Le mois de Av est marqué par la destruction du Beth Hamikdach. Nous savons que le 1er Beth Hamikdach fut détruit à cause des 3 fautes capitales (le meurtre, la débauche et l’idolâtrie), tandis que le 2ème Beth Hamikdach fut réduit en cendres à cause de la haine gratuite. Et tant que cette faille ne sera pas comblée, le 3ème Beth Hamikdach ne pourra pas être rétabli. Or, l’antidote de la haine gratuite est précisément l’amour gratuit et c’est sur cette vertu que nous nous focaliserons dans cet article, en particulier dans le cadre du foyer conjugal (qui, soit dit en passant, est un mini-sanctuaire) que nous sommes tenues de bâtir et de consolider chaque jour.
Le couple : le premier lieu de Ahavat 'Hinam
Qu’est-ce que l’amour gratuit et comment travailler sur cette qualité ?
Aimer l’autre, c’est se sentir proche de lui, se connecter à lui. Comment comprendre que la Torah nous ordonne d’aimer notre prochain comme nous-mêmes ? Est-il possible de contrôler et de gérer ses sentiments ? Est-il possible d’aimer une tierce personne comme on s’aime, au même niveau ?! Comment aimer autrui ?
Pour commencer, notons que le verset nous enjoint : « Aime ton prochain comme toi-même ». Parce que pour aimer l’autre, il faut commencer par s’aimer soi-même. Il est impossible d’apprécier quelqu’un si l’on ne se valorise pas soi-même, si l’on manque d’estime personnelle. Ensuite, une fois que l’on aura appris à s’aimer (avec nos qualités et nos défauts), on pourra travailler sur l’amour porté à autrui.
La Torah ne nous ordonne pas de faire des choses qui sont hors de notre portée. Il est donc clair que l’amour n’est pas qu’un élan naturel. Aimer s’apprend. Et lorsque la Torah enjoint d’aimer son prochain, elle inclut sans nul doute notre voisin le plus proche, notre époux. Il ne s’agit évidemment pas de mime ni de mascarade, mais bien d’un amour sincère et vrai. Répétons-le, aimer s’apprend !
L'amour ne se trouve pas, il se construit
Rav Dessler enseigne que pour aimer, il faut donner. Contrairement à ce que la société environnante transmet comme message – à savoir que l’on aime en retour de ce que l’on reçoit de la part de l’autre – c’est le don qui mène à l’amour.
En effet, quand on donne de soi à autrui, on finit par voir en lui une partie de soi-même. Ainsi, une fois que nous aurons appris à nous aimer, nous aimerons l’autre qui a une partie de nous en lui. Ce n’est qu’une fois que l’on aura donné de soi – de son temps, de son énergie, de son argent ou autre – que l’on pourra affirmer aimer l’autre réellement.
Ce principe se vérifie dans toutes les relations interpersonnelles, mais tout particulièrement dans notre relation de couple. Investissons nos efforts, notre temps, notre énergie, nos pensées, etc. à satisfaire les besoins et les désirs de notre conjoint et les résultats ne tarderont pas à se faire sentir, avec l’aide de Hachem.
L'impact du regard positif
Apprendre à se focaliser sur le bien nous aidera aussi à atteindre ce noble but (d’aimer l’autre comme soi-même). On tire un enseignement à ce propos de la Méguilat Eikha (qu’on lit le jour de Ticha Béav). Dans la majorité des chapitres de Eikha, l’ordre des versets suit l’ordre alphabétique – א, ב, ג... – sauf pour les lettres ס, ע, פ qui apparaissent dans l’ordre suivant : ס, פ, ע.
La Guémara demande pourquoi la lettre פ précède la lettre ע. Et elle répond que c’est à cause des Méraglim (les explorateurs) qui ont dit avec leur bouche (פ = פה = la bouche) ce qu’ils n’ont pas vu avec leurs yeux (ע = עין = l’œil). En effet, il faut d’abord voir, puis raconter ce que l’on a vu. Sinon, le פ passe avant le ע.
Deux questions se posent sur cet enseignement de la Guémara. Si les explorateurs ont parlé de ce qu’ils n’ont pas vu, il aurait fallu effacer complètement les versets commençant par la lettre ע. Pourquoi maintenir quand même cette lettre ?
De plus, dans le passage évoquant les explorateurs (Parachat Chéla'h Lékha), on lit que ces derniers ont réellement raconté ce qu’ils avaient vu ! Ils n’ont pas menti. Ils ont certes manqué de Bita'hon en la promesse de Hachem : ils auraient dû être confiants et affirmer que malgré l’appréhension, ils étaient capables de conquérir le pays et de jouir de la Terre. Mais comment leur reprocher de ne pas avoir vu ?!
En réalité, le problème est d’avoir juste « vu » et parlé trop rapidement. Ils n’ont pas utilisé leurs yeux pour observer et considérer les choses avec sérieux. Le mot לעיין se traduit par analyser, examiner. Il est vrai que les explorateurs ont vu (donc on garde le verset commençant par la lettre ע), mais ils n’ont pas compris que c’était pour leur bien et dans leur intérêt ; ils ont parlé trop vite, d’où la lettre פ (bouche) placée avant le ע (observation).
Aimer, c'est apprendre à voir !
Le travail de rectification consiste donc à regarder le bien dans ce qui nous entoure, en ceux qui nous entourent et ensuite de parler, d’exprimer notre appréciation, notre estime, notre reconnaissance…
La Guémara enseigne par ailleurs qu’une « bonne femme » est une femme qui a un « bel œil » c’est-à-dire un beau regard, une façon positive d’interpréter les choses. C’est ce qui fait d’elle une bonne épouse (bien plus que sa beauté physique, que ses talents culinaires, que sa patience avec les enfants ou autres qualités). C’est ce dont un mari a le plus besoin, ce qui le comblera davantage.
On demanda une fois à une dame qui avait eu le mérite d’élever une nombreuse et magnifique famille, dans l’harmonie et la bonne entente générale, quel était le secret de tout ce bonheur. Elle répondit tout « simplement » qu’elle avait toujours gardé en tête le 3ème verset du poème Echet ’Haïl : « גמלתהו טוב ולא רע כל ימי חייה - Elle lui fait du bien et ne lui fait pas de mal, tous les jours de sa vie ». Même quand quelque chose lui déplaisait, la blessait, elle s’efforçait de toujours voir le bien et rendre le bien.
C’est un travail constant et très difficile au quotidien, mais ô combien rémunérateur !
Puissions-nous toutes en être dignes !
יהי רצון שיראו עינינו וישמח ליבנו ותגל נפשנו בישועתו באמת – Puissions-nous avoir le mérite de VOIR AVEC NOS YEUX, de nous réjouir dans notre cœur et de combler notre âme de joie, en assistant à la délivrance véritable !




