Pendant plus de quatre ans, une femme a vécu seule. Une solitude qui avait fini par envahir toute sa vie : elle ne parvenait pas vraiment à se réjouir sans quelqu’un avec qui partager son bonheur, ni à relâcher le poids des responsabilités ou à se sentir pleinement importante, faute d’avoir une épaule sur laquelle s’appuyer. Puis, contre toute attente, elle s’est mariée. Elle n’était enfin plus seule et avait toutes les raisons d’être heureuse !
Mais six mois plus tard, à l’approche de Pessa’h, le couple s’est retrouvé confronté à de grandes difficultés financières, peinant à couvrir les dépenses de la fête. À cette époque, Facebook faisait partie de son travail. Elle parcourait les publications et les photos, le cœur littéralement déchiré : des femmes hésitant entre une nouvelle perruque, de nouveaux meubles, des hôtels, des voyages à l’étranger ou des vêtements pour les enfants… Elle souffrait profondément, mais elle pleurait désormais sur une épaule aimante, recevait des paroles réconfortantes, des mouchoirs et une tasse de thé, parce qu’elle n’était plus seule.
Pourtant, cela avait déjà cessé d’avoir de l’importance à ses yeux. Ce que l’on possède déjà, finit-on encore par le compter… ?
Pendant plusieurs jours, elle s’est enfermée dans l’apitoiement, jusqu’à ce matin où quelque chose s’est réveillé en elle. Comme une voix intérieure lui criant : « Réveille-toi ! » Depuis six mois qu’elle était mariée, elle ne voyait plus les publications de femmes seules, sans foyer où célébrer Pessa’h ni personne avec qui le vivre. Elle ne voyait plus les messages parlant de solitude et de cœur brisé. Seuls les hôtels et les voyages retenaient désormais son attention.
Pourtant, six mois plus tôt, elle aurait été prête à tout donner pour obtenir ce qu’elle possédait aujourd’hui — bien plus même que ce qu’elle avait osé espérer. Et à présent, elle ne voyait plus cela, parce que ce qui lui manquait désormais, c’était une robe de créateur…
Comment être sauvé de ce “mauvais œil” que nous pouvons avoir ?
Dans la Paracha de Béha’alotékha, nous rencontrons pour la première fois le Ayin Hara’, le mauvais œil. Ce n’est pas le mauvais œil que nous fait la voisine, la collègue ou la belle-sœur, mais celui par lequel nous nous faisons souffrir nous-mêmes. C’est cette habitude constante de regarder ce qui manque et d’ignorer les immenses bénédictions que l’on possède déjà.
Le Saint béni soit-Il a fait sortir les enfants d’Israël d’Égypte. Il ne les a pas fait sortir parce qu’Il avait besoin d’eux. Il les a fait sortir parce qu’Il les aime et éprouve de la compassion pour eux. Les enfants d’Israël étaient déjà dans un endroit où il n’y avait rien à manger — le Saint béni soit-Il leur a fait descendre la Manne. Ils étaient dans un endroit où il n’y avait pas d’eau — Il leur a donné à boire (et a puni Moché Rabbénou de s'être plaint d'eux).
Mais dans la Paracha, une limite a été franchie. Nous aussi, nous voulons de la viande ; car si nous n’avons pas de viande, alors pourquoi nous as-Tu fait sortir d’Égypte ? Si nous n’avons pas de viande — ou toute autre chose qui, à cet instant, nous semble indispensable — alors plus rien n’a de valeur ou n’est assez digne pour que nous nous en souvenions ?
Le Saint béni soit-Il est notre Père. Il veut que nous demandions.
Le Saint béni soit-Il a créé le monde de telle manière que pour que quelque chose se produise naturellement : il faut demander. La demande crée l’outil spirituel, le récipient, pour contenir l’abondance spirituelle que le Saint béni soit-Il veut nous donner. Mais il faut aussi savoir demander avec sagesse.
Même lorsque nous demandons, il faut voir ce que nous avons déjà. Ne pas présenter toute la réalité comme un manque total uniquement parce qu’il me manque quelque chose. Ne pas effacer tout ce qu’il y a simplement à cause de ce qui n’existe pas encore. Car il y a toujours quelque chose. Toujours. Il faut simplement fermer avec du ruban adhésif ce mauvais œil afin de permettre au bon œil de regarder.
Quand nous ressentons le besoin de demander quelque chose au Créateur du monde, qu’il s’agisse d’une prière personnelle ou issue du livre de prières, il vaut la peine de prendre quelques minutes pour dire merci.
Se rappeler à quel point notre bouche est remplie de tout ce qui existe déjà, même des choses ordinaires auxquelles nous sommes déjà habitués et que nous tenons déjà pour acquises. Le besoin d’un Chiddoukh, de santé ou de Parnassa n’est pas une raison de se concentrer uniquement sur ce qui nous manque et d’oublier tout ce que nous avons déjà.
Nous devons demander. Demander, et nous rappeler que la conduite d’Hachem envers nous est un miroir de nous-mêmes comme il est écrit dans le roi David : « ה' צלך » — «Hachem est ton ombre » (Téhilim 121). Hachem est notre reflet.
Lorsque nous demandons avec un sentiment de manque intérieur, ce que nous recevrons sera encore davantage de ce « manque ». Quand nous demandons à partir d’un ressenti intérieur de manque — “ce n’est pas suffisant” — alors ce que nous recevrons nous paraîtra également insuffisant.
Mais lorsque nous sommes rassasiés, Hachem nous comble encore davantage. Lorsque nous sommes satisfaits, Il ajoute encore à notre abondance. Et lorsque nous regardons le bien avec un œil positif — il nous est donné encore plus de bien…
Adapté et traduit du livre "Léyéter Bitakhon"




