J’ai pris sur moi de me libérer une plage horaire pour aller à un cours une fois par semaine, pour me donner des forces justement en matière d’éducation. Cette semaine, la conférencière m’a tellement émue par son histoire, que je me vois dans l’obligation de partager ses mots avec vous. Cette dame a tout simplement chargé mon être d’une force que je ne soupçonnais pas, d’un optimisme incroyable pour l’avenir...

Maman de 6 enfants âgés de 5 mois à 14 ans, je passe de petites disputes anodines autour du camion élu ou de la poupée convoitée, aux grosses crises d’identité qui surgissent généralement entre minuit et 2h du matin, parsemées ci et là de questions existentielles. Autant dire que le « temps libre », ça fait un bail que je n’ai pas expérimenté cette pratique, je ne sais même plus comment ça se joue cet instrument-là pour tout vous dire.

Malgré tout, j’ai pris sur moi de me libérer une plage horaire pour aller à un cours une fois par semaine, pour me donner des forces justement en matière d’éducation. L’intervenante est exceptionnelle, elle est exactement ce qu’il me faut, drôle, compréhensive et pleine d’énergie. Elle n’est jamais dans le jugement, et ses cours, que je définirais davantage comme des discussions entre amies, regorgent d’astuces très pratiques et concrètes. Je ressors de ce cours toujours reboostée et pleine d’espoir. Quelques fois, elle ramène des personnes extérieures qu’elle juge bon de nous faire rencontrer, et qui, fortes de leur expérience, ont généralement un message fort à nous transmettre. C’était le cas cette semaine. Elle a ramené une personne qui m’a tellement émue par son histoire, que je me vois dans l’obligation de partager ses mots avec vous. Cette dame a tout simplement chargé mon être d’une force que je ne soupçonnais pas, d’un optimisme incroyable pour l’avenir.

Ce mercredi, c’est donc une femme réservée au sourire timide et à l’allure orthodoxe qui s’est avancée vers le micro. Avec une simplicité captivante, elle a brisé le silence en nous racontant son histoire.

Elle venait d’une famille laïque qui ne pratiquait rien de la religion. Est-ce que c’était par conviction idéologique ou par ignorance, elle-même, en tant que petite fille, n’en avait aucune idée. C’était ainsi et c’était bien ainsi. Lorsqu’elle a eu 3 ans, ses parents l’ont inscrite dans la maternelle la plus proche de chez eux, qui s’avérait être juive orthodoxe. Elle y apprit donc toutes les Mitsvot, la pratique des fêtes, l’existence du Chabbath. Au début, elle a tenté de faire changer les choses à la maison : « Maman, c’est vendredi, tu dois allumer les bougies », elle récitait le Birkat Hamazone à voix haute à la fin du repas… Mais elle a vite compris, malgré son jeune âge, que ce qu’elle apprenait à l’école restait à l’école, et que sa vie à la maison était catégoriquement opposée. Elle était captivée par ce qu’elle apprenait, mais elle avait accepté malgré elle le fossé théorie/pratique. Et je reprendrai sa phrase qui m’a particulièrement émue : « Durant ces années de Gan, une graine de sainteté avait été plantée, graine sur laquelle le tiroir se referma lorsque je quittais cette école. »

Lorsqu’elle est passée au CP, elle a intégré une école laïque, qui ressemblait bien plus à l’identité de la famille. Et c’est à ce moment-là, lorsqu’elle a été coupée de tout lien avec le judaïsme, qu’elle a senti un mal-être, un vide omniprésent que personne ni rien ne réussissait à combler. Elle était passée d’une école orthodoxe où on parlait Téfila, Hachem et Chabbath toute la journée, à une école laïque où on lui apprenait l’éducation civique, l’histoire et la géographie, des matières certes très utiles, mais qui ne parlaient pas à son âme. Puis, lors d’un Chabbath, alors qu’elle était en CM1, elle décidait d’aller se promener, et ses pas l’ont mené à un mouvement de jeunesse ‘Habad. Elle a senti son étincelle de spiritualité se ranimer, elle comprenait ce qui se disait, elle leur ressemblait, elle appartenait à ces personnes tout simplement.

A partir de là, c’est décidée et déterminée qu’elle entama un processus de Téchouva, seule, envers et contre tous. Elle déployait des efforts surhumains pour observer le Chabbath chaque semaine, dans une maison qui n’avait rien de chabbatique, elle s’habillait avec pudeur, ce qui lui a valu pas mal de moqueries, elle s’attelait à faire sa prière tous les matins malgré les critiques acerbes de sa mère : « Tu as le temps pour ces bêtises le matin ? »... Mais elle restait forte, elle savait où était la vérité et elle avançait. Elle nous a raconté que le plus dur était le Chabbath, car c’était le jour où la famille prenait vie dans sa maison, et elle s’en éloignait, semaine après semaine. Elle ne faisait plus partie des sorties à la plage, des visites chez les grands-parents… Pendant 2 ans, elle a vécu en ermite les samedis, enfermée dans sa chambre, elle, son livre de Psaumes et sa jupe Tsanou’a (pudique).

Puis, un jour, c’est devenu trop lourd à porter pour ses frêles épaules. Ses convictions s’ébranlaient, les personnes qui ne s’interdisaient rien dans la vie, qui vivaient librement loin du joug de la Torah, vivaient bien et semblaient être bénies, et, au contraire, elle qui vivait une vie d’interdictions et de frustrations, elle souffrait énormément. Elle décida donc, le cœur lourd, de tout lâcher. C’était un Chabbath. Elle s’est approchée de sa mère pour lui faire part de sa décision, laquelle l’accueillit le cœur en fête et l’invita à rejoindre la famille qui était déjà en voiture pour aller à la plage. Ce qu’elle fit tête et épaules baissées.

Elle nous raconte avec émotion que la voiture allait démarrer et que son père, en jetant un coup d’œil dans le rétroviseur, l’a vue et a freiné brusquement. « Qu’est-ce que tu fais là ???? ». Elle a tellement crié ces mots dans le micro que la salle s’est figée, je vous assure. « Je ne te laisserai pas tout abandonner ! A partir de maintenant, je ferai Chabbath avec toi. » J’en ai encore la chair de poule. Son père avait toujours admiré ses choix, il les avait respectés, et, ce jour-là, il a senti qu’il devait faire plus que ça. Par amour pour sa fille, il devait les adopter. A partir de ce moment-là, la famille entière a suivi, ils ont progressé ensemble petit à petit, pour finir par devenir une maison de Torah.

Elle a terminé en nous donnant de façon très humble 2 conseils précieux :

1. Les enfants sont des éponges. Ne les mettez pas dans n’importe quelle structure, avec n’importe quelles fréquentations. Si ce n’était pas cette petite graine qu’elle avait reçue à la maternelle, elle n’est pas sûre de ce qu’elle serait devenue aujourd’hui.

2. PRIEZ !!! 99% de réussite dans l’éducation c’est la prière. Priez chaque matin, chaque vendredi en allumant les bougies du Chabbath, priez tout le temps ! Lorsque la famille entière était bien lancée dans la Téchouva, elle a demandé à son père ce qui l’avait rendu méritant d’élever des enfants dans le droit chemin, et il a répondu avec une modeste conviction : « Il n’y a pas une année où je renonce à la prière du Chla Hakadoch qu’il faut lire veille de Roch ‘Hodech Sivane pour mériter d’avoir de bons enfants ».

A la fin de son intervention, je me suis sentie investie de nouvelles forces. Si une toute jeune fille âgée de 9 ans avait pu contrer vents et marrées pour partir à la recherche de la vérité et avait réussi au prix d’efforts incommensurables à entraîner toute sa famille avec elle dans l’aventure, ô combien, nous adultes, dans un climat tellement plus favorable et agréable, nous nous devions de faire le même travail de recherche de la vérité, d’introspection et de repentir. Je sentais également que toutes mes craintes et appréhensions avaient disparu. Je reprenais confiance en moi et en ma famille.

Je savais désormais ce qui me restait à faire pour réussir l’éducation de mes enfants. Je prierais sans retenue, sans m’arrêter, je prierais sans attendre d’en avoir le besoin ou l’occasion, je prierais n’importe où, n’importe quand et je prierais surtout à ces moments propices, je ne perdrais aucune occasion d’épancher mon cœur, de supplier, mais également de remercier, de demander de l’aide pour tel enfant dans tel domaine, mais également d’être reconnaissant que tout va bien pour tel autre enfant dans tel autre domaine. Je prenais sur moi, le soir-même, de noter sur un papier chaque nom de chacun de mes enfants avec les prières adaptées et personnalisées à chacun d’entre eux, selon les besoins, capacités, talents, difficultés, défis et objectifs de chacun.

Ma plume courait sur la feuille, je voulais le meilleur pour chacun de mes 6 trésors, je ne voulais rien laisser au hasard, je voulais qu’Hachem me guide dans mon rôle de mère, qu’Il m’accompagne au jour le jour quand les forces se feraient rares, ou qu’un nuage noir assombrirait le tableau. Je plaçais ce papier à côté de mon plateau des Nérot (bougies) de Chabbath, et, depuis ce jour-là, je déplie ma feuille chaque vendredi et j’ouvre mon cœur. Mes lèvres parlent, mon cœur remercie et mes yeux espèrent. Et depuis que j’ai pris sur moi de prier davantage en quantité et en qualité, je sens qu’Hachem m’aide, Il est là, Il entend, Il me porte.

« Qu’Hachem fasse que nous méritions tous d’élever des enfants purs et en bonne santé. Qu'Il nous aide dans notre mission en nous prêtant Ses yeux pour voir lorsque ça ne va pas, Sa bouche pour encourager et aimer, Ses mains pour féliciter et soutenir. Qu’Il nous donne les ustensiles nécessaires pour tirer le meilleur de chacun des diamants qu’Il nous a confiés et que nous ne les abîmions jamais d’aucune façon, D.ieu nous en préserve. Que nous puissions toujours leur donner la matérialité et la spiritualité dont ils ont besoin pour se construire et s’épanouir et qu’ils ne manquent jamais de rien dans nos foyers. Enfin, et surtout, que nos enfants donnent entière satisfaction au Maître du monde. Amen Véamen. »