Une discussion entre amies au parc. L’une se plaint de sa belle-mère qui s’invite, une fois de plus, pour Chabbath sans prévenir. La deuxième compatit et en profite pour raconter que la sienne « pourrait quand même l’aider davantage avec les enfants ». La troisième soupire : ils vont encore devoir prendre en charge une nouvelle dépense pour sa belle-mère. Ce genre de conversation n’a rien d’exceptionnel. Pourtant, ces derniers temps, on assiste à une forme de banalisation de la critique des beaux-parents. Ce qui commence comme un simple partage entre amies se transforme parfois en une succession de reproches et de griefs. Mais peut-on vraiment tout dire sous prétexte de se « soulager » ? Jusqu’où l’expression de son ressenti est-elle légitime et à partir de quel moment risque-t-elle de porter atteinte au respect dû à ceux qui ont donné la vie à notre conjoint ?
Quand on était ado, critiquer ses parents avec un « Oh, ils me saoulent trop ! » permettait de se donner un style cool. Pourtant, on sait bien que le respect des parents figure dans les Dix Commandements. Mais bon, l’immaturité de l’adolescence permet sans doute de justifier ce genre de commentaires… Seulement voilà : une fois adultes, nous pouvons continuer dans ce travers. À vouloir attirer l’attention sur nous, obtenir de la compassion ou simplement faire comme tout le monde en cassant du sucre sur notre belle-mère.
Le problème, c’est qu’à force de répéter les mêmes critiques, elles finissent par produire un effet bien réel sur notre façon de regarder l’autre. À force de critiquer sa belle-mère — et d’ailleurs à force de critiquer tout court — au-delà du problème évident de Lachon Hara’ déjà grave en lui-même (car vous n’allez pas me faire croire que chacune de vos critiques est 100 % constructive…), on finit par s’habituer à la voir sous un jour négatif. Et dès lors, tout ce qu’elle fait est interprété à travers ce filtre. Chaque remarque, chaque attitude, chaque action devient une preuve supplémentaire à charge. Vous construisez peu à peu un dossier contre elle et, ce faisant, vous entretenez vous-même la mauvaise relation. Attention, danger ! Selon la Torah, une femme mariée a l’obligation du respect de ses beaux-parents. Alors oubliez cette mode qui consiste à critiquer sa belle-mère : elle vous fait directement basculer dans une faute.
Ensuite, au-delà de l’aspect de la loi, il y a l’aspect moral. Critiquer sa belle-mère, c’est ne pas essayer de la comprendre. N’oublions pas que nous avons également la Mitsva de juger favorablement les autres. Essayez donc de vous mettre à la place de celle qui a élevé votre conjoint jusqu’à son mariage. Les nuits blanches, les larmes versées, les Téhilim récités, les rendez-vous chez le médecin… elle a tout donné pour vous livrer un « produit fini » ! Comprenez son attachement à son cher rejeton, même après vingt ans de mariage… Il existe un véritable devoir de reconnaissance envers une belle-mère.
Je vois déjà venir la phrase très à la mode : « Elle est envahissante », « Elle est toxique »… Certes, ce problème ne doit pas être minimisé. Mais comme pour tout dans la vie, vous avez un choix : prendre de la hauteur lorsque l’envahissement reste supportable. Ne faites pas une fixation chaque fois qu’elle débarque à l’improviste ou qu’elle commente tout ce que vous faites. Certaines choses doivent simplement vous passer au-dessus de la tête. C’est difficile mais c’est faisable.
Prenons un exemple. Un jour, à table, la belle-mère d’une amie lui a lancé devant tout le monde, façon Top Chef, après avoir goûté son plat : « Mmmm… mais ce n’est pas vraiment la recette de la loubia, ça ! » Mon amie était face à un choix. Soit mal le prendre — avec toutes les dérives que cela implique : lui en vouloir, la remettre à sa place devant tout le monde (grave, grave, grave !), ou la démonter devant ses copines. Soit choisir de prendre de la hauteur en se disant que cette phrase avait sans doute été lancée spontanément, sans mauvaise arrière-pensée, et que, somme toute, c’était peut-être sa manière d’exister. Dans sa grande sagesse, mon amie a préféré sourire et répondre avec humour : « Oui, j’ai un peu revisité votre recette… » Et tout le monde est passé à autre chose.
Bien sûr, il existe des cas extrêmes, où la belle-mère met son grain de sel dans absolument tout ou adopte des attitudes récurrentes qui vous font réellement de la peine. À vous alors d’agir avec sagesse… sans jamais entrer dans un conflit direct. Vous pouvez notamment envoyer votre mari plutôt que d’être en première ligne. Après tout, il est souvent plus simple pour un fils d’aborder certains sujets avec sa mère que pour une belle-fille.
Prenons un exemple. Votre belle-mère ne vous reçoit jamais pour Chabbath, ou alors une fois par an, alors que tous les autres enfants sont invités presque chaque semaine. Vous avez essayé de la juger favorablement : peut-être que les autres enfants s’imposent davantage, peut-être qu’elle pense que vous n’aimez pas venir, ou peut-être existe-t-il une autre explication qui vous échappe. Malgré tout, vous gardez cela sur le cœur et cette situation vous pèse. Dans ce cas, envoyez votre mari, avec toute sa diplomatie, éclaircir la situation. Cela ne sert à rien que vous soyez en première ligne d’un conflit qui peut souvent être résolu avec douceur entre une mère et son fils.
Commencez ainsi à regarder votre belle-maman de manière plus positive, à être moins pointilleuse, à lui accorder le bénéfice du doute... quelque chose pourra alors changer. Vous pourrez commencer à apprendre d’elle, à apprécier ses qualités, à réaliser le cadeau qu’elle représente pour votre mari, pour vos enfants et pour votre famille. Et il est fort possible que cette nouvelle façon de la regarder transforme, petit à petit, toute la relation !




