C’est un terme que l’on traduit un peu hâtivement par pudeur vestimentaire, en sous-entendant par là que ce ne sont que les femmes ou les jeunes filles qui sont concernées… Pourtant la tsni’out est un thème bien plus vaste et concerne autant les femmes que les hommes. Le prophète Mikha ne nous interpela-t-il pas en ces termes : « … Qu’est-ce qu’Hachem attend de toi…marcher modestement avec Hachem ton D… » (hatsné’a lékhet ‘im Hachem Elokhékha). (Mikha chap.6, verset 8).

L’expression « hatsné’a  lékhét ‘im Hachem Elokhékha » demande à être étudiée. Comme vous l’avez deviné, le verbe « hatsné’a » est de la même famille que le substantif « tsniout ». Marcher modestement avec D… signifie donc se comporter avec pudeur dans nos rapports avec Hachem. Cela peut revêtir plusieurs significations. Selon l’explication la plus courante, cela signifie qu’il ne faut pas étaler sur la place publique notre proximité avec Hachem. Cela peut vouloir dire aussi que même nos comportements cachés doivent être conformes à la volonté d’Hachem.

Selon les enseignements du rav Tsvi Raz, d’Hidabroot, la tsni’out de l’être humain se manifeste dans différents domaines : dans ses actions, dans sa manière d’être, dans sa façon de parler et dans sa manière de se vêtir. Cependant toutes ces manifestations ne sont qu’une représentation extérieure d’une qualité fondamentale dont a été doté l’homme. L’homme qui est doté de cette qualité intrinsèque qu’est la tsni’out, se reconnaît à son comportement plein de grâce et de modestie. De la même façon, l’homme prétentieux et orgueilleux ne pourra cacher ce mauvais trait de caractère qui se révèlera à travers toutes ses actions, ses comportements, ses paroles et son apparence extérieure.

La tsni’out devra imprégner le parcours de la vie de l’homme, sa maison, sa démarche physique, son rapport aux autres. Cette vertu fondamentale incite l’homme à intérioriser ses actions et non pas à agir comme ces gens dont toutes les actions visent à attirer l’attention du public. Ceci est d’autant plus vrai dans le domaine du sacré, où les mitsvot et les bonnes actions de l’homme doivent être réalisées sans arrière-pensée et sans désir de récolter des honneurs (lichma). Si ces actions sont réalisées « pour la galerie », elles peuvent venir à en perdre toute valeur.

C’est pourquoi, il est toujours préférable de donner la tsédaka de manière discrète plutôt qu’aux yeux de tous. De la même manière le fait de s’appliquer extrêmement dans les mitsvot concernant notre rapport à D… (comme par exemple le Chabbat ou la cacheroute) n’a de valeur que dans la mesure où les motifs de ce comportement sont purs et dénués de recherche des honneurs.
 

La tsni’out dans le langage

La tsni’out doit s’exprimer également dans le langage. A l’inverse, le manque de pudeur dans le langage peut s’exprimer par des propos grossiers et dénués de toute morale. Le fait de crier ou bien de parler de manière prétentieuse s’oppose à la tsni’out. La tsni’out du langage s’exprime aussi par la qualité des propos tenus, ainsi que l’ont exprimé nos Sages : « Les justes disent peu et font beaucoup. Les impies promettent beaucoup et finalement n’accomplissent rien de leurs promesses. » Nous avons un exemple flagrant de cet enseignement en la personne d’Avraham avinou. Lorsqu’Avraham reçut ses invités, il leur dit : « Prenez un peu d’eau… Quant à moi, je vais vous amener un peu de pain et vous vous rassasierez. » (Béréchit 18,4). Finalement, Avraham avinou gâta ses invités bien au-delà de ce qu’il leur avait promis : il leur offrit un jeune veau tendre et encore bien des mets délicieux.
 

Les ressorts internes

Nos Sages nous ont enseigné un grand principe : les actions de l’homme sont engendrées par des motivations enfouies au plus profond de lui. La tsni’out dans le comportement est l’expression extérieure de qualités inhérentes à l’âme de l’homme tsanoua’ (qui fait preuve de tsni’out). Un approfondissement des choses nous enseigne que la raison principale de la volonté de se mettre en avant est le fait de voir sa personne au centre de tout ; en d’autres termes, l’orgueil. Ce trait de caractère est à l’origine d’autres traits de caractère, à savoir la jalousie, les désirs et la recherche des honneurs ; plus particulièrement, il est directement à l’origine de la volonté de se mettre en avant.

A l’inverse, celui qui est éloigné de l’orgueil, aspirera toujours à la tsni’out. L’homme qui est conscient de son peu de valeur face à la grandeur divine, ne cherchera jamais à se mettre en avant. La conscience de la grandeur divine empêche l’homme de surévaluer sa personne ou ses actions. Il en arrive au point où la tsni’out fait partie intégrante de son être. Davantage encore que cela, la prise de conscience de la centralité d’Hachem éveille chez l’homme des pensées concernant ses devoirs dans le monde. L’homme qui n’est pas égoïste ne revendique pas ses droits mais cherche plutôt à accomplir ses devoirs comme quelque chose qui va de soi. Nos Sages ont dit : « Ne t’enorgueillis pas de tes bonnes actions, car c’est pour cela que tu as été créé. »  Les bonnes actions de l’homme ne représentent qu’un devoir élémentaire qui justifie la création de l’homme. La prise de conscience de cette réalité va engendrer la tsni’out intérieure et la capacité à intérioriser ses actions.

Plus un homme saura agir de façon conforme à la tsni’out, plus il intériorisera cette qualité selon le principe que nous enseignent nos Sages, à savoir : « Les actions que l’on réalise influent sur notre intériorité ». De la sorte, il réussira à s’élever au-dessus de son égoïsme naturel. Or, le fait de s’affranchir de son égoïsme constitue la base de l’accomplissement de la Torah. Par conséquent, il n’y a rien d’étonnant au fait que le prophète Mikha définisse l’exigence de la tsni’out comme un principe fondamental de la Torah, puisqu’elle est à la base de toutes les bonnes midot (traits de caractère).
 

Une tenue vestimentaire conforme à la tsni’out

De la même façon que l’homme est tenu d’agir de manière discrète, il est également tenu de se vêtir de manière discrète. L’exigence de tsni’out est incompatible avec le fait de se vêtir de manière criarde et qui attire l’attention. En outre, le vêtement a une fonction supplémentaire dans le cadre de la tsni’out qui consiste à couvrir le corps et à empêcher son dévoilement. La Torah qui demande à l’homme d’intérioriser sa personnalité et de ne pas étaler ses actions, exige également de lui avec force de dissimuler les membres de son corps. De cette exigence proviennent les lois qui interdisent le dévoilement du corps et toutes les mitsvot concernant l’interdiction d’exposer son corps.

Il se trouve que dans la tenue vestimentaire de l’homme vont s’exprimer deux paramètres : la tsni’out au sens du refus du dévoilement corporel, et la tsni’out intérieure comme expression de l’humilité de l’homme. Le connaisseur du Tanakh (Canon biblique juif) est parfaitement conscient de la grande sévérité avec laquelle est traité tout dévoilement non nécessaire du corps. Le verset dit : « Car Hachem ton D. est présent au sein de ton camp, pour te sauver et te livrer tes ennemis. Et ton camp sera saint ; il n’y aura pas chez toi de dévoilement impudique. Si c’était le cas Hachem se retirerait [de ton camp] » (Devarim 23,15)

La présence même d’Hachem impose l’obligation de tsni’out. Les comportements non conformes à la tsni’out éloignent Hachem de son peuple et peuvent causer un retrait de la protection divine, à D. ne plaise.
 

L’origine du vêtement

Pourquoi avons-nous l’obligation de couvrir notre corps ? Lorsqu’Adam harichone a été créé, il se déplaçait sans vêtement. Ce n’est qu’après avoir commis le péché originel, que le vêtement est devenu partie intégrante du patrimoine humain. Il est dit dans le texte de la Torah : « Ils étaient tous deux entièrement dévêtus, Adam et son épouse et n’en éprouvaient point de honte » (Béréchit 2,25). Le Sforno explique qu’avant la faute, toutes leurs actions et tous les membres de leur corps étaient au service exclusif de D. et ne visaient nullement l’obtention d’un plaisir quelconque. De la sorte, lorsqu’ils se livraient à une relation intime, elle avait à leurs yeux le même caractère que le fait de s’alimenter ou de boire. En conséquence de quoi, les organes de la reproduction étaient à leurs yeux de la même nature que la bouche, le visage ou les mains. Ce n’est qu’après la faute qu’il est dit : « Les yeux de l’homme et la femme furent dessillés et ils surent qu’ils étaient dévêtus » (Béréchit 3,7). Le Sforno explique : « Ils surent qu’il était souhaitable de recouvrir l’endroit de la nudité, puisque désormais cet organe serait essentiellement consacré à la recherche du plaisir »

Cela signifie que le vêtement recouvre le corps de l’homme, dans la mesure où le corps constitue une source d’égarements pour l’homme. Le rôle du vêtement est de nous faire prendre conscience de la supériorité de l’âme sur le corps ; car autant l’âme est d’essence divine, autant le corps est issu de la matière, sujet aux pulsions et objet des désirs. Dans le combat voilé qui oppose le corps et l’âme, le vêtement met en valeur le fait que ce qui constitue l’essence de l’homme est son âme, alors que le corps est subalterne par rapport à l’âme et qu’il importe donc de ce fait de le cacher.

Le fait qu’Adam et ‘Hava ne ressentaient pas le besoin de se vêtir avant de fauter provient du fait qu’à cette période, ils ne s’identifiaient pas du tout à leur corps mais bien à leur âme. C’est pourquoi leur corps lui-même servait à dissimuler leur âme. Ce n’est qu’après avoir fauté, qu’ils furent sujets à une chute spirituelle qui les livra au pouvoir du yetser hara et de la matière. Ainsi dans la mesure où Adam harichone a ressenti une certaine identification avec son corps, il ressentit une honte justifiée d’être sans vêtement devant son Créateur.

En effet, la tsni’out ne représente pas seulement la nécessité de recouvrir les parties intimes du corps qui sont susceptibles de fauter. Nous en avons la preuve par le fait que même les anges qui n’ont aucune inclination à la faute éprouvent le besoin de se couvrir devant leur Créateur, comme il est dit dans Yécha’yahou 6,2 : « Six ailes pour chacun d’entre eux… Deux ailes pour se recouvrir le visage, deux ailes pour se recouvrir les pieds et deux ailes pour voler »  Rachi sur place explique : « deux ailes pour se recouvrir les pieds » « par tsni’out, afin que tout son corps ne soit pas exposé devant le Créateur. »  La dissimulation du corps est un comportement instinctif dès lors qu’on a le sentiment d’être devant un supérieur.
 

Un signe de différenciation très clair entre l’homme et la bête

Depuis la création du premier vêtement, ce dernier est devenu le signe distinctif de l’homme qui le différencie très nettement de l’animal. Tous les animaux sans exception se promènent sans habits, alors qu’il n’existe pratiquement pas de société humaine qui prône le nudisme. Il ressort de là que le vêtement constitue un signe extérieur visible de la supériorité de l’homme sur la bête. Rabbi Yo’hanan, un des Sages du Talmud, avait l’habitude d’appeler ses vêtements « mékhabdotaï », ce qu’on peut traduire par « ceux qui me font honneur ». En effet, à travers le vêtement est mise en exergue la respectabilité de l’homme, au sens où cela lui permet de prendre conscience de son caractère humain et des devoirs moraux impératifs qui en découlent.
 

La tsni’out des femmes

L’obligation de la tsni’out qui concerne, comme on l’a bien vu, l’ensemble du genre humain, concerne encore bien davantage les femmes. La tsni’out constitue un composant si essentiel dans la personnalité de la femme, que le Créateur du monde a trouvé nécessaire d’imprimer ce caractère en la femme dès sa création, au point qu’elle devienne dès l’origine partie intégrante de sa personnalité.

 En effet, le verset dit : « Hachem Elokim façonna la côte qu’il avait prise d’Adam [et en fit] une femme » (Béréchit 2,22). Le Midrach éclaire ce verset de la manière suivante : « Hachem s’est interrogé sur le meilleur endroit de l’homme à partir duquel il pourrait créer la femme. Il ne souhaita pas la créer à partir de la tête, afin qu’elle ne soit point légère ; pas davantage à partir de l’œil, afin qu’elle ne soit pas curieuse ; pas plus qu’à partir de l’oreille, afin qu’elle ne tende pas l’oreille de manière inopportune (en d’autres termes, qu’elle ne cherche pas à écouter ce qu’elle ne doit pas entendre) ; pas davantage enfin à partir de la bouche afin qu’elle ne soit pas bavarde. Finalement, Hachem créa la femme à partir d’un endroit discret chez l’homme ; et pour chaque membre qu’Il créait, Il lui disait : sois discrète. » (Yalkout Chim’oni sur Béréchit chap.24)

Ce Midrach demande à être compris. Si l’exigence de tsni’out concerne au plus haut point la femme, c’est qu’il doit y avoir des raisons structurelles à cela. En effet, Hachem a doté la femme d’un pouvoir d’attraction particulièrement élevé, ainsi que d’une grande capacité à diffuser de la chaleur et de l’amour. Or, ces capacités exceptionnelles qui lui ont été conférées par le Créateur dans Son infinie sagesse, demandent à être orientées dans le bon sens. Bien évidemment, le lieu privilégié où peuvent et doivent s’exprimer ces qualités, n’est rien d’autre que le cadre familial. C’est là qu’intervient le célèbre verset des Téhilim 45,14 : « kol kvouda bat mélekh penima », qu’on peut traduire par : « Tout l’honneur d’une fille de roi est de résider à l’intérieur (de son palais) ». Ce verset doit être apprécié à sa juste mesure. Il ne s’agit pas ici d’une mesure de restriction à l’encontre de la femme, mais bien d’une révélation de la plus haute importance quant au rôle que la femme est amenée à jouer. La femme est comparée ici à une fille de roi, et c’est bien ainsi que la Torah considère la femme juive. On est bien loin d’une vision discriminatoire de la femme. Hachem a conféré à la femme un rôle de premier plan : celui de bâtir la cellule familiale. Et pour ce faire, elle a reçu  les aptitudes nécessaires ainsi qu’en témoigne Chlomo hamélekh dans Michlé 14,1 : « ‘Hokhmot nachim baneta beita » ; ce que l’on peut rendre par : « la sagesse de la femme construit sa maison ».

Lorsque la femme oriente ses capacités vers l’intérieur, c'est-à-dire qu’elle utilise son pouvoir d’attraction pour conserver l’amour de son mari et susciter l’amour de ses enfants, et qu’elle diffuse d’autre part son amour et sa chaleur à l’intérieur de son foyer, elle réussit cette chose extraordinaire qui est celle de bâtir une famille heureuse, unie et équilibrée. De ce fait, elle sera honorée par ses proches, au premier rang desquels son mari et ses enfants, ainsi que par la société environnante. Ceci constitue un conseil précieux pour la femme : la recherche des honneurs à l’extérieur de son foyer risque de constituer pour elle une expérience amère et décevante.

Ainsi Hachem a confié à la femme un rôle de premier plan dans la structuration du peuple juif sur le plan familial, mais plus encore il en a fait le vecteur privilégié de la résidence de la Chekhina sur terre. En effet, nos Sages ont dit : « Lorsque la femme se comporte avec pudeur à la maison, de la même façon que l’autel (dans le Beth hamikdach) permettait d’obtenir l’expiation des fautes, ainsi elle permet d’obtenir l’expiation des fautes ». Dès lors, dans ce cadre là, la force d’attraction que possède la femme est utilisée de manière conforme au plan divin, en devenant la pierre d’achoppement de l’édifice familial. Cependant, il est bien évident que cette force d’attraction peut être source de provocations et d’excitations destructrices et c’est pour cela que la femme est soumise à l’obligation de pudeur plus encore que l’homme, que ce soit du point de vue des relations humaines ou bien par rapport à la pudeur vestimentaire.

En conclusion, nous pouvons dire que l’exigence de tsni’out qui incombe à la femme, bien loin de constituer pour elle un fardeau trop lourd à porter, est au contraire le vecteur et le tremplin de son accomplissement sur terre. Dotée de capacités uniques par le Créateur, à la fois force d’attraction et potentiel d’amour sans limites, elle est l’artisan de la réussite du peuple juif en ce bas-monde, en bâtissant à force de dévouement un foyer et une maison juive, réceptacle ultime de la Présence divine, comme il est dit : « Vé’assou li mikdach véchakhaneti bétokham », ce qui signifie : « Ils me feront un Sanctuaire et Je résiderai parmi EUX » (Chemot 25,8)