette lourde charge, qu'il assumerait aux côtés de son fidèle ami Rabbi David Ben Hazan. Ensemble, ils créèrent le premier Beth Din (tribunal rabbinique) de Mogador. Ce qui est encore plus remarquable, c'est que Rabbi Haïm exerça cette fonction pendant plus de soixante-dix ans - un record sans équivalent dans l'histoire rabbinique marocaine, comme l'attesta plus tard Rabbenou Raphaël Enkaoua lors d'une Hiloula organisée à Rabat en son honneur.

Le génie de la Torah révélée et cachée

Les plus grands Hakhamim de sa génération reconnaissaient Rabbi Haïm Pinto comme un prince tant dans le "Niglé" (la Torah révélée, exotérique) que dans le "Nitsar" (la Torah cachée, ésotérique). Ils commencèrent à lui soumettre leurs questions les plus complexes et à lui demander des avis sur des sujets tant généraux que particuliers.

Sa maîtrise de la Torah était si complète qu'il répondait souvent aux questions de ses élèves avant même qu'ils ne les formulent. Les grands hommes, avant de venir le voir, se purifiaient dans un bain rituel (mikvé), tant ils le considéraient avec crainte et respect.

Sa renommée traversa rapidement les frontières du Maroc pour atteindre l'Europe et tout le Moyen-Orient. Jusqu'à nos jours, des gens du monde entier croient en sa sainteté et mentionnent son nom avec honneur et révérence.

"Abir Lev" : un cœur de lion pour la Halakha

En raison de son intransigeance absolue en matière de Halakha (loi juive), les grands de sa génération le surnommèrent "Abir Lev" - "Au cœur de lion". Rabbi Haïm dirigeait son mandat d'une main ferme et n'avait peur de personne. Même des grands princes - juifs ou non-juifs - il n'avait pas peur. Nombre de fois, il eut des discussions avec de puissants dirigeants, et sa parole l'emportait toujours.

Il n'entretenait de liens spéciaux avec personne et traitait tous avec une stricte équité. Même ses propres élèves, il les punissait parfois s'ils ne se comportaient pas correctement. Lorsque des gens venaient le voir pour un jugement, sa face illuminait comme une torche, et tous ceux qui devaient jurer devant lui tremblaient de peur qu'il ne les punisse s'ils ne disaient pas la vérité.

L'homme aux pouvoirs surnaturels

Rabbi Haïm Pinto connaissait d'avance les personnes qui venaient le voir. Dès leur première discussion, il comprenait leur passé et savait s'ils disaient la vérité. Sinon, il leur prouvait la vérité et ne les laissait pas persister dans leur erreur.

Plus extraordinaire encore, Rabbi Haïm avait une maîtrise absolue sur les démons. Il les transformait en serviteurs pour qu'ils accomplissent sa volonté, et il leur interdisait de faire du mal aux habitants de la ville. Cette domination sur les forces obscures témoignait de sa sainteté exceptionnelle et de sa proximité avec le divin.

Élie le Prophète : un visiteur régulier

L'un des aspects les plus remarquables de la vie de Rabbi Haïm Pinto était sa relation avec Élie le Prophète (Eliahou Hanavi). Le prophète lui était "toujours dévoilé" - c'est-à-dire qu'il lui apparaissait régulièrement pour l'instruire dans les secrets de la Torah.

Une anecdote célèbre illustre cette relation exceptionnelle. Chaque nuit, lorsque Rabbi Haïm se levait pour étudier la Torah, son chamach (assistant), Rabbi Aaron Ben Haïm, se levait également pour lui préparer une tasse de café. La relation entre le maître et son serviteur était empreinte de respect mutuel et de dévotion.

Une nuit particulière, Rabbi Aaron se réveilla plus tard que d'habitude. Se précipitant pour préparer le café, il entendit deux voix distinctes provenant de la chambre du Rabbi. Intrigué mais aussi inquiet, il prépara deux tasses pour le maître et son invité mystérieux.

Le matin venu, lorsque Rabbi Haïm lui demanda pourquoi il avait préparé deux tasses, Aaron expliqua qu'il avait entendu deux voix dans la nuit. Avec un sourire bienveillant, Rabbi Haïm lui répondit : "Heureux es-tu d'avoir eu le mérite d'entendre Eliaou Hanavi."

Un autre témoignage nous vient de Rabbi Makhlouf Ben Licha, qui était venu consulter Rabbi Haïm pour une affaire communautaire urgente au milieu de la nuit. Entrant dans la chambre du Rabbi, il le vit le visage illuminé, en compagnie d'un être ressemblant à un ange. Saisi de peur, Rabbi Makhlouf s'enfuit. Le lendemain, Rabbi Haïm lui dit avec douceur : "Heureux es-tu, mon fils, d'avoir eu le mérite de voir le visage d'Eliaou Hanavi."

La dévotion à l'étude : des nuits entières

Le dévouement de Rabbi Haïm à l'étude de la Torah était légendaire. Chaque nuit, il se levait pour réciter des prières et adresser des supplications à D.ieu, puis étudiait jusqu'à l'aube. Cette routine ne connaissait aucune exception.

Une anecdote célèbre raconte qu'un jour, alors qu'il étudiait tard dans la nuit, plongé dans les profondeurs d'un sujet talmudique complexe, il entendit soudain une voix céleste (bat kol) lui dire : "Haïm, ta prière a été acceptée." Ce type d'expérience mystique était courant chez lui et renforçait sa réputation de tsadik dont les prières étaient reçues au Ciel de manière exceptionnelle.

La nuit de Chavouot, la fête commémorant le don de la Torah, Rabbi Haïm étudiait pendant deux nuits consécutives, sans interruption, jusqu'aux petites heures du matin. Cette vigile intense démontrait son amour passionné pour la Torah.

Le Chabbat dans la joie

Rabbi Haïm avait l'usage d'accueillir le Chabbat dans une joie débordante. Il entonnait des chants et des supplications en l'honneur du jour saint d'une voix merveilleuse qui touchait les cœurs de tous ceux qui l'entendaient. Sa voix, dit-on, avait le pouvoir d'élever les âmes et de créer une atmosphère de sainteté palpable.

Chaque Chabbat, Rabbi Haïm visitait une synagogue différente de Mogador pour y donner un cours de Torah. Un jour, alors qu'il développait longuement un sujet complexe, un juif se plaignit en disant "barka" (assez en arabe). Loin de s'offenser par ce commentaire direct, Rabbi Haïm interrompit son discours avec grâce et éleva une prière sincère : "Maître du monde, quand aurai-je le mérite d'avoir ma propre synagogue ?"

Cette prière fut exaucée peu après de manière miraculeuse. Un riche Arabe, reconnaissant pour un service que Rabbi Haïm lui avait rendu, lui confia une somme d'argent importante. Avec ces fonds, le tsadik put construire sa propre synagogue, qui existe encore aujourd'hui et porte son nom : la Synagogue Haïm Pinto d'Essaouira, préservée comme site historique.

Lag Ba'Omer et la Hiloula de Rabbi Chimon Bar Yohaï

Rabbi Haïm était particulièrement méticuleux dans la célébration de la Hiloula de Rabbi Chimon Bar Yohaï (le Rachbi), l'auteur du Zohar, chaque année à Lag Ba'Omer. Il organisait cette célébration en présence d'une foule nombreuse, avec une ferveur et une dévotion exceptionnelles. Cette tradition témoignait de son attachement profond à la Kabbale et aux grands maîtres mystiques d'Israël.

L'emprisonnement et le miracle

Un incident dramatique marqua la vie de Rabbi Haïm. Suite à une querelle qui éclata entre lui et le gouverneur de la ville - probablement liée à son refus de compromettre la Halakha face aux pressions politiques - il fut emprisonné. Cette arrestation plongea la communauté dans l'angoisse.

Mais le jour même de son emprisonnement, un événement extraordinaire se produisit : le Cadi (juge musulman) qui avait ordonné son arrestation mourut subitement. Frappées par ce signe évident de la justice divine, les autorités libérèrent immédiatement Rabbi Haïm.

Pour célébrer sa libération miraculeuse de la prison, Rabbi Haïm composa un Piyout (cantique liturgique). Cette composition rejoignit d'autres chants qu'il avait écrits, comme "Eli Aroméménéhou", composé en l'honneur de Hanouka.

L'attaque mystérieuse de l'an 5604

En l'an 5604 (1844), lors d'une période de guerre et de troubles, Rabbi Haïm sortit de chez lui lorsqu'un non-juif surgit soudainement et sortit son épée pour le blesser. Au moment même où l'agresseur levait son arme, un miracle se produisit : la main de l'attaquant se pétrifia instantanément, figée dans les airs, incapable de poursuivre son geste meurtrier.

Ce prodige public stupéfia tous les témoins. Pour commémorer ce miracle et remercier le Ciel de sa protection, Rabbi Haïm composa le célèbre cantique "Aromémékha Ha-El Israël" ("Je T'exalterai, Dieu d'Israël"), qui est encore chanté aujourd'hui dans les communautés marocaines.

Les rêves prophétiques

Rabbi Haïm Pinto accordait une grande importance aux rêves, les considérant comme des messages divins guidant ses décisions et ses actions. Dans la tradition kabbalistique, les rêves sont des canaux par lesquels D.ieu communique avec les hommes.

Un exemple frappant concerne le mariage de sa fille Mazal. Rabbi Haïm avait refusé plusieurs prétendants pour elle, car il savait - par révélation divine - que selon un décret céleste, sa fille deviendrait aveugle le jour de son mariage. Cette connaissance pesait lourdement sur son cœur paternel.

Un soir, Rabbi Haïm eut un rêve dans lequel Rabbi Khalifa Malka, un tsadik décédé, lui apparut en disant avec reproche : "Je t'ai envoyé mon petit-fils heureux, et tu me l'as renvoyé triste."

Cela faisait référence à un prétendant que Rabbi Haïm avait effectivement refusé. Dans le rêve, Rabbi Khalifa lui expliqua que son petit-fils accepterait ce décret divin tel quel, qu'il épouserait Mazal en connaissance de cause et resterait à ses côtés malgré sa cécité future.

Cette révélation onirique influença profondément la décision finale de Rabbi Haïm concernant le mariage de sa fille. Cet épisode montre comment le tsadik intégrait ses expériences spirituelles dans sa vie quotidienne et ses responsabilités familiales, voyant dans ses rêves non seulement des révélations personnelles, mais aussi des instructions divines sur des questions cruciales.

Mazal : la fille qui vit trop

La relation entre Rabbi Haïm Pinto et sa fille Mazal était empreinte d'amour paternel profond, mais aussi d'une grande rigueur spirituelle. Une nuit mémorable illustre cette dynamique complexe et révèle la nature exceptionnelle de leur relation.

Mazal, ne trouvant pas le sommeil, entra dans la chambre de son père pour lui demander quelque chose. À sa grande surprise, elle le vit en train d'étudier avec un homme mystérieux dont la présence irradiait une lumière surnaturelle.

Le lendemain matin, elle fut sévèrement réprimandée par son père. Avec gravité, Rabbi Haïm lui expliqua qu'elle n'était pas spirituellement préparée pour voir Eliaou Hanavi, et que son intrusion avait perturbé un moment sacré d'étude avec le prophète.

Puis, le visage empreint de tristesse, il lui annonça qu'en conséquence de cet incident, il avait été décrété dans le Ciel qu'elle deviendrait aveugle le jour de son mariage. Cette prophétie, prononcée par son propre père, aurait pu briser n'importe quelle jeune femme.

Mais Mazal, éduquée dans la foi et la soumission à la volonté divine, accepta cette sentence avec humilité et confiance. Sa réaction témoignait de l'éducation spirituelle exceptionnelle qu'elle avait reçue de son père.

Malgré cette sévérité apparente - que certains pourraient juger excessive - la relation entre Rabbi Haïm et Mazal était également pleine d'affection et d'encouragement mutuel. Il veillait à ce qu'elle reçoive une éducation juive solide et qu'elle soit entourée d'un environnement spirituel propice à son épanouissement.

Le décret s'accomplit : le jour de son mariage, Mazal perdit effectivement la vue. Mais son mari, le petit-fils de Rabbi Khalifa Malka, resta fidèlement à ses côtés, comme son grand-père l'avait promis dans le rêve de Rabbi Haïm.

Le défenseur des pauvres

Bien que Rabbi Haïm fût inflexible en matière de Halakha, il était profondément attentif aux besoins de sa communauté. Son principal souci était les pauvres de sa ville. Chaque jour, il visitait les maisons des plus démunis pour leur apporter un soutien matériel et un réconfort spirituel.

Il disait souvent que "la Présence Divine (Chékhina) réside davantage sur la table des pauvres que sur celle des riches." Cette conviction guidait toutes ses actions. Son dévouement envers les nécessiteux était légendaire dans toute la région.

Rabbi Haïm enseignait : "La crainte du Ciel s'acquiert dans le dénuement et non dans l'opulence." Ces paroles inspiraient ses disciples à cultiver la modestie nécessaire pour servir D.ieu sincèrement et s'en rapprocher.

L'intégration des réfugiés

Rabbi Haïm Pinto joua un rôle crucial dans l'intégration des immigrants juifs à Mogador. Ayant lui-même été réfugié après avoir quitté Agadir suite au tremblement de terre, il comprenait intimement les difficultés auxquelles ces nouveaux arrivants étaient confrontés.

Il accueillait ces immigrants avec compassion et leur offrait un soutien tant matériel que spirituel. Il encourageait les membres établis de la communauté à aider les nouveaux venus en organisant des collectes de fonds et des initiatives d'entraide.

Rabbi Haïm veillait particulièrement à ce que les enfants des immigrants reçoivent une éducation juive solide. Il croyait fermement que l'éducation était essentielle pour renforcer leur identité juive dans un environnement parfois hostile ou indifférent.

Une histoire touchante témoigne de cette approche bienveillante : un jour, un immigrant récemment arrivé vint voir Rabbi Haïm, désespéré par ses difficultés financières et spirituelles. En l'écoutant attentivement avec empathie, le rabbin lui dit : "Sache que chaque épreuve est une occasion donnée par D.ieu pour te rapprocher davantage de Lui." Ces paroles réconfortantes redonnèrent espoir à cet homme, qui trouva ensuite les moyens nécessaires pour subvenir aux besoins de sa famille tout en renforçant sa foi.

Ses élèves et la Yéchiva

Rabbi Haïm dirigea la Yéchiva de Mogador avec dévouement pendant des décennies. Un grand nombre de ses élèves devinrent célèbres au fil des ans, propageant ses enseignements à travers tout le Maroc et au-delà.

Il assistait scrupuleusement à chaque circoncision (Brit Mila) qui avait lieu dans la ville. D'ailleurs, les grands de la ville ne commençaient jamais une circoncision sans sa présence. Cette participation témoignait de son engagement total envers tous les aspects de la vie communautaire.

Les miracles qui forgèrent sa légende

La renommée de Rabbi Haïm Pinto s'étendit bien au-delà de Mogador. De nombreux récits témoignent de ses pouvoirs miraculeux et de sa capacité à intercéder auprès du Ciel en faveur de ceux qui souffraient. Ces histoires ont été rapportées notamment dans l'ouvrage du Rav Makhlouf Mazal, "Cheva'h Haim" (Louange à Haïm), écrit en arabe et traduit en hébreu par Rabbi David Cohen, son élève.

Le naufrage et l'Ange de la Mer

L'un des miracles les plus spectaculaires concerne un juif qui avait perdu toute sa fortune dans un naufrage. Ses marchandises, ses bijoux précieux - tout avait sombré dans les profondeurs de l'océan. Désespéré et ruiné, cet homme refusait toute invitation au séder de Pessah, se considérant indigne de participer à la fête de la liberté alors qu'il était enchaîné par sa misère.

Rabbi Haïm Pinto, informé de sa situation tragique, insista personnellement pour qu'il se joigne à eux pour le séder. L'homme, ne pouvant refuser l'invitation du tsadik, vint malgré son cœur brisé.

Pendant le séder, à un moment précis du rituel, Rabbi Haïm prononça une formule mystique sur sa coupe de vin, invoquant des Noms saints connus seulement des grands kabbalistes. Soudain, devant les yeux ébahis des convives, l'Ange de la Mer apparut dans la pièce !

Grâce à cette intervention divine extraordinaire orchestrée par Rabbi Haïm, tous les bijoux perdus dans le naufrage furent miraculeusement restitués à leur propriétaire. L'homme sortit du séder non seulement spirituellement élevé, mais aussi matériellement restauré, témoignage vivant de la puissance du tsadik.

La femme devenue folie

Une histoire incroyable relatée par Rabbi David Hanania Pinto, descendant du tsadik, se déroula dans une famille du Maroc au XXe siècle. L'une des femmes de cette famille sombra dans la folie suite au décès de sa mère. Le chagrin l'avait fait basculer dans la démence.

Tous les efforts et les soins médicaux pour tenter de l'aider restèrent sans effet. Sa condition ne faisait qu'empirer. Lorsque sa situation se dégrada au point qu'elle représentait un danger pour elle-même et pour les autres, les membres de sa famille, en désespoir de cause, la conduisirent sur le tombeau de Rabbi Haïm Pinto à Essaouira.

Là, suivant une tradition ancienne, ils l'attachèrent avec une corde au tombeau du saint, implorant son intercession céleste. Le miracle eut lieu alors, devant leur regard ébahi : au bout de quelques minutes seulement, les personnes présentes remarquèrent un changement important dans son état et son caractère. La confusion quitta ses yeux, la rage abandonna son visage.

Elle recouvra la santé et redevint normale, comme si les années de folie n'avaient été qu'un mauvais rêve. Sa famille repartit en louant le mérite du tsadik Rabbi Haïm Pinto.

L'incendie et la porte cachée

Rav Yéhochoua Dérhy, habitant de Casablanca au XXe siècle, possédait un petit kiosque où il vendait des frites et des saucisses. Un jour, un grand incendie se déclara dans le magasin en conséquence de l'huile qui prit feu. Les flammes se propagèrent avec une rapidité terrifiante.

Ses vêtements s'enflammèrent et son corps commença à brûler. La chaleur était insoutenable, la fumée l'étouffait. Bouleversé, sentant la mort approcher, il se mit à crier de toutes ses forces.

Soudain, au milieu des flammes et de la fumée, il vit devant lui l'image lumineuse de Rabbi Haïm Pinto. Puisant dans ses dernières forces, il hurla : "Par le mérite de Rabbi Haïm, puis-je être sauvé de la mort !"

À l'instant même, un miracle se produisit : une porte cachée s'ouvrit derrière lui - une porte dont il ignorait jusqu'alors l'existence, car elle était recouverte de plâtre et invisible. Il s'enfuit par cette ouverture providentielle et fut sauvé des flammes.

Bien qu'une grande partie de son corps fût brûlée, qu'il eût de très graves brûlures au troisième degré et qu'il dût séjourner longtemps à l'hôpital, le mérite de sa foi dans le tsadik le protégea, et il fut finalement sauvé. Cette histoire témoigne de la force de la foi dans les tsadikim, car par elle, le Nom divin est sanctifié publiquement, même chez les non-juifs.

L'aveugle qui retrouva la vue

C'est l'histoire d'un juif qui devint aveugle des deux yeux. Il ne pouvait ni étudier la Torah, ni prier convenablement, ni mener une vie normale. Plongé dans les ténèbres, il demanda à sa famille de l'accompagner sur la tombe de Rabbi Haïm à Essaouira.

Il voulait implorer, par le mérite du tsadik, de retrouver la vue comme tout le monde. En arrivant sur la tombe, il versa d'abondantes larmes - des larmes qui venaient du plus profond de son âme brisée. Il pria avec une ferveur intense, demandant à retrouver la vue par le mérite du saint.

À sa grande joie, sa prière fut exaucée. Lorsqu'il se réveilla le lendemain matin, il remarqua qu'il voyait des deux yeux, clairement, comme tout le monde. La lumière était revenue dans sa vie. Et tout ceci, grâce au mérite du tsadik.

Ses écrits perdus

Rabbi Haïm Pinto composa de nombreux ouvrages : des traités de Halakha (loi juive), des textes de Kabbale, des commentaires haggadiques, ainsi que des Hidouchim (novellae) sur le Chass (Talmud). Malheureusement, ces précieux manuscrits furent perdus lors de la guerre d'Espagne qui eut lieu à Essaouira, privant les générations futures d'un trésor inestimable de sagesse rabbinique.

Cependant, ses Piyoutim (cantiques liturgiques) ont survécu et continuent d'être chantés dans les communautés marocaines, perpétuant ainsi une partie de son héritage spirituel.

Ses quatre fils saints

Rabbi Haïm Pinto eut quatre fils, qui tous devinrent des tsadikim reconnus et perpétuèrent la tradition familiale de sainteté et d'érudition :

  • Rabbi Yéhouda, connu sous le nom de Rabbi Hadane
  • Rabbi Yossef
  • Rabbi Yochiahou (Yéhochiya)
  • Rabbi Yaacov

Chacun de ces fils devint un pilier de la communauté juive marocaine, transmettant les enseignements et l'esprit de leur illustre père.

Les derniers jours : la distribution finale

Lorsque Rabbi Haïm sentit que l'heure de sa mort approchait, il prit une décision extraordinaire. Il distribua une énorme somme d'argent à la Tsédaka (charité), vidant pratiquement ses coffres.

Ses proches, surpris et inquiets, l'interrogèrent sur la raison de ce geste radical. Avec la sagesse qui le caractérisait, Rabbi Haïm leur répondit :

"De nombreuses personnes devaient à mon père de grandes sommes d'argent. Après la mort de mon père, elles ont payé leur dû à moi, son héritier. À présent, avant ma propre mort, j'ai décidé de distribuer tout cet argent aux pauvres. En effet, nous ignorons lesquelles de nos Mitsvot sont véritablement agréées par le Ciel, mais les dons à la Tsédaka nous accompagnent assurément dans le monde futur, sans l'ombre d'un doute !"

Cette déclaration résumait parfaitement sa philosophie de vie : la certitude que seule la charité accompagne l'homme au-delà de la tombe, constituant son véritable trésor éternel.

Le départ d'un géant

Un dimanche, le 26 Eloul 5605, correspondant au 28 septembre 1845, Rabbi Haïm Pinto rendit son âme à son Créateur. Il était âgé de 96 ans - le chiffre 26 correspondant à la valeur numérique du Nom divin (Youd-Hé-Vav-Hé), un signe que beaucoup interprétèrent comme témoignant de son attachement total à D.ieu.

Avant sa mort, il fit une promesse extraordinaire à ses disciples : "Quiconque mentionnera mon nom le jour de ma Hiloula verra ses prières exaucées." Cette promesse continue d'inspirer des milliers de fidèles qui visitent sa tombe chaque année.

L'héritage vivant

Aujourd'hui encore, la Hiloula de Rabbi Haïm Pinto est célébrée chaque année en septembre (le 26 Eloul du calendrier juif). Des juifs du monde entier convergent vers Essaouira pour se recueillir sur sa tombe dans le vieux cimetière juif de la ville.

La Synagogue Haïm Pinto, le bâtiment qui servait de maison, de bureau et de lieu de prière au tsadik, est préservée comme site historique dans le Mellah d'Essaouira. Les visiteurs peuvent encore ressentir la sainteté qui imprègne ces lieux où le grand Rabbi priait, étudiait et recevait Élie le Prophète.

Rabbi Haïm Pinto Hagadol - le Grand Rabbi Haïm Pinto - reste dans les mémoires comme un homme dont les prières étaient reçues au Ciel de telle manière que des miracles en résultaient. Sa vie exemplaire demeure un témoignage vivant du pouvoir immense de la foi, de l'étude de la Torah, et du dévouement aux pauvres et aux nécessiteux.

Juifs et musulmans continuent de vénérer sa mémoire. Sa renommée, qui de son vivant s'était étendue du Maroc jusqu'en Europe et dans tout le Moyen-Orient, ne s'est jamais éteinte. Au contraire, elle grandit de génération en génération, portée par les innombrables témoignages de miracles et de salvations attribués à son intercession céleste.

De son petit-fils Rabbi Haïm Pinto "Hakatan" de Casablanca jusqu'aux descendants actuels comme Rabbi David Hanania Pinto, la lignée continue de rayonner et d'inspirer les communautés juives du monde entier.


Que le mérite du tsadik Rabbi Haïm Pinto Hagadol nous protège tous, qu'il intercède pour nous auprès du Trône céleste, et que ses bénédictions continuent de se déverser sur le peuple d'Israël et sur le monde entier. Amen.

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