Passée la trentaine, tu te rapproches des 40 ans... Bien sûr, le rêve d'être mariée avant 30 ans et d'avoir des enfants est parti dans un nuage de fumée lointain. Comment on se sent à chaque anniversaire qui arrive, et qu'on est toujours dans la case des célibataires ? Laissez-moi vous donner le contexte. J'ai longtemps regardé mes amies et membres de ma famille, leur femme, leur mari, avancer dans le chapitre suivant de la vie : le mariage, la ‘Hanoukat Habayit, les Brit-Milot, les nominations, les Bar-Mitsvot etc. et j'en passe. Et j'étais vraiment contente pour eux, mais en même temps il y a une douleur au cœur, c'est dur de mettre des mots dessus. Car en fait il n'y en a pas... il faut le vivre pour le comprendre…

Tu rentres d'un mariage d'une amie. Tu es contente pour elle, mais tu verses des larmes en pensant : « Est-ce qu'un jour ça m'arrivera ? ». Les réseaux sociaux montrent rarement tout ce qui s'est passé, la partie « AVANT que je rencontre la bonne personne... » les pleurs sans fin... les énormes doutes... les longues prières chez soi, et aussi dans des endroits bien loin, la Hongrie par exemple, l'Ukraine ou l'Allemagne. Quand tout ce qu'on voit, ce sont les meilleurs moments des autres, il est facile de se sentir comme la seule laissée pour compte.

Alors voici ce que j'aurais aimé qu'on me dise… 

Arrête de laisser les gens essayer de te « réparer »…

Quand tu es célibataire, les gens qui t'aiment veulent naturellement t'aider, ce qui se transforme parfois en une liste de tout ce que tu devrais changer. Tu es trop religieuse. Tu n'es pas assez religieuse. Tu es trop bruyante. Tu es trop discrète. Tu en fais trop d'un côté. Pas assez de l'autre. Finalement, tu commences à te demander si tu dois changer qui tu es pour que quelqu'un te choisisse. Eh oui, on a TOUS des choses à travailler sur nous-mêmes. J'ai travaillé avec des thérapeutes, des coachs de vie et des coachs en rencontres, parce qu'il y a une vraie valeur à apprendre, désapprendre, et avoir un regard extérieur d'expert sur ce qui pourrait te freiner.

Mais grandir en tant que personne est très différent de changer qui tu es fondamentalement. Ton physique. Tes particularités. Ton caractère. Tes passions. C’est ce que tu es censée être, exprès, pour une raison. Et si D.ieu t'a créée exactement comme tu es, exprès… pourquoi croirais-tu qu'Il n'a pas aussi créé quelqu'un capable de te correspondre telle que tu es ?

Le calendrier du mariage est un mensonge…

La société nous conditionne à penser que la vie doit se dérouler dans un ordre précis, à un âge précis. Donc quand on est célibataire au-delà de l'âge qu'on avait prévu, on a l'impression d'échouer. Mais que veut vraiment dire « en retard » quand aucune vie ne se ressemble ? Certains se marient jeunes. D'autres plus tard. Certains ont des enfants tout de suite. D'autres non. Je sais à quel point il est difficile de ne pas comparer. Mais nos âmes ont travaillé avec D.ieu pour créer nos propres parcours uniques avant même de venir sur terre. Donc quand on compare, on compare deux plans complètement différents, conçus avec D.ieu, et on perdra toujours à ce jeu-là. Rappelle-toi : leur timing n'a littéralement rien à voir avec le tien. 

L'attente n'est pas une punition… 

C'est sans doute le plus dur à croire quand on le vit réellement. Parce qu'attendre quelque chose qu'on désire énormément, sans savoir quand ni même si ça va arriver, peut être incroyablement douloureux. Il y a eu tellement de moments où j'ai pensé : Pourquoi dois-je continuer à attendre ? N'ai-je pas assez essayé ? Que suis-je censée faire de plus ?

Mais ce n'est qu'en regardant en arrière que tu réaliseras que chaque détail devait arriver exactement dans cet ordre pour te mener à ta personne. Les leçons. Les chagrins d'amour. Des fiançailles brisées. Les moments incroyables qui n'avaient rien à voir avec les rencontres amoureuses. Tout cela fait partie d'un plan divin plus grand que ce qu'on peut comprendre.

Plus d'efforts ne forceront pas le timing…

Applis de rencontre. Événements pour célibataires. Marieurs (Chadkhanim). Présentations arrangées. Il y a tellement de façons de rencontrer quelqu'un aujourd'hui, ce qui nous donne l'impression que si on en fait plus, on peut accélérer les choses. Investis-toi, mais rappelle-toi que l'effort n'équivaut pas au contrôle. Quand D.ieu décide que c'est le moment pour deux personnes de se trouver, Il fera absolument tout pour que ça arrive.

Fais confiance à D.ieu…

Comprendre cela m'a libérée de croire que chaque jour où j'étais encore célibataire signifiait que je n'en faisais pas assez. Donc si tu es célibataire, je ne vais pas prétendre que l'attente ne fait pas mal. Mais je peux te dire ce que j'avais désespérément besoin d'entendre : ne pas savoir comment quelque chose va arriver ne veut pas dire que ça n'arrivera pas.

Fais ta part. Fais confiance à D.ieu. Et essaie de profiter de ta vie pendant l'attente. Profiter, c'est-à-dire ? Ne mets pas ta vie « en pause » en attendant le mariage. Vis pleinement les années de célibat plutôt que de les subir comme une salle d'attente. Prends du plaisir dans ce que tu fais déjà : amitiés, voyages, projets, spiritualité, travail, sans tout conditionner à « quand je serai mariée ». Car qui sait, quand tu seras mariée, tu n'auras peut-être plus le temps de faire tout ça…

Ta valeur ne dépend pas de ton statut marital…

Last but not least. Il faut le dire clairement, sans détour : ta valeur en tant que personne n'est en rien diminuée par le fait que tu ne sois pas encore mariée. Dans une communauté où le mariage est tellement mis en avant, il est facile – sans que personne ne le veuille vraiment – de glisser vers une idée fausse : que la personne mariée « a réussi » et que le célibataire est « en retard », voire « en manque » de quelque chose d'essentiel. Cette équation est trompeuse et dangereuse.

Ta valeur ne vient pas d'une bague, d'une date sous une 'Houppa, ou d'un statut social. Elle vient de qui tu es : ton âme, tes actes, ta bonté, ton service de D.ieu, ta manière d'aimer et de donner autour de toi, dès aujourd'hui, dans ta situation actuelle. Une personne mariée n'a pas plus de valeur intrinsèque qu'une personne célibataire ; elle est simplement à un autre point de son chemin.

Alors oui, c'est vrai mais être maman ? Et le bonheur d'avoir des enfants ?

Ce désir est réel, il est même sacré , la maternité et la paternité occupent une place immense dans la vie juive, et vouloir cela de tout son cœur n'est ni excessif ni un manque de foi. Avoir ce désir intense ne veut pas dire qu'on vaut moins tant qu'il n'est pas réalisé. On peut porter en soi un manque réel, une douleur sincère face à ce qui n'est pas encore arrivé, et rester, en même temps, une personne pleinement digne, pleinement précieuse pour Hachem, dès maintenant. Ce n'est pas l'un ou l'autre : c'est tenir les deux vérités ensemble.

Il est important aussi de ne pas transformer ce désir en obsession qui grignote tout le reste de la vie, ni de le minimiser comme si « vouloir des enfants » était une faiblesse à dépasser. C'est un espoir légitime à porter avec espérance, sans qu'il devienne la seule mesure de la réussite ou du bonheur possible aujourd'hui. Se répéter ces vérités, même quand elles sont difficiles à ressentir face à la pression sociale ou familiale, est un acte de force spirituelle. Ce n'est pas se mentir à soi-même, c'est se rappeler une réalité que la douleur de l'attente peut parfois faire oublier.

Un exemple vivant d'Émouna…

Et sincèrement, je pense que Hachem aime tellement nos prières, car on se repose totalement sur Lui. Nous sommes un exemple d'Émouna, car on avance Bésim’ha (dans la joie) sans savoir ni quand ni comment ça arrivera.

Il y a quelque chose de profondément précieux, aux yeux de Hachem, dans les prières du célibataire. Ce sont des prières qui montent d'un cœur qui n'a rien à négocier, rien à calculer, seulement à se reposer totalement sur Lui. Quand on ne sait ni quand, ni comment, ni par quel chemin nous allons passer sous la ‘Houppa, et qu'on continue malgré tout à prier, à espérer, à avancer, c'est une Émouna à l'état pur.

Chaque jour vécu dans l'incertitude, avec confiance et dans la joie, est en réalité un témoignage vivant. Ce n'est pas rien de dire à Hachem, encore et encore, sans garantie ni échéance : « Je Te fais confiance. » C'est une forme de service de D.ieu à part entière, peut-être l'une des plus pures, car elle n'est pas motivée par ce qu'on a déjà reçu, mais par ce qu'on attend encore. Le célibataire qui avance ainsi, pas dans l'amertume, mais dans l'espérance ; pas dans la résignation, mais dans une joie réelle malgré la douleur devient, sans le savoir, un modèle pour son entourage. Il incarne ce que signifie vraiment faire confiance à D.ieu quand on n'a aucune visibilité sur la suite. Ces âmes-là sont précieuses aux yeux d’Hachem, précisément parce que leur foi ne s'appuie sur rien de visible…

Puisse Hachem accorder très bientôt à toutes les célibataires de rencontrer leur moitié et de construire un foyer rempli d’amour, de joie et de bénédictions. Amen !

Témoignage de Eva Sasson