Question : “Plusieurs de mes enfants sont encore en attente de leur Zivoug (âme sœur). Ce sont pourtant de bons enfants, avec de belles qualités, mais nous avons tous le sentiment que, du Ciel, tout est bloqué. Les années passent, ils avancent en âge, chacun a l'impression de retarder le mariage de l'autre, et je ne sais plus quoi leur dire…”
Réponse du Rav Boyer :
Dans la Paracha de Ki-Tétsé, il est écrit au sujet de l'interdiction du prêt à intérêt : « Tu n'exigeras pas d'intérêt de ton frère : intérêt sur de l'argent, intérêt sur des denrées, intérêt sur toute chose qui se prête à intérêt. Tu pourras en exiger d'un étranger, mais tu n'en exigeras pas de ton frère, afin que l'Éternel, ton D.ieu, te bénisse dans toutes tes entreprises, sur la terre où tu entres pour en prendre possession. » (Dévarim 23, 20-21)
L'interdiction de prêter avec intérêt (Ribit) est une interdiction d'une extrême gravité. Le Rambam écrit (Lois relatives au prêteur et à l'emprunteur, chapitre 4, Halakha 7) : « Quiconque rédige un contrat comportant un intérêt est considéré comme quelqu'un qui rédige un acte et fait témoigner des témoins qu'il renie le D.ieu d'Israël. De même, tout emprunteur et tout prêteur qui pratiquent un prêt à intérêt entre eux sont considérés comme reniant le D.ieu d'Israël et comme reniant la sortie d'Égypte… »
Nous trouvons également dans les paroles de nos Sages que celui qui prête avec intérêt ne se relèvera pas lors de la résurrection des morts. Il est également rapporté, au sujet des morts ressuscités par le prophète Ye'hezkel, que l'un d'entre eux ne s'est pas relevé parce qu'il prêtait avec intérêt. Nulle part ailleurs nous ne trouvons des propos d'une telle sévérité. Ni concernant le vol ou le brigandage, ni pour d'autres fautes comparables. Nulle part la Torah n'établit un parallèle aussi fort avec le reniement de la Providence divine et du Saint béni soit-Il. Il convient donc de réfléchir à cette question et d'en comprendre la profondeur.
Dans les lois relatives à l'intérêt, la Torah formule un commandement très étonnant. D'un côté, il est écrit : « Tu ne prêteras pas à intérêt à ton frère », mais de l'autre, il est écrit : « Tu pourras prêter à intérêt à l'étranger ». Il y a ici un enseignement tout à fait remarquable. Jusqu'à présent, nous avons appris que tous les interdits de la Torah concernent l'acte lui-même : autrement dit, il s'agit d'actions qui sont intrinsèquement interdites. Par exemple, si le vol est interdit, cela signifie que l'acte de voler est interdit. Il est interdit de voler un Juif comme il est interdit de voler un non-Juif. De même, il est interdit de tuer un Juif comme il est interdit de tuer un non-Juif. Mais pour l'interdiction de l'intérêt, ce n'est pas le cas. La Torah dit explicitement que prendre des intérêts d'un Juif est interdit, tandis qu'à l'égard d'un non-Juif, elle autorise – et même ordonne – de le faire.
Dès lors, y a-t-il un problème dans l'acte même de percevoir un intérêt, ou non ? Comment une telle distinction est-elle possible ? De plus, la Torah ajoute : « Afin que l'Éternel, ton D.ieu, te bénisse dans toutes tes entreprises. » Pourquoi cette promesse de bénédiction n'est-elle pas mentionnée à propos des autres commandements ? Quel est le lien particulier entre cette bénédiction et les lois de l'intérêt ? Pourquoi la Torah insiste-t-elle précisément ici, où il est interdit de prendre des intérêts d'un Juif mais permis d'en prendre d'un non-Juif ? Quel est le sens profond de cette distinction ?
Le Beth Guenazaï explique ici un principe fondamental :
Il existe une notion de prêt ici-bas, et une notion de prêt dans les mondes célestes. Lorsqu'une personne prête de l'argent à son prochain, elle ne le fait généralement pas dans l'intention d'en retirer un bénéfice. Au contraire, elle prend même un certain risque, car il est possible que l'emprunteur ne puisse pas rembourser. Malgré cela, elle accepte de donner de ce qui lui appartient à autrui, avec la confiance qu'en règle générale, celui-ci lui rendra ce qu'il a reçu. Dans notre monde, cette relation est celle du donneur et du receveur : le prêteur est celui qui donne, l'emprunteur est celui qui reçoit.
Or, cette dynamique agit également dans les mondes supérieurs : le Saint béni soit-Il est Celui qui dispense l'abondance, et nous sommes les bénéficiaires. Selon les lois de la Création, chaque fois qu'un homme demande une délivrance à Hachem, il est, en quelque sorte, renvoyé à Roch Hachana. En effet, c'est à Roch Hachana qu'est décrété tout ce qui lui arrivera au cours de l'année, y compris les délivrances qu'il recevra. Même si l'homme a prié et imploré ce jour-là, il existe des calculs célestes qui déterminent ce qu'il recevra et ce qu'il ne pourra pas recevoir.
Il existe cependant une autre possibilité d'obtenir une délivrance : c'est lorsque l'homme vient demander à Hachem un prêt. C'est précisément ce qui s'est produit lors de la sortie d'Égypte. À ce moment-là, le peuple d'Israël ne méritait pas encore d'être délivré. L'accusation céleste était : « Ceux-ci sont idolâtres, et ceux-là sont idolâtres. » Malgré cela, Hachem leur accorda la délivrance sous la forme d'un prêt, comme l'explique Rachi : en anticipation du futur « Na'assé Vénichma' » (« Nous ferons et nous écouterons »). Et, de fait, lorsqu'ils proclamèrent « Na'assé Vénichma' » au mont Sinaï, ils remboursèrent, pour ainsi dire, ce prêt.
Autrement dit, bien souvent, même lorsque nous ne sommes pas réellement dignes d'une délivrance, nous pouvons la demander à Hachem comme on demande un prêt. C'est également le sens des bonnes résolutions que l'on prend sur soi. En quelque sorte, Hachem nous avance dès maintenant ce dont nous avons besoin, en s'appuyant sur l'engagement que nous prenons, lequel nous permettra ensuite de « rembourser » ce prêt. De la même manière qu'une personne contracte un emprunt pour ouvrir une entreprise, en comptant sur les revenus futurs pour le rembourser, ainsi, dans notre relation avec le Ciel, l'homme peut recevoir une aide divine en demandant à Hachem de lui accorder, pour ainsi dire, un prêt.
Voyons maintenant comment ce principe agit et produit son effet dans le monde. Lorsqu'une personne prête à son prochain, elle suscite également, dans les mondes célestes, un « prêt » en sa propre faveur. Elle peut alors s'adresser à Hachem et dire : « Maître du monde, de la même manière que j'ai prêté de l'argent sans rien attendre en retour, uniquement pour faire du bien à mon prochain, fais de même avec moi : accorde-moi, mesure pour mesure, un "prêt" et envoie-moi la délivrance dont j'ai besoin. »
En revanche, si, à D.ieu ne plaise, une personne exige des intérêts de son prochain, cela signifie qu'elle n'est pas prête à prêter gratuitement, mais uniquement en échange d'un bénéfice. Cette attitude produit le même effet dans les mondes supérieurs. Le Saint béni soit-Il est prêt à lui donner, mais il lui faudra, pour ainsi dire, « payer » pour recevoir. Il n'y a plus, pour lui, de prêts gratuits ; il n'y a plus la relation du donneur et du receveur, mais uniquement celle de deux personnes qui cherchent chacune à recevoir. Cette attitude engendre une séparation et suscite des rigueurs célestes, à D.ieu ne plaise.
C'est la raison pour laquelle la sanction liée au prêt à intérêt est si sévère, au point que celui qui le pratique est considéré comme reniant le D.ieu d'Israël. En effet, Hachem désire accorder Son abondance au peuple d'Israël, même lorsqu'il ne la mérite pas pleinement, tandis que celui qui exige des intérêts fait obstacle, en quelque sorte, à cette volonté divine. De même, il renie le principe de la sortie d'Égypte, car toute la délivrance d'Égypte s'est produite sous la forme d'un « prêt » : Hachem fit sortir Israël avant le moment où il en était véritablement digne, en s'appuyant sur ce qu'il accomplirait par la suite. Cela est également lié à la résurrection des morts. Nos Sages enseignent : « Aujourd'hui est le temps d'accomplir les Mitsvot, demain celui d'en recevoir la récompense. » (Erouvin 22a) Toute la notion de récompense et de rétribution fonctionne, selon cette approche, comme un prêt.
Ainsi, lorsque quelqu'un exige des intérêts, il montre, en quelque sorte, qu'il ne croit pas à cette réalité future, ni à la résurrection des morts ni à la vie éternelle. Car, à ses yeux, tout doit être payé immédiatement. Or, qu'est-ce que l'homme pourrait donner à Hachem en échange de la vie éternelle ? En revanche, il est permis — et même prescrit — de prendre des intérêts d'un non-Juif, car cette notion de « prêt » accordé par Hachem n'existe pas de la même manière à son égard. Le non-Juif ne reçoit pas au-delà de ce qui lui a été décrété du Ciel. Le Juif, en revanche, a été créé afin de recevoir l'abondance divine, car Hachem est infiniment bon, et il est dans la nature du Bien de faire le bien.
De tout cela, nous pouvons tirer un enseignement très concret. Lorsqu'une personne a le sentiment que les portes du Ciel lui sont fermées et qu'elle a désespérément besoin d'une délivrance, un conseil consiste à prêter aux autres et à multiplier les actes de bonté.
Nous comprenons également pourquoi, dans certains cas, le prêt peut avoir une portée encore plus grande que la Tsédaka (charité). La Tsédaka est donnée une seule fois, tandis que le prêt, lorsqu'il est remboursé, permet de renouveler ce cycle de générosité et, selon cette idée, de susciter également un « prêt » dans les mondes célestes, ouvrant ainsi la voie à la délivrance.
Mais le mauvais penchant (Yétser Hara') connaît lui aussi l'importance de cette Mitsva et la gravité de l'interdiction du prêt à intérêt, précisément parce qu'elle a un impact spirituel considérable. C'est pourquoi il use de toutes sortes de stratagèmes pour faire trébucher l'homme. Il pousse quelqu'un à prêter de l'argent, puis fait en sorte que les emprunteurs ne remboursent pas. La personne finit alors par se décourager et cesse de prêter. Ainsi, le Yétser Hara' gagne sur deux tableaux : non seulement l'homme n'accomplit plus cette grande bonté envers autrui, mais, selon cette approche, il ne bénéficie plus non plus, du Ciel, de ces « prêts » qui lui auraient apporté des délivrances.
C'est pourquoi l'homme doit faire tout son possible pour continuer à pratiquer la bonté, en prêtant aux autres, qu'il s'agisse d'argent ou d'autres choses. Même si certaines personnes ne rendent pas ce qu'elles ont emprunté, il ne faut pas cesser d'être un donneur. Il peut alors s'adresser à Hachem en disant : « Maître du monde, répands Ton abondance sur nous, même si nous ne le méritons pas pleinement, en t'appuyant sur notre engagement à Te "rembourser", de la même manière que nous faisons confiance aux autres lorsque nous leur prêtons, dans l'espoir qu'ils nous rendront ce que nous leur avons donné. »
Multiplier les actes de bonté peut donc, selon cet enseignement, devenir un mérite supplémentaire pour voir, avec l'aide d'Hachem, une délivrance se manifester…




