Avouons-le, le mot “si” est quand même bien pratique. Mis à part sa fonction d’intermédiaire entre le la et le do, fonction qu’il remplit à merveille, il permet aussi, accessoirement, d’introduire une condition. Oui, une condition. Bon d’accord, disons-le franchement : une menace !

En éducation, et quoi qu’en disent les conseillères parentales, les menaces ont quand même a priori du bon. Non point que nous ne prônions leur usage tous azimuts, mais avouons-le, elles ont une certaine utilité...

Ainsi, quand votre Emma de 5 ans refuse obstinément de ranger le contenu de votre trousse à maquillage (dont il ne reste d’ailleurs pas grand-chose), et après avoir demandé, pesté, répété, et rouspété, le tout sans succès, il faut dire qu’un petit : “Si tu ne ranges pas mon maquillage immédiatement, tu n’iras pas à ton cours de dessin !” bien placé constitue tout de même un recours appréciable !

Quand votre Arié de 8 ans a tellement joué à son jeu vidéo qu’il a la manette greffée sur la main, parions qu’un opportun : “Si tu ne lâches pas ce jeu tout de suite pour te mettre en pyjama, tu peux oublier ta fête d’anniversaire” aura son effet à coup sûr.

Sûr ? Pas si sûr...

Menacé et bien dans ses baskets ?

Je vous vois déjà venir : “Oh, mais que peut-il y avoir de si mal à secouer un peu un enfant ?! Nous avons tous entendu des phrases de ce type quand nous étions petits et nous n’en sommes pas morts !”.

Certes, la menace n’a jamais tué personne ; en revanche, elle ruine à petit feu le lien privilégié qui doit unir parents et enfants et surtout, elle n’a aucune valeur éducative.

Pour comprendre les effets négatifs que produisent les menaces sur les enfants, essayons un instant de nous mettre à leur place. Qu’éprouvons-nous lorsque d’autres nous menacent ?

Prenez l’exemple du mari qui ne serait pas d’accord que vous vous achetiez un nouveau (énième ?) bijou. Devant votre insistance (pression ?), il finit par lâcher un : “Très bien, mais si tu l’achètes, on n’ira pas chez tes parents dimanche pour leur anniversaire de mariage”.

Que ressentiriez-vous en votre for intérieur ? Que vous décidiez de battre en retraite (car vous tenez beaucoup à participer à la grande fête familiale organisée dimanche) ou que vous tentiez le tout pour le tout (“c’est ce qu’on verra…”), dans tous les cas, les sentiments qui vous submergent n’ont rien de positif. Rancœur, amertume, colère, besoin de vengeance viendront parasiter la relation avec votre conjoint, au lieu de la sublimer...

A présent, retour sur les enfants. Pouvez-vous imaginer les sentiments qui naissent dans le cœur de nos petits cœurs lorsque nous les menaçons de les priver de telle ou telle chose à laquelle ils tiennent s’ils ne se plient pas à nos consignes ? Là encore, qu’ils se soumettent ou qu’ils bravent nos ordres, dans tous les cas, ils nous en voudront pour avoir fait usage déloyal de menaces dans le but d’obtenir leur obéissance.

Extrapolons un tout petit peu et imaginons ce qui se trame dans leur petit cœur lorsque les menaces et autres chantages sont formulés sur une base quotidienne et qu’il s’agit même d’un mode de fonctionnement banal dans leur éducation… Si vous deviez mettre le concept en image, vous obtiendriez davantage une locomotive chauffée à bloc qu’un enfant éduqué et bien dans ses baskets…

Les vertus des conséquences naturelles

Oui mais alors, demanderez-vous, que faire lorsqu’ils ne nous obéissent pas ? Lorsqu’ils font fi de nos demandes et ignorent nos instructions ? Devons-nous tout bonnement renoncer à obtenir leur coopération et cesser de leur demander quoi que ce soit ?

Que nenni ! Ce que je vous propose, c’est non seulement d’obtenir l’obéissance, mais de l’obtenir facilement, avec en prime la bonne humeur. Car au lieu de vous mettre vos enfants à dos, en utilisant la méthode des “conséquences naturelles”, vous allez carrément en faire des alliés !

Trop beau pour être vrai ? Ecoutez plutôt...

L’idée de la conséquence naturelle, c’est, comme son nom l’indique, de laisser l’enfant assumer les implications logiques qui découlent de son comportement. Comme ça, comme un grand.

Prenons l’exemple banal de l’enfant de CE1 qui refuse de faire ses devoirs. Au lieu de brandir un : “Si tu ne fais pas tes devoirs, tu n’iras pas à la piscine demain”, pourquoi ne pas donner à l’enfant l’occasion de faire face à la conséquence qui découle naturellement de ses actes ?

Concrètement, si Noam ne fait pas présentement ses devoirs, que se passera-t-il ? Sa maîtresse sera probablement très mécontente le lendemain et elle l’enverra sûrement subir une réprimande chez le directeur.

Qu’à cela ne tienne ! En acceptant de le laisser endosser la responsabilité de ses actes, vous laissez ainsi le petit Noam assumer en adulte les conséquences de son comportement. La prochaine fois qu’il aura des devoirs (rassurez-vous, ça ne devrait pas trop tarder), il les fera non pas pour vous ni par crainte de vos menaces, mais parce qu’il aura compris que ne pas les faire dessert ses intérêts à lui.

Autre situation prise dans la vie de tous les jours : Eden refuse avec entêtement de manger son repas de midi. Lasse de courir derrière elle une cuillère à la main, vous succombez à la tentation de crier : “Si tu ne manges pas, on n’invitera pas Léa à jouer !”.

Là encore, que peut être le corollaire naturel de ne pas manger ? Avoir faim, tout simplement ! Ainsi, vous pouvez dire : “Très bien, tu ne manges pas, mais tu risques d’avoir faim et le prochain repas n’est qu’à 18h”. La petite Eden essaiera probablement de vous soutirer des gâteaux ou autres bambas plus tard dans l’après-midi, mais en tant que mère attentive à l’alimentation de ses enfants, vous ne serez pas prête à substituer son repas par un snack sans intérêt, d’où votre refus. Certes, Eden aura faim dans l’après-midi et vous pourrez servir le dîner un peu en avance ce même soir, mais vous aurez enseigné à votre bout de chou qu’elle ne gagne rien à bouder son repas de midi et que, si elle mange, elle le fait dans son intérêt à elle et non dans le vôtre !

Extrapolons à nouveau et imaginez l’ambiance sereine, apaisée et saine qui peut régner dans une famille qui bannit au quotidien le recours aux menaces pour les remplacer par la méthode de la conséquence naturelle !

Lorsqu’il n’y a pas de conséquence naturelle

Je vois d’ici les plus sceptiques d’entre vous objecter : “Mais tout acte répréhensible n’a pas toujours de conséquence naturelle !”. Tout à fait juste !

Un enfant qui dessine sur les murs n’a par exemple à subir aucun désagrément induit par sa conduite, tout comme celui qui ne respecte pas les horaires que vous fixez pour ses sorties avec ses copains. Que faire dans ce genre de cas ? Aller vous réfugier prudemment derrière l’ultime recours que je m’évertue à diaboliser depuis le début de cet article, la bonne vieille menace ?!

Si certains actes n’induisent effectivement aucune conséquence naturelle indésirable pour l’enfant, en revanche, il nous est possible à nous, parents, d’inventer cette conséquence. De lier entre eux un acte et une implication concrète, en veillant à ce que ce lien soit le plus logique possible.

Exemple ? Une règle que vous mettez en place chez vous veut qu’on ne sorte pas au jardin tant que les chambres ne sont pas rangées. Il ne s’agit pas d’un chantage, mais d’un résultat naturel. Personne n’aime trouver sa maison sens-dessus-dessous à son retour et il se trouve que c’est aussi votre cas. Une fois cette règle établie, vous pouvez énoncer, non pas sur le ton de la menace, mais sur un ton serein et positif : “Dès que vos chambres seront rangées, nous pourrons sortir au parc”.

Autre exemple : les enfants qui rechignent à aller se doucher (une plaie qui sévit à travers le monde sans distinction de race ni de religion). Vous pouvez fixer comme règle que c’est une fois que tout le monde est douché que l’on sert à dîner. Vous pouvez tout naturellement dire par la suite : “Le dîner est prêt, allez vous doucher et je vous sers”.

Là encore, au lieu de brandir des menaces tous azimuts, prouver notre absence d‘autorité et induire un sentiment de colère chez l’enfant, nous le responsabilisons et obtenons sa coopération à moindres frais émotionnels !

Pour conclure, l’emploi de la menace en éducation est nocif autant qu’il est inefficace et contre-productif. Celui de la conséquence naturelle vous permet au contraire d’obtenir la coopération dans la bonne humeur et inculque à vos enfants le sens des responsabilités.

Bon courage à toutes !