De la Suisse à Israël, des séminaires de Téchouva aux cours diffusés sur Internet, le Rav Ron Chaya aura marqué des centaines de milliers de Juifs. En 2016, dans le cadre du livre "En chemin vers Hachem", aux éditions Torah-Box, Rav Chaya acceptait de se livrer sur sa vie, son enfance en Suisse, son ‘Alya en Israël puis sa Téchouva et son implication dans le monde de la Téchouva francophone. Découvrez son parcours passionnant...
"Je suis né en Suisse. Mes parents, comme beaucoup d’Israéliens, avaient décidé de se rendre un an en Suisse pour améliorer leur situation financière. Entre temps, je suis né puis mon frère. Ils avaient beau répéter qu’il n’était pas question d’élever leurs enfants en Suisse, les affaires de mon père étaient tellement florissantes que nous ne sommes jamais rentrés. Toute mon enfance, j’ai entendu mes parents nous répéter : "l’année prochaine, nous rentrons en Israël".
Adolescent, j’étais vraiment tiraillé. Qui suis-je ? Un Israélien ou un Suisse ? Je connaissais ma différence car à l’école, j’étais le seul juif, ce qui nourrissait d’autres interrogations. A la maison, nous étions assez éloignés de la pratique religieuse. Vers l’âge de 17-18 ans, je continuais de me chercher. Je me sentais bien en Suisse mais je ressentais le besoin de connaître Israël. Toutefois, notre niveau de vie était tellement élevé que j’avais du mal à me décider.
A la conquête d'Israël
A 19 ans, j’ai eu le bac et deux jours après, je suis parti en Israël. Dès mon arrivée, j’ai tout de suite compris que j’avais trouvé ma place. Désireux de mieux connaitre ma religion, je me suis inscrit dans un séminaire mixte. Mais Hachem m’a aimé : je crois que durant les 30 ans d’existence de ce séminaire, la seule session qui ait été annulée fut la mienne ! Suite à cette décision, je me suis retrouvé en Israël, ne sachant pas quoi faire. Alors j’ai décidé d’intégrer l’université, où je me suis inscrit en Philosophie.
Mais comprenant bien vite l’absurdité de ces enseignements, j’ai suivi des cours de Torah en externe et, au bout d’un an, je suis arrivé à trois conclusions, concernant mon avenir :
1) La Torah est vraie, donc il faut être religieux ;
2) Je reste en Israël ;
3) Etant de nationalité israélienne par mes parents, j’avais l’obligation de faire l’armée.
Je n’arrivais pas à choisir entre l’armée et la Yéchiva. Mais après une visite dans une Yéchiva avec des hommes tout vêtus de noir et de blanc, j’ai décidé de ne faire que l’armée. A ce moment, je ne pratiquais pas mais je savais que la Torah était vraie et qu’un jour je deviendrai religieux.
Un jour, alors que je rentrais chez moi de l’armée pour le weekend, j’ai eu un déclic et me suis dit "Demain quand je retournerai à l’armée, je commencerai à pratiquer". Cela a été pour moi l’une des épreuves les plus dures de ma vie, la plus dure peut-être, avec mon entrée à la Yéchiva…
Trois semaines plus tard, en 1982, la première guerre du Liban a éclaté. Pendant cette période, j’ai senti deux anges me protéger. Un jour où nous étions placés en retrait derrière une petite colline, je suis monté sur le haut de la colline pour regarder avec mes jumelles ce qui se passait. Au moment où je redescends, j’entends une énorme explosion derrière moi, une pluie de terre me tombe dessus puis je m’écroule. Quand je me redresse, je découvre un cratère à l’endroit où j’étais posté, deux secondes auparavant ! Je venais d’assister à un des nombreux miracles dont D.ieu m’a fait bénéficier pendant cette guerre.
Trois mois après la guerre du Liban, j’ai terminé mon service. C’est alors qu’un Rav m’a conseillé de ne faire que la Yéchiva. J’avais entendu parler d’une Yéchiva, Torah Véémouna, une Yéchiva orthodoxe pour Ba’alé Téchouva. Je me suis donc rendu là-bas, et ce fut ma deuxième grande épreuve !
Premiers pas à la Yéchiva
J’arrive un matin, au pied du bâtiment. La Yéchiva se trouvait au premier étage. En montant, j’ai eu une peur terrible. Puis, d’un coup, j’entends un cri en yiddish ! Je me retrouve glacé sur place… et je décide aussitôt de faire demi-tour ! Je rentre à la maison puis je me dis : "Quoi ! Il y a quatre mois, tu étais au Liban dans une région infestée de commandos syriens hyper dangereux, et tu as survécu ! Maintenant, parmi tes frères, à Jérusalem, tu as peur ?!"
Finalement j’y suis retourné. Là-bas, j’eus le mérite d’apprendre la Guémara avec le Rav Mordékhaï Neugroeschel, conférencier réputé en Israël, le Rav Ben Ménate, qui est à l’origine de tout le mouvement de Téchouva en Israël, et le Rav Chalom Serbernick, ancien candidat au prix Nobel de chimie, lui aussi l’un des grands fondateurs de l’organisation ‘Arakhim.
Après huit mois en Yéchiva, je me suis marié avec une jeune fille originaire de Genève.
En revanche, avec ma mère, ça ne s’arrangeait pas. En vraie israélienne, elle m’attaquait toujours en me disant par exemple : "Tu dois aller consulter un psychiatre, tu as des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ! Tu te laves les mains toute la journée !"
Un jour, je lui ai rétorqué : "Je suis d’accord pour aller voir un psychologue, si toi, tu vas pendant une semaine au séminaire d’Arakhim !" Le miracle, c’est qu’elle a accepté !
Le dimanche, premier jour du séminaire, je me faisais un sang d’encre : "Elle va remettre en place tout le monde… Elle va incendier tout le monde et ça va être terrible !"
Mais voilà que je rentre dans la salle de conférences et que… je vois ma mère en train d’écouter le rabbin parler ! C’est sûr, Machia’h est là ! Puis le mercredi, la forteresse s’écroule… Maman éclate en sanglots. A partir de ce moment, elle a commencé un processus de Téchouva ; aujourd’hui, Baroukh Hachem, elle respecte parfaitement les Mitsvot ! Par la suite, mes parents ont même fait leur ‘Alya, après 51 ans d’exil en Suisse. La boucle est bouclée, ils sont revenus en Israël et dans la Torah.
Pour ma part, passé les premières difficultés, je n’ai cessé d’étudier. Petit à petit, l’idée d’organiser des séminaires, des conférences pour les francophones a germé… Je suis allé une fois à une réunion avec des étudiants en Torah à Bné Brak pour échanger des idées mais pour eux, la méthode ‘Arakhim n’était pas adaptée aux Français. La preuve par A + B ne pouvait pas fonctionner avec les Français, disaient-ils. Il leur faut de la pensée, de la philosophie. C’est de cette manière qu’ils feront Téchouva !
Je n’étais pas d’accord. J’avais vécu un séminaire, je savais à quel point c’était fort. Mais étant en minorité, j’ai laissé tomber. Je suis rentré chez moi à une heure du matin. Au moment où je m’apprêtais à aller dormir, je vois le livre ‘Hovot Halévavot – Les devoirs du cœur de Rabbénou Ba’hya Ibn Pakuda sur le rebord de la fenêtre.
Je l’ai ouvert au "hasard" pour le lire avant de m’endormir et suis tombé sur le passage suivant : "Celui qui peut faire faire Téchouva aux frères de son peuple et ne le fait pas, verra leur sang retomber sur sa tête".
La révolution des séminaires
Le message était parfaitement clair ! Le lendemain matin, je suis allé voir le Rav Ben Tsion Aba Chaoul, mon maître, en lui faisant part de mon hésitation et du "message" du livre de la veille.
Il m’a répondu : "Continue à étudier. Pendant les vacances de la Yéchiva, tu feras des séminaires". Finalement, je me suis remis à l’étude de la Torah.
Quelques années plus tard, je fis la connaissance de ‘Haïm Ziegler, le principal conférencier de l’organisme ‘Arakhim, qui me proposa de faire des conférences en français afin d’encourager nos frères à faire Téchouva. Ça m’a pris 3 semaines de mettre au point le cours qui deviendra plus tard le célèbre cours "La preuve irréfutable".
Un jour, un certain Pin’has Adam a proposé d’organiser des séminaires de type ‘Arakhim en France. J’ai alors formé un coéquipier conférencier, le Rav Eliahou Pérèts, et nous avons commencé à faire des séminaires en France sous l’égide de la Yéchiva Or Ha’haïm du Rav Réouven Elbaz. Cela a duré quelques années.
La naissance de Yéchouot Yossef
Par la suite, j’ai aussi fait des séminaires au Canada. Là-bas, il y avait un jeune homme de 17 ans (Michaël Ifrah, qui aujourd’hui dirige l’organisation Nefesh Yehoudi en France) qui était très doué pour convaincre des dizaines d’amis de venir participer aux séminaires. Après quelques séminaires, il m’a dit : "Rav, il faut assurer le service après-vente, ouvrez une Yéchiva !" Ouvrir une Yéchiva ne faisait pas du tout partie de mes projets.
Vu son insistance, je suis allé voir le Rav Réouven Elbaz, qui a accepté de me fournir des locaux. En me les montrant, il m’a demandé : "Sais-tu où tu te trouves ? Il s’agit de l’appartement de ton arrière-grand-père !" Effectivement, mon arrière grand-père, Rabbi Chlomo Moussaïoff, avait créé le quartier des Boukhariens à Jérusalem, et petit clin d’œil de la Providence, l’endroit où j’allais ouvrir ma Yéchiva se situait dans l’appartement qu’il habitait il y a plus d’un siècle !
Deux ans plus tard, nous avons ouvert notre propre Yéchiva à Ramot, Yéchouot Yossef, qui, jusqu’à aujourd’hui, prend en charge les Ba’alé Téchouva qui demandent à grandir en Torah. Certains viennent une matinée, d’autres quelques jours, d’autres un mois, d’autres une année, et certains se marient et intègrent même le Collel de la Yéchiva.
La diffusion de la Torah via Internet
En 2005, j’ai commencé à faire des cours sur internet et peu à peu, j’ai arrêté d’organiser des séminaires en constatant que les vidéos par Internet faisaient plus d’effet, touchaient beaucoup plus de monde et coûtaient moins d’argent que l’organisation d’un séminaire. De plus, le Rav Aharon Leib Steinmann m’avait conseillé de continuer à travailler sur internet et d’arrêter les séminaires.
Grâce à D.ieu, le site leava.fr, dans lequel je publie mes cours-vidéo que je réalise à la Yéchiva, est très consulté et beaucoup de gens font Téchouva par son biais.
A mes yeux, il est clair que tout le mérite revient à D.ieu qui m’a permis de faire faire Téchouva. Sans Lui, j’aurais vraisemblablement été un millionnaire en Suisse loin de la moindre connaissance en Torah. Hachem, aussi dans Sa grande bonté, m’a accordé le don de savoir parler afin de convaincre nos frères de la véracité de la Torah.
Merci Hachem, de nous avoir fait faire Téchouva et de nous avoir donné le mérite de pouvoir faire faire Téchouva, et espérons-le, de pouvoir voir bientôt Machia’h parmi nous ! Amen."




