Cette semaine, j’ai passé une soirée avec les rescapés du vol Flydubaï. Je les ai interrogés un par un.
(Il faut se rappeler la folie de cette histoire. À quelques dizaines de minutes de Tel-Aviv, le copilote poignarde le commandant de bord et tente apparemment de précipiter l’appareil vers Israël. L’avion pique brutalement. Près de 14 000 pieds, soit plus de 4 000 mètres, perdus en moins de 30 secondes. Les masques à oxygène tombent. Dans le cockpit, du sang. Dans la cabine, des cris. Et 174 passagers comprennent qu’ils vont mourir. Puis des passagers interviennent, l’agresseur est neutralisé et l’avion se redresse. Tout le monde sort vivant.)
Je voulais savoir à quoi pense un homme lorsqu’il comprend qu’il n’a plus aucun contrôle. L’idée était simple : essayer d’apprendre de leur épreuve sans avoir à la traverser nous-mêmes.
La personne que j’interviewe ici s’appelle Oudi Soussan. Il habite Kiryat Chmona et voyageait avec 7 membres de sa famille.
Voici ce qu’il m’a raconté :
Lorsque l’avion a plongé, il a rassuré ses enfants en leur mentant. Puis il s’est tourné vers sa femme :
« Je leur mens. Tu sais que nous allons mourir. »
Elle lui a répondu : « Oui. Je sais. »
Tous les deux ont récité la prière du Chéma' Israël à pleine voix. Puis Oudi a parlé à Hachem directement.
Oudi n’est ni un Rav ni un homme connu. C’est un homme simple, avec un métier simple : maître-nageur à Kiryat Chmona.
Mais sa responsabilité est immense. Plusieurs de ses propres enfants ont des besoins particuliers : autisme, trisomie 21, paralysie cérébrale. C’est d’eux qu’il parlait dans l’avion.
Un homme discret, profondément responsable, avec de très hautes valeurs. Face à la mort, il n’a pas demandé à vivre pour profiter davantage. Il a demandé à vivre parce que ses enfants avaient encore besoin de lui.
Il a dit à Hachem : « Ces enfants ont besoin de moi. Si Tu veux que je continue à accomplir ce ‘Hessed, relève cet avion. Sauve-moi avec ma famille. »
Et l’avion s’est redressé.
Oudi n’a pas attendu de rentrer chez lui pour parler de miracle. Il n’a pas invoqué la chance, les statistiques ou une heureuse coïncidence. Dans l’avion même, il a immédiatement relié leur sauvetage à Hachem. Sans hésitation. Sans aucun doute.
Une Émouna simple, directe et extrêmement puissante.
Il ne prétend pas que sa prière a sauvé les passagers. Mais il est convaincu que, sans la main d’Hachem, cet avion ne serait jamais remonté.
Puis il m’a raconté un détail fort de sa vie :
Il ne porte pas de Kippa. Pas de Tsitsit visibles. Aucun élément permettant de le classer comme « religieux ».
En France, un homme sans Kippa ni Tsitsit visibles est généralement peu pratiquant. En Israël, impossible de se fier aux apparences.
Entendez : Oudi prie au lever du soleil, chaque jour depuis 7 ans. Il n'a jamais manqué une prière ! Même beaucoup d’hommes très religieux n’y parviennent pas.
Le lendemain du sauvetage, après une nuit traumatisante pareille, il s’est encore levé pour prier au Nets.
Et chaque matin, avant cette prière, il assiste à un cours de Torah à 4h15. Il étudie le ‘Hovot Halévavot, l’un des grands ouvrages consacrés au service du cœur et à la confiance en Hachem.
Je ne savais plus qui interviewait qui.
Il répétait : « Nous sommes un miracle. Hachem nous a laissés ici parce que nous avons encore quelque chose à accomplir. La vie nous a été offerte une nouvelle fois. »
La Kippa, les Tsitsit et les Mitsvot restent évidemment essentiels. Mais l’habit ne révèle pas toujours toute l’âme d’un Juif.
Parfois, cette âme reste cachée derrière une apparence éloignée de la religion. Puis arrive un moment de vérité. Tout ce qui est extérieur tombe, et l’âme juive surgit avec une force incroyable.
Chez Oudi, elle a immédiatement crié : « Chéma' Israël. »
Ne jamais mesurer l’âme d’un Juif à ses vêtements.
Ce soir là, je pensais venir interroger et renforcer des rescapés. C’est eux qui m’ont troublé...




