A l'occasion de la Hiloula de notre maître Rav Israël Lipkin SALANTER, l'équipe Torah-Box est heureuse de vous faire découvrir très brièvement son parcours de vie. Celui qui parle du Tsadik de jour de sa Hiloula, celui-ci priera pour lui ! Allumez une bougie et dites "Likhvod haRav Salanter, zékhouto taguèn 'alénou" puis priez. Que son mérite protège tout le Klal Israel, Amen !

Israël Salanter est né à Zagare en Lithuanie en 5570 (1810), dans une prestigieuse famille d’érudits. Son père, Rabbi Zeev-Wolf Lipkins, était l’auteur d’un commentaire talmudique répondant  au nom de « Hagahot Ben Ariéh ». Dès son enfance, le jeune Israël révéla des dons exceptionnels dans l’étude de la Torah et à l’âge de dix ans, il était déjà capable de donner des dissertations talmudiques complexes en public.

Son père, soucieux de son avenir spirituel autant que de son développement intellectuel, l’envoya étudier auprès d’une éminente personnalité rabbinique, rabbi Tsvi Broïde qui présidait aux destinées spirituelles de la ville de Salant et était connu pour sa droiture d’esprit, sa profondeur de pensée et sa simplicité. Autour de rabbi Tsvi Broïde évoluaient  de jeunes étudiants en Talmud extrêmement brillants, dont plusieurs se firent connaître par la suite en tant que grandes personnalités rabbiniques (Gdolé Israël). Le jeune Israël étudiait au milieu de ces brillantes personnalités, avec une assiduité hors du commun. De plus, Israël étudiait en aparté avec le rav, qui l’appréciait beaucoup pour ses dons exceptionnels, ce qui lui permit de faire de grands progrès, si bien qu’à l’âge de treize ans, il connaissait la totalité du Chass (Talmud de Babylone) par cœur !

Un destin de grandeur

A l’âge de quatorze ans, il rédigea un fascicule de HidouchéTorah, qu’il envoya sur le conseil de son rav, rabbi Tsvi Broïde, à rabbiAkiva Eiger, un des plus grands génies talmudiques de son époque. Interrogé sur la qualité de ce fascicule, rabbi Akiva Eiger déclara qu’il s’agissait d’une œuvre digne d’un génie parmi les génies !

A l’âge de quatorze ans également, il se fiança avec la fille de l’un des notables de Salant, de haute réputation morale et qui était de surcroît d’illustre ascendance puisqu’il descendait du Chlah Hakadoche. Son beau-père lui avait promis de l’entretenir pendant plusieurs années pour lui permettre d’étudier la Torah sereinement. Peu avant le mariage, son beau-père perdit tous ses biens et ne fut plus en mesure par conséquent, de tenir ses promesses. Le père de rav Israël Salanter ne voulut pas pour autant annuler le chidoukh, bien que se soient alors présentées d’autres propositions de mariage émanant de familles richissimes. Le mariage eut lieu comme prévu à Salant.

Pendant seize ans, rav Israël étudia la Torah nuit et jour dans la ville de Salant. C’est ce qui lui valut d’ailleurs son surnom de « Salanter », qui signifie issu de la ville de Salant. Sa femme assurait les finances du couple en tenant un commerce. Rabbi Tsvi Broïde demanda au rav Salanter d’assurer des cours au beth-hamidrach local. Ses cours firent très forte impression ; rav Israël y délivrait en effet des hidouché Torah (interprétations originales de la Torah) et des dissertations talmudiques où sa connaissance parfaite du Chass se mêlait à une virtuosité digne des plus grands génies talmudiques !
 

La recherche de la vérité

Malgré sa grande réussite dans l’étude de la Torah, rav Israël Salanter était dans une recherche permanente de vérité, ne se contentant pas de ses acquis spirituels pourtant remarquables. Il était à la recherche d’une voie menant à la perfection morale, la sienne comme celle de l’univers tout entier.

A la même période, dans la ville de Salant, vivait un des plus grands Talmidé-‘hakhamim de la génération. Il s’agissait de rabbi Yossef-Zoundel de Salant, ancien étudiant à la yéchiva de Vologine, qui fut inaugurée en 5563 (1803) et qui dut fermer ses portes en 5652 (1892) suite à un décret gouvernemental russe. Rabbi Yossef-Zoundel était donc un élève de rabbi ‘Hayim de Vologine, lui-même un élève du Gaon de Vilna. Il se distinguait à la fois par l’étendue de ses connaissances qui couvraient l’ensemble des écrits talmudiques, halakhiques, midrachiques et bibliques, sans compter les écrits ésotériques, et par ses très hautes exigences morales vis-à-vis de sa propre personne.

Rav Israël Salanter ne manqua pas d’être interpellé par cette personnalité hors du commun et commença même à épier ses allées et venues. Rabbi Yossef-Zoundel se rendit compte de l’intérêt que lui portait le jeune et brillant avrekh (étudiant en Torah marié). Un jour, il s’adressa à lui en ces termes : « Israël, étudie le moussar (éthique juive) et deviens un craignant-D.. ! »

Dès lors, rav Israël Salanter fit de rabbi Yossef-Zoundel de Salant son maître à penser et commença à s’intéresser de très près au moussar. Rav Israël Salanter étudia auprès de rabbi Yossef-Zoundel pendant de longues années, jusqu’en 5598 (1838), date à laquelle rabbi Yossef-Zoundel s’installa à Jérusalem et où il servit la communauté achkénaze en tant que décisionnaire halakhique (Moréhoraa). Rav Israël Salanter était alors agé de vingt-huit ans.
 

Une nouvelle étoile dans le ciel du judaïsme

Sur le long chemin qui allait mener rav Salanter à devenir une personnalité accomplie allaient surgir de nombreuses questions et remises en cause. Au nombre de celles-ci se situe l’épisode ou rav Israël décida à un moment donné de devenir un tsadiknistar (Juste caché). Pour ce faire, il apprit à prier rapidement comme le font les cochers, mais à l’inverse de ces derniers qui sont des gens simples, à avoir en même temps à l’esprit toutes les kavanot (intentions spécifiques à la prière).

Dans cette même intention, il se mit à répéter le Chass (Talmud de Babylone) de mémoire, avec les commentateurs classiques pour pouvoir étudier tout en travaillant. En procédant de la sorte, il maîtrisait déjà la moitié du Chass. Cependant, peu de temps après, il changea d’avis, estimant qu’il était du ressort d’une personnalité comme la sienne d’influencer positivement sa génération.

En effet, il n’était pas satisfait du niveau spirituel de sa génération. Il estimait que les gens pratiquaient les mitsvot de manière mécanique, sans comprendre les enjeux importants qui s’y rattachaient. Il était particulièrement contrarié du peu d’intérêt que les gens portaient aux commandements qui règlent les relations inter-individuelles (mitsvot ben adam lé’havéro). Il avait le sentiment particulièrement vif que les gens considéraient le judaïsme comme une tradition folklorique, au lieu de le considérer comme une révélation divine et un projet universel d’amélioration de la condition humaine !

Il arriva à la conclusion que seule l’étude intensive du moussar, associée à une réflexion sur la destinée de l’homme en ce monde, sans oublier bien entendu l’essentiel, à savoir l’évaluation précise et la réparation des traits de caractère, pourraient mener l’individu à son accomplissement personnel et permettre la Délivrance du peuple juif.
 

Un visionnaire

Rav Israël Salanter était un visionnaire et s’était fixé comme objectif de susciter une véritable révolution dans le peuple juif pour remettre à l’ordre du jour l’impératif moral et transformer en profondeur sa génération. Cela signifiait entres autres choses, élargir le concept de crainte de D… pour le faire déborder de l’enceinte du beth-hamidrach (lieu dédié à l’étude de la Torah) jusqu’au monde de l’action.

Dans cette optique, rav Israël Salanter souhaitait que les juifs aient une connaissance parfaite de la partie « ‘Hochen Michpat » du Choul’han Aroukh, traitant des lois et dommages financiers, au même titre qu’ils avaient une connaissance parfaite de la partie Ora’h ‘Haïm du Choul’han ‘Aroukh, traitant des lois de la prière et des jours de fête.

En effet, une étude approfondie des lois concernant les dommages financiers qu’il est interdit de causer aux autres, permet à celui qui l’étudie de s’éloigner de transgressions comme le vol, de connaître les lois régissant les rapports entre voisins, les lois concernant l’acquisition des biens et la liste n’est pas exhaustive. L’étude du moussar ne saurait se cantonner à des  notions purement éthiques ou philosophiques. Il est nécessaire de descendre dans le maquis des lois pour s’écarter de manière effective de toutes sortes de comportements prohibés.
 

Une nouvelle étape

En 5600 (1840), le commerce que tenait l’épouse de rav Israël Salanter commença à connaître des difficultés. De fait, rav Israël Salanter se vit obligé de subvenir aux besoins de sa famille. C’est alors qu’arriva une proposition qui trouva grâce aux yeux du jeune génie, qui était âgé de trente ans. La yéchiva de Ramaylless, située à Vilna, cherchait un Rochyéchiva-adjoint pour officier aux côtés de rabbi Mordékhaï Kaletski-Meltser, qui présidait depuis de longues années aux destinées de la yéchiva. L’arrivée du nouveau Rochyéchiva ne passa pas inaperçue. Ses cours laissaient les auditeurs pantois. Les jeunes étudiants de yéchiva étaient fascinés par ce nouveau Gaon, qui se déplaçait dans la mer du Talmud avec un brio et une aisance déconcertante.

La majorité des étudiants de la yéchiva n’écoutait plus les cours de l’ancien Rochyéchiva qui finit par enseigner aux quelques étudiants qui restèrent avec lui dans un bethhamidrach voisin. Rav Israël Salanter, craignant de porter ombrage au Roch yéchiva, décida de démissionner de son poste, n’hésitant pas ainsi à se causer un tort réel… En effet, il était au début de sa carrière, et il était essentiel pour lui de délivrer son enseignement, qui plus est à des jeunes étudiants brillants et particulièrement motivés.

Rav Israël continua donc à délivrer ses cours dans un beth-hamidrach attenant. A travers cet incident, se dessine déjà la personnalité hors pair de rav Salanter, prêt à renoncer à une carrière prestigieuse de Rochyéchiva, mais nullement prêt ne serait-ce qu’à froisser son prochain, alors même qu’il n’était aucunement responsable du fait que les élèves donnent la préférence à son cours.
 

Diffusion du moussar

Lors de son séjour à Vilna qui dura huit ans, rav Israël Salanter donnait des dissertations talmudiques dans les différents batémidrach et les différentes synagogues de la ville. Il en profitait aussi pour délivrer des cours de moussar selon son approche particulière et essayait de convaincre aussi bien le public des érudits que celui des ba’alébatim (hommes mariés travaillant et étudiant la Torah) de l’importance de consacrer un temps suffisamment long à l’étude du moussar et ce, de manière quotidienne.

Un incident allait se produire, qui convainquit définitivement le public très érudit et très exigeant des communautés juives de Lithuanie, du fait qu’ils avaient affaire à une sommité talmudique d’une envergure peu commune. Il était de coutume, lorsqu’un rav délivrait un cours sur un passage du Talmud, qu’il affiche quelques jours auparavant  les marémékomot (les références talmudiques et autres) qui allaient constituer l’ossature de son cours.

Rav Israël Salanter procéda de la sorte et avait affiché, avant l’un de ses cours dans un bethhamidrach de Vilna, les marémékomot. Cependant, quelques plaisantins au goût douteux, décidèrent de tendre un piège au rav, et escamotèrent discrètement la feuille contenant les références du cours, pour la remplacer par une autre dont les références avaient été choisies de manière hasardeuse et sans aucune cohérence.

Rav Israël Salanter arriva pour donner son cours et eut la désagréable surprise de constater le mauvais tour qui lui avait été joué. Tout autre que lui se serait excusé auprès du public en arguant du fait qu’il n’était pas possible de donner un cours sans l’avoir préparé et sur des bases aussi fantaisistes ; mais pas rav Israël…

Il réfléchit quelques minutes et improvisa un cours brillant et profond, en se basant de manière rigoureuse sur les références hasardeuses mentionnées dans le marémékomot. Un de ses élèves expliqua plus tard que rav Israël Salanter n’avait pas réfléchi sur le cours à donner, mais qu’il s’était demandé s’il n’y avait pas là une pointe d’orgueil  à ce que les gens se rendent compte qu’il était capable de donner une dissertation talmudique sans aucune préparation…

Il s’était malgré tout décidé à donner le cours, pour que les gens n’en viennent pas indirectement à dénigrer son enseignement du moussar. Finalement, cet incident servit à démontrer à tous l’étendue de ses connaissances et sa maitrise impressionnante du Talmud et des autres sources toraniques.
 

Un tournant décisif

A Vilna se produisit un incident qui bouleversa rav Salanter jusqu’au plus profond de lui-même. Les personnes riches de la communauté avaient l’habitude de marier leurs enfants sur une place particulière de la ville, en procédant à une grande cérémonie, dans une ambiance festive particulièrement agréable. Bien entendu, cet appareillage en grande pompe coutait une fortune.

Un simple cordonnier de la ville vit la fortune lui sourire et devint très riche. Ne souhaitant pas se démarquer de ses semblables, le cordonnier nouvellement enrichi organisa le mariage de sa fille sur cette fameuse place, avec autant d’apparat que ses prédécesseurs. La chose déplut fort à quelques personnes très aisées de la communauté… L’une d’entre elles attendit le cordonnier au retour de la ‘houpa de sa fille, alors qu’il entouré de sa famille et de ses amis. Cette personne s’approcha alors du cordonnier, enleva l’une de ses chaussures, lui montra la semelle qui était trouée et lui demanda combien il lui en couterait de la réparer… Le cordonnier perdit toute contenance et fut frappé de stupeur devant cet affront…

Rav Israël Salanter ne put s’empêcher de voir dans cet incident grave l’expression d’un manque flagrant dans l’éducation morale de la génération, qui justifiait un changement drastique dans l’approche et la diffusion du moussar. Cet incident lui fit comprendre qu’il relevait de la responsabilité des Grands de la génération d’aller vers le peuple pour lui inculquer des valeurs de morale et d’éthique qui rendraient impossible ce genre d’évènement.
 

Le mouvement du moussar

C’est vers l’année 5600 (1840) que rav Salanter fonda le mouvement du moussar, qui allait créer une révolution sans précédent dans l’enceinte du monde des yéchivot, et par ricochet dans l’ensemble du peuple juif. Il publie la Iguérètehamoussar  (lettre du moussar), dans laquelle il expose un certain nombre d’idées. Au nombre de ces dernières, on trouve l’idée selon laquelle le chemin le plus adapté pour servir Hachem est l’étude de la halakha, qui permet à l’homme de soumettre son mauvais penchant et de renforcer son penchant au bien.

Le mauvais penchant représente les désirs et l’impureté, alors que le bon penchant est l’expression de l’esprit et de la sainteté. Il faut renforcer le penchant au bien par l’étude du moussar et de la halakha, qui constitue de ce fait la manière idéale pour l’homme de se renforcer dans le service divin.

Rav Salanter inaugura des batémoussar, centres d’enseignement du moussar , à la disposition du tout-venant, qui permettent à celui qui le désire de venir s’imprégner pendant quelques heures ou quelques minutes de l’enseignement du moussar.
 

Les fondements théoriques du mouvement du moussar

L’étude de la Torah ne se limite pas à l’étude du Talmud et des décisionnaires, elle doit aussi porter sur les livres de moussar. Par ailleurs, celui qui n’a que très peu de temps à consacrer à l’étude de la Torah, doit impérativement consacrer ce temps à l’étude du moussar.

La croyance dans la récompense des bonnes actions et en la punition des fautes, la crainte de D… (basée essentiellement sur la crainte de la punition) et la prise de conscience de l’importance décisive du concept de la téchouva (retour vers D…) constituent trois piliers incontournables du mouvement du moussar.

Le mouvement du moussar  veut mettre l’accent sur l’importance des mitsvotben-adamla’havéro (les relations humaines) souvent  délaissées au profit des mitsvotben-adamlaMakom  (lesrelations entre l’homme et D…). Rav Israël Salanter insiste notamment sur l’importance à accorder à l’interdit du  vol.

Le mouvement du moussar accorde une grande place à l’univers émotionnel, en tant que donnée incontournable dans la définition d’une démarche globale de service divin, et ceci sans rien enlever de l’importance de l’intellect, seul apte à diriger l’individu et à faire de lui un véritable serviteur d’Hachem.

Rav Israël Salanter demande à chacun de prendre conscience de ses défauts au point d’en arriver à éprouver une certaine tristesse ; mais bien entendu, il n’est pas question de se laisser aller au piège de cette tristesse et il faut être capable de ressentir une grande joie, voire même un certain enthousiasme du fait même qu’on prenne conscience de notre éloignement d’Hachem…

Bien entendu, il est nécessaire de faire preuve de sérieux dans le service d’Hachem, ceci ne signifiant pas pour autant austérité. Le sérieux dont il est question ici, témoigne d’un engagement volontaire au service d’Hachem, sans faiblesse de caractère ou autre, sachant que le service d’Hachem est la chose la plus sérieuse au monde et le but même de notre venue sur terre…
 

Une appréhension globale de l’homme

L’homme est constitué de deux types de forces : les forces révélées et les forces cachées. Les forces révélées sont constituées par les différentes composantes de l’intellect, seules à même de permettre à l’homme de se maîtriser. Les forces cachées ou forces obscures sont composées par les bataillons de l’imagination, qui permettent à l’homme de vivre et de ressentir une certaine liberté. Ces forces obscures, de par leur essence même, rejettent toute subordination à quelque morale que ce soit.

Ces forces obscures sont redoutables et beaucoup plus puissantes que les forces révélées. Elles ne se manifestent que partiellement dans les différents instincts, les désirs et les réactions émotionnelles.

Du fait que ces forces obscures sont beaucoup plus puissantes que les forces révélées, il est nécessaire en quelque sorte de transformer les forces révélées en forces obscures. Pour arriver à cela, il est nécessaire d’étudier le moussar d’une certaine manière, qu’on peut résumer en trois points : émotion, révision, enthousiasme.

« Emotion », cela veut dire qu’il ne faut pas appréhender les textes de moussar  d’un point de vue purement intellectuel et théorique, mais faire en sorte que le message qu’ils délivrent ait un impact émotionnel sur le lecteur et que celui-ci se sente personnellement impliqué.

« Révision » veut dire passer d’une simple découverte du texte, fut-ce d’un point de vue intellectuel ou émotionnel à une appropriation du texte. La révision et la répétition permettent le passage du contenu intellectuel et conceptuel du texte des forces révélées aux forces cachées.

« Enthousiasme » signifie augmenter l’impact émotionnel du texte au maximum, ce qui permettra d’espérer un impact sur les sentiments les plus intimes de la personne, qu’on pourrait appeler le cœur. Cet impact émotionnel permettra à la personne de se mettre en action et de passer de la théorie à la pratique.
 

Quelques mots sur le yetserhara (penchant au mal)

Le yetserhara est une des manifestations des forces obscures qui habitent l’homme. Davantage que cela, il est le représentant des forces de l’impureté qui habitent l’homme. Comment combattre le yetserhara ? Il ne s’agit pas simplement de le repousser, car cela ne constitue pas une solution. Il faut dans un premier temps le déraciner complètement sans détruire l’énergie vitale qui le supporte. Dans un deuxième temps, il s’agit d’orienter cette énergie vers le bien.

Pour nous résumer, nous pourrions dire que l’éducation par le moussar  comporte trois étapes : étude des textes de moussar et entraînement émotionnel à partir de ces textes en vue de réparer les traits de caractère, maîtrise du yetserhara et enfin orientation du yetserhara vers le bien.
 

Un orateur hors pair

Rav Israël Salanter avait une vision de la Torah comparable à celle de rabbi Akiva, qui considérait les mitsvot ben adam lé’havéro comme la base de toute la Torah. Rav Israël Salanter était profondément convaincu de cette vérité et l’exprimait de manière très forte auprès de ses auditeurs.

Dans ses discours en public, il s’efforçait de changer l’échelle de valeur de ses auditeurs et de la recentrer sur une vision authentique et originale de la Torah. Ses paroles pénétraient le cœur de ses auditeurs ; il parlait avec une émotion considérable, et lorsqu’il décrivait les souffrances des pauvres, et de tous ceux que le destin avait frappés dans leur chair, il pleurait littéralement et était souvent obligé de s’interrompre pendant de longues minutes, avant de pouvoir reprendre son discours.
 

Les pérégrinations de rav Salanter

A l’âge de trente neuf ans, rav Salanter déménagea à Kovna, qui était également l’une des grandes villes lithuaniennes. Son déménagement coïncidait avec le début d’une nouvelle ère : celui d’une influence de plus en plus grande des partisans de la Réforme. Le nombre de juifs séduits par ce mouvement d’abandon de la Torah n’était pas encore très grand, mais il n’en fallait pas plus à rav Salanter pour percevoir le grand danger qu’allait faire peser sur le peuple juif cette nouvelle tendance.

Cette prise de conscience de rav Salanter ne fit que le renforcer dans sa décision de diffuser au maximum le mouvement du moussar. En effet les partisans de la Réforme se targuaient de leurs bonnes manières et de leur soi-disant raffinement, copié servilement chez les non-juifs. Or, en mettant en avant le moussar et le perfectionnement des traits de caractère, ainsi que tout ce qui relève des relations humaines, rav Salanter donnait finalement la meilleure réponse à ces juifs qui se sentaient obligés de chercher leurs références morales et humaines dans les cercles non-juifs.

A Kovna, rav Salanter continua à enseigner et à former des disciples, comme il l’avait fait à Vilna. Il remplit la fonction de rochyéchiva dans le bethhamidrach de l’un des notables de la ville, rav Tsvi Nvaïzer. Les élèves qu’il avait formés à Vilna comme ceux qu’il avait formés à Kovna, restèrent attachés à leur rav toute leur vie et contribuèrent à diffuser largement ses idées dans le peuple juif.
 

Un périple européen

A l’âge de quarante-huit ans, rav Salanter s’installa dans la ville de Berlin. Tous ses déplacements n’étaient liés qu’à une chose : l’intérêt du peuple juif. Pour aider ses frères à remonter la pente de l’assimilation et à mieux structurer leurs communautés, rav Israël Salanter était prêt à quitter son foyer sans regarder à son confort. Il revenait de temps en temps en Lithuanie, dans différentes villes, pour y encourager ses élèves dans l’étude du moussar et le perfectionnement des midot (traits de caractère).

Pendant ses déplacements à l’étranger, sa femme était abritée par sa fille et son gendre, rav Eliahou-Eliezer Grodnaski, l’un des principaux élèves de rav Salanter. Rav Israël ne prêta jamais attention à sa situation financière et n’essaya jamais d’accumuler de biens matériels, malgré les généreuses propositions de ses élèves qui souhaitaient financer ses activités de diffusion de la Torah et du moussar.

Lors d’un de ses voyages à l’étranger, rav Salanter fut invité par l’un de ses élèves pour le repas de chabbat  du vendredi soir. Avant d’accepter, rav Israël demanda à son élève comment les choses se déroulaient chez lui. Celui-ci lui répondit que la cachrout était irréprochable, que la cuisinière était une veuve d’un talmid-‘hakham, et que sa femme supervisait le tout. Il lui dit également qu’il multipliait à table les chants de chabbat et les divré-Torah (paroles de Torah), de telle sorte que le repas s’étalait sur trois heures.

Rav Israël accepta l’invitation à la condition express que ce soit lui qui règle le tempo de la soirée. Son hôte, faute de choix, accepta les conditions de rav Israël. La soirée se déroula ainsi : après que l’entrée fut servie, rav Israël demanda à ce qu’on serve le plat principal, puis dès celui-ci servi, réclama le dessert. Si bien qu’au final, il n’y eut pratiquement pas de chants de chabbat  ni de divré-Torah. Une fois le dessert consommé, rav Israël demanda à ce que l’on fasse birkathamazon.

Avant de procéder au zimoun (invitation au birkathamazon), notre hôte se tourna vers son prestigieux invité et lui demanda la raison de sa conduite si particulière. Rav Israël ne répondit pas et demanda à ce qu’on fasse venir la dame qui était chargée de la cuisine et du service. Il s’adressa à cette dernière en ces termes : « Pardonnez-moi de vous avoir fatiguée ce soir, et de vous avoir pressée d’amener les plats les uns après les autres rapidement ». La cuisinière éclata en sanglots et s’exprima en ces termes : « Que les bénédictions reposent sur vous… Puissiez-vous être invité chaque chabbat… Le maître de maison, que D… le garde, a l’habitude chaque chabbat de prolonger le repas jusqu’à une heure tardive, et moi je ne tiens plus debout du fait de la fatigue de toute la semaine, et je réussis à peine à rentrer à la maison pour m’occuper de mes enfants qui sont déjà endormis. Peut être ce soir, réussirai-je à les voir avant qu’ils ne dorment… »

Rav Israël se tourna vers son hôte et lui dit : « Voilà la réponse à votre question. Effectivement vous dirigez habituellement le repas d’une manière très agréable, en l’agrémentant de chants de chabbat et de divré Torah. Mais ceci n’est valable qu’à condition que ce ne soit pas au détriment des autres… »

Cette anecdote nous révèle de manière très précise la manière dont rav Salanter concevait les choses. Il n’acceptait pas l’idée que pour réaliser des mitsvot ben-adamla Makom (régissant les rapports entre l’homme et D…), l’on puisse piétiner au passage les mitsvotben-adamla’havéro (régissant les rapports entre l’homme et son prochain), puisqu’il considérait ces dernières comme la base de toute la Torah.
 

Ses grands élèves

Rav Israël Salanter eut de nombreux et importants élèves. Nous ne pourrons bien évidemment les citer tous. Parmi eux, citons rabbi Sim’ha-Zissle Ziv, le Saba de Kélem, qui fonda en 5626 (1866) le célébrissime talmoud Torah de Kélem, où seront mises en avant des valeurs telles que la pudeur, l’ordre, l’exactitude et l’aide à son prochain.

Citons également rabbi Nathan-Tsvi Finkel, le Saba de Slabodka qui fonde en 5642 (1882), la yéchiva de Slabodka où l’on insistera entre autres, sur la grandeur de l’homme, comme tremplin dans le service divin.

En 5643(1883), rabbi Eliézer Choulovits, qui fait partie des plus jeunes élèves de rav Salanter, fonde la yéchiva de Lomzé, première yéchiva moussarique de Pologne.

En 5656 (1896), rabbi Yossef-Yozel Horowits, le Saba de Novardok, qui fait partie lui aussi des plus jeunes élèves de rav Salanter fonde la yéchiva de Novardok, qui se distinguera par son enseignement spécifique dont le but est de renforcer la volonté et la capacité de résistance des élèves ; de les amener à servir D…sans ressentir aucune crainte vis-à-vis des hommes et de combattre tout sentiment de honte qui pourrait inhiber le service divin.

Ce que l’on peut dire, près de deux siècles après la fondation du mouvement du moussar, c’est qu’au cours du temps, ce qui était au début un mouvement avec ses promoteurs et ses défenseurs, s’est transformé finalement en système pédagogique à part entière, et qu’il n’existe pratiquement pas aujourd’hui de yéchiva où l’on n’étudie pas au moins une demi-heure par jour le moussar.
 

Dans la capitale de l’Europe

Lorsqu’il eut soixante-dix ans, rav Salanter décida qu’il était temps de venir en aide aux juifs de France, durement touchés par les affres de l’assimilation. Il résida à Paris durant deux ans, en se battant comme il l’avait fait partout pour le renforcement du judaïsme. Il réussit même à faire nommer l’un de ses élèves comme rav d’une des communautés locales.

Lorsqu’on l’interrogea sur ses déplacements en Europe, et sur la raison qui l’avait poussé à agir dans des villes comme Berlin et Paris, il expliqua que ces villes étaient déjà arrivées à un stade avancé d’assimilation et que par conséquent les juifs qui y habitaient étaient à même de prendre un minimum de recul avec cette folle volonté assimilationniste ; ce qui n’était pas le cas en Lituanie où en Russie où la Haskala (la Réforme) en était à ses débuts et avait le charme trompeur de la nouveauté.
 

Conclusion

En guise de conclusion, nous rapporterons l’anecdote suivante. Rav Israël Salanter devait remplir un soir de Kippour, la fonction de ‘hazan (officiant). La sainte congrégation l’attendait, mais le rav tardait à venir, ce qui ne manqua pas de surprendre les fidèles, habitués à un comportement exemplaire de leur chef et guide spirituel.

La communauté commença même à s’inquiéter et dépêcha l’un de ses membres vérifier ce qu’il en était. L’envoyé de la communauté refit le chemin en sens inverse, de la synagogue vers le logis du rav ; et là, sur le chemin, il eut la surprise de trouver le rav, en train de bercer un bébé dans la demeure d’un particulier… Le rav lui expliqua, qu’en chemin vers la synagogue, il avait entendu les pleurs d’un bébé ; intrigué, il s’était dirigé vers ces pleurs, était entré dans l’appartement dont la porte n’était pas verrouillée et avait eu la surprise de trouver un bébé seul, en train de pleurer…

Il l’avait alors consolé et bercé. Après enquête, il s’était avéré que la mère du bébé, sachant que rav Salanter allait officier, avait souhaité assister à la prière et avait laissé son bébé seul…

Rav salanter ne quitta la maison qu’une fois que la mère soit revenue et ait pris soin de  son bébé.

Cette anecdote peu commune, nous en dit long sur la personnalité de rav Salanter. Non seulement, rav Salanter était un géant en Torah, reconnu par les plus grandes personnalités rabbiniques de son époque ; mais encore il était un géant dans le tikounhamidot (perfectionnement des traits de caractère). Puisse son exemple nous inspirer jour après jour dans les voies de la droiture et du moussar.

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