Il y a quelques années, une petite fille que je connaissais avait beaucoup de mal en grande section de maternelle. La maîtresse, sans doute par facilité, avait suggéré à sa mère : « Vous devriez la mettre dans une structure spécialisée. » Mais mon amie connaissait parfaitement sa fille. Elle savait qu’elle ne présentait aucun retard justifiant un placement dans une telle structure. Elle refusa donc la proposition de la maîtresse. Malgré tout, quelques mois avant l’entrée au CP de sa fille, elle voulut s’assurer qu’elle faisait le bon choix et demanda l’avis d’une psychologue. Après avoir évalué l’enfant, celle-ci lui déclara : « Votre fille réussira, non pas parce qu’elle a de grandes capacités intellectuelles, mais parce qu’elle a le Koa’h Haratson, la force de la volonté. »
Six ans plus tard, force est de constater que cette psychologue avait vu juste. Essayons de comprendre quel pouvoir détient la volonté et ce que la Torah nous enseigne...
Prenez une photo de classe, vingt, trente ou quarante ans plus tard, et amusez-vous à observer les différents parcours de vie. Ce ne sont pas forcément les plus beaux, les plus talentueux ou les plus doués naturellement qui ont les parcours les plus remarquables. Bien au contraire. Très souvent, c’est un enfant qui a souffert qui va sublimer cette souffrance pour réussir. C’est un enfant qui avait du mal à marcher qui deviendra champion de course, un enfant qui bégayait qui deviendra un grand chanteur. Pourquoi ? Parce que celui qui n’a pas les choses naturellement, en veut. Il a une rage intérieure qui le pousse à se dépasser pour atteindre des objectifs que personne n’imaginait à sa portée.
Cette rage de vivre puise sa force dans le Ratson, la volonté. Le mot Ratson a d’ailleurs pour racine le verbe Rats : courir. Le Ratson d’une personne, c’est ce qui la fait courir. Qu’est-ce qui l’anime ? Quelles sont ses aspirations ? D’ailleurs, regardez ce que veut une personne, cela en dira long sur sa personnalité.
La Torah enseigne : Ein hadavar omed bifné haratson.[1] En d’autres termes, rien ne peut résister à la volonté d’une personne. Elle est plus forte que tout. Par la seule force de sa volonté, chacun peut déplacer des montagnes. Prenez par exemple le Rabbi de Loubavitch. Par la seule force de sa volonté, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson a envoyé des milliers d’émissaires à travers le monde entier.
Les exemples ne manquent pas. L’American Dream, notamment, cette idée selon laquelle n’importe qui peut réussir en Amérique, en est une parfaite illustration. À une échelle plus petite, regardez toute cette génération de Juifs de l’après-guerre. Il est impressionnant de constater les extraordinaires réussites socioprofessionnelles qui en ont découlé. Et pour cause : il s’agissait souvent de descendants de rescapés de la Shoah ou d’immigrés d’Afrique du Nord vivant dans des appartements exigus, qui ne voulaient qu’une chose : sortir de cette condition et prouver combien ils pouvaient réussir.
À l’inverse, les enfants nés dans des familles très riches, sachant qu’ils n’auront pas de grands efforts à fournir pour jouir d’une vie confortable, font plus rarement preuve d’une telle niaque, et leur capacité à se dépasser est souvent moins développée.
Et Hachem dans tout cela ?
Nos Sages enseignent : Badérekh chéadam rotsé lélékh, molikhin oto — « Dans le chemin où un homme veut aller, on le conduit. »[2] Comme une véritable règle d’attraction, la personne animée par une volonté profonde voit les circonstances s’aligner en sa faveur, et elle reçoit une aide particulière du Ciel.
Attention toutefois : la volonté ultime doit être celle d’Hachem. Avant d’entreprendre quoi que ce soit, il faut se demander si la volonté qui nous anime est bien en phase avec la volonté de notre Créateur et avec les préceptes de la Torah.
Prenons un exemple. Vous souhaitez ardemment que votre enfant soit accepté dans une excellente école. Vous allez faire des pieds et des mains pour y parvenir. Avant de vous lancer, posez-vous cette question : est-ce que cette école élèvera réellement mon enfant dans le chemin de la Torah et des Mitsvot ? Ou est-ce que je cherche avant tout à satisfaire mes propres aspirations de réussite, de prestige ou de reconnaissance ?
La bonne nouvelle, c’est que la volonté est une Midda (trait de caractère) qui se cultive. S’il y a une qualité à développer chez nos enfants, c’est bien cette capacité à ne rien lâcher, à vouloir de toutes leurs forces et à s’accrocher à leurs objectifs. Prions simplement pour que leur volonté soit toujours orientée vers celle de notre Créateur.
[1] : Le Zohar enseigne : « כל מילין דעלמא לא תליין אלא ברעותא » (Zohar II, 162b) — « Toutes les choses de ce monde dépendent de la volonté. »
[2] : Guémara, Traité Makot 10b




