Lorsque l’on se trouve en visite dans un hôpital en Israël, on ne peut que s’émerveiller du ‘Hessed (actes de bonté) qui est réalisé, soit par des initiatives personnelles, soit par des organismes comme Ezer Mitsion du Rav ‘Hanania Polak, Yad Sarah, Darké Myriam, et autres. Des repas sont distribués, des transports sont prévus, des jeunes viennent chanter accompagnés de leur guitare afin de remonter le moral des malades, ainsi que d’autres, déguisés pour les distraire. L’organisation du Chabbath est assurée par des familles qui se dévouent régulièrement afin de prévoir tout ce qui est nécessaire pour les visiteurs tenant à rester auprès des alités. Inutile de préciser que tout est proposé gratuitement.

Parmi ces personnes, se distingue une femme, Miri Gabay. Habillée comme une « Yérouchalmit » (religieuse du quartier orthodoxe de Méa Ché’arim), elle vient plusieurs fois par semaine à l’hôpital Hadassa Ein-Karem à Jérusalem, et se déplace dans les divers départements de l’hôpital avec son chariot rempli, proposant à tout le monde des boissons chaudes et fraiches, ainsi que des gâteaux et toutes sortes de friandises.

Elle s’adresse à chacun avec un grand sourire, sans aucune distinction religieuse, ethnique ou sociale, et prodigue avec chaleur et optimisme des mots d’encouragement et d’espoir.

C’est à la suite d’une interview au cours de laquelle elle racontait ce qui l’a amenée à cette action de ‘Hessed que son histoire s’est propagée, porteuse d’un message extraordinaire.

Voici ses propos :

« 10 ans après notre mariage, mon mari et moi n’avions toujours pas d’enfant. Nous avions été chez plusieurs spécialistes, essayé de nombreux traitements, mais cela ne donnait rien. Un jour, j’étais dans un taxi, et, ne me demandez pas pourquoi, j’ai demandé au chauffeur - pensant sans doute qu’avec tous ses clients, il saurait me répondre - s’il connaissait un grand Rav chez lequel on venait prendre des Brakhot. Oui, il en connaissait un et se proposa de m’y conduire.

Il s’agissait du Rav Chlomo Zalman Auerbach, Roch Yéchiva de la prestigieuse Yéchiva « Kol Torah » et un des grands décisionnaires de la génération. Il m’a amené devant une des maisons du fameux quartier Cha’aré ‘Hessed, j’ai tapé à la porte et le Rav lui-même m’a ouvert avec un grand sourire en me demandant en quoi il pouvait m’être utile. Je lui ai raconté que je n’avais toujours pas d’enfant après 10 de mariage, et que peut-être le Rav, par ses prières et ses bénédictions, ferait descendre la clémence du Ciel sur mon mari et moi. Il m’a alors dit : "Sachez ma fille que l’Eternel ne nous doit rien, Il n’est pas obligé de nous donner des enfants, ni même la santé, la vie ou la subsistance." A l’écoute de ses propos, j’ai hoché la tête, acceptant ses paroles. Je m’apprêtais à me retirer quand il a ajouté cette phrase qui est restée gravée dans ma mémoire jusqu'à aujourd’hui : "Seulement si vous faites quelque chose dans la vie qui ne vous a pas été demandé, quelque chose au-delà de ce qui vous incombe, alors D.ieu peut vous octroyer une chose qu’Il n’était pas obligé de vous accorder."

Je l’ai remercié et je suis rentrée chez moi, toute imprégnée de cette rencontre, du visage bon et pure du Rav, et surtout de ses paroles. Le lendemain, j’avais pris ma décision : faire du ‘Hessed pour les malades. Et après avoir réglé quelques détails techniques, j’ai commencé mes rondes à l’hôpital.

Peu de temps après, à notre stupéfaction, je suis tombée enceinte sans aucun traitement. J’ai eu en tout 3 enfants : un garçon et des jumelles. Depuis, le temps a passé et ils se sont mariés, mais je continue ce que j’avais commencé il y a plus de 20 ans, en essayant d’apporter avec quelques mots d’encouragement et le contenu de mon chariot de la joie et de l’espoir à ceux qui en ont besoin. »

Cette histoire contient deux enseignements fondamentaux :

Le premier est que D.ieu se conduit avec Ses créatures selon la règle de « Mida Kénéguèd Mida », c’est-à-dire qu’Il se comporte avec nous comme un miroir. Ce principe ne connait pas les limites de la nature, et le miracle de la famille Gabay en est la preuve. Cette femme a entrepris de donner ce qui ne lui était pas demandé, et, en retour, Hachem lui a offert quelque chose qui n’était pas prévu, au-delà de la logique.

Le deuxième point est dans l’approche du Rav Auerbach à la vie : pour lui, l’Eternel ne nous doit rien. D’ailleurs, ces mots prononcés si spontanément reflètent un vécu authentique chez le Rav.

Larmes, protestations et réclamations sur le destin ("J’ai droit à…", "Ce n’est pas comme ça que je voulais !!", etc.) lui étaient complètement étrangers. Il ne connaissait que ses obligations et était rempli de reconnaissance sur tout ce qu’il recevait, il se considérait comblé.

Celui qui vit ainsi son existence ne peut être qu’heureux et son entourage ne peut que l’aimer. D’ailleurs, le mot "juif" en hébreu ("Yéhoudi") est tiré de la racine du mot "Toda", qui remercie et reconnait.

Alvay ‘Alénou (espérons y parvenir !).