La Paracha Pékoudé conclut le livre de Chémot, un livre riche en rebondissements : des moments d’élévation extraordinaires, mais aussi des épisodes de chute et d’épreuve. Des événements puissants qui ont façonné la naissance du peuple juif. À bien y regarder, ce livre ressemble au parcours de la vie elle-même : des hauts et des bas, des moments de grandeur et des passages plus difficiles.
Le livre de Chémot débute par les noms des Bné Israël descendus en Égypte. La famille s’est agrandie et, d’une famille, on parle à présent d’un peuple… puis vient le terrible esclavage. Ensuite, la naissance de Moché Rabbénou, les dix plaies, la sortie d’Égypte spectaculaire et l’ouverture de la mer Rouge. Des instants totalement inoubliables. Puis, le peuple juif se prépare à recevoir la Torah, mais se fait malheureusement attaquer par 'Amalek, l’ennemi juré de notre peuple. À la suite de cette guerre, vient le don de la Torah sur le mont Sinaï, ce moment magique et exceptionnel. Et de nouveau, renversement de situation : les Bné Israël croient Moché mort et fabriquent le veau d’or… épisode tragique de notre histoire. Moché réussit à obtenir le pardon de D.ieu, et le peuple juif reçoit l’ordre de construire le Tabernacle, afin que la Présence divine puisse résider parmi eux. Le livre de Chémot se conclut par l’inauguration de ce sanctuaire portatif, grand moment de sainteté.
Nous l’avons dit : des hauts et des bas, des instants de gloire et des événements tragiques.
Mais un élément doit attirer notre attention, un élément qui apparaît en toile de fond de tout ce livre : l’élément féminin.
Reprenons l’histoire. La famille de Ya'akov arrive en Égypte : soixante-dix âmes. Parmi elles, les Midrachim nous parlent déjà de deux femmes d’exception. Yo’heved, la mère de Moché Rabbénou, qui naîtra entre le départ de la terre d’Israël et l’arrivée en Égypte. Et Séra'h bat Acher, connue comme celle ayant annoncé à Ya'akov Avinou que Yossef était vivant en Égypte, mérite qui lui valut une grande longévité et même nous dévoile nos Sages, de rentrer vivante au monde futur. Séra’h sera également celle qui révéla à Moché où reposaient les ossements de Yossef avant de quitter l’Égypte.
Ensuite arrive l’esclavage… Là aussi, deux femmes se distinguent : Chifra et Poua — selon nos Sages, Yo’héved et Myriam, la sœur de Moché. Ces deux sages-femmes sauveront les bébés de la mort décrétée par Pharaon. Leur crainte du Ciel l’emporta sur la peur du despote, et en récompense de leur courage, D.ieu fit sortir de Chifra et Poua les grandes lignées d’Israël : la prêtrise et la tribu des Léviim issues de Yo’héved, ainsi que la royauté issue de Myriam. Myriam-Poua, la prophétesse, dirigeante des femmes juives, influencera toute notre histoire lorsqu’elle convaincra ses parents, Amram et Yo’héved, de se remarier et de ne pas craindre le décret de Pharaon. En effet, Amram avait divorcé après le décret ordonnant de jeter au Nil tous les bébés mâles. Myriam le convainquit de reprendre sa femme, et les autres hommes firent de même. Myriam ne s’arrêta pas là. Lorsque Moché naît, elle et sa mère le placent sur le Nil dans un couffin pour échapper aux bourreaux. Myriam surveille le futur libérateur jusqu’à ce que Batya, fille de Pharaon, le trouve et l’adopte. Nous découvrons alors une autre femme d’exception : Batya, fille de Pharaon, qui décida ce jour-là de s’attacher au peuple juif. C’est elle qui nommera Moché Rabbénou et l’élèvera, ni plus ni moins que dans la maison du roi tyran. Son immense mérite l’accompagnera jusque dans le monde futur.
Puis le bébé Moché, grandit, fuit et dans son parcours, épousera Tsipora, fille de Yitro. La Torah parle très brièvement de l’épouse du plus grand prophète ayant existé. Mais là aussi, nous rencontrons une héroïne silencieuse : lorsque Moché fut mis en danger en chemin, Tsipora comprit que le retard de la circoncision de leur fils en était la cause spirituelle. Elle circoncit son enfant de sa propre main et sauva ainsi la vie de Moché.
Les femmes juives, en Égypte, ne se désespéraient pas d’une Guéoula (délivrance) proche. Elles continuaient à vouloir donner la vie et à encourager leurs maris à poursuivre une vie commune malgré l’esclavage. Pour cela, elles utilisaient des miroirs. Elles allaient retrouver leurs maris dans les champs et se regardaient avec eux dans le miroir, éveillant affection, tendresse et espoir. Grâce à cette force intérieure et à cette foi, le peuple juif continua de se multiplier malgré l’oppression. Lors de la construction du Michkan, ces femmes proposèrent d’offrir leurs miroirs. Moché pensa d’abord que ces objets ne correspondaient pas à l’esprit du sanctuaire. Mais D.ieu lui ordonna de les accepter — précisément ceux-là — et d’en faire le Kiyor, le bassin destiné à l’ablution des mains et des pieds des Cohanim. Ces miroirs devinrent un récipient de purification, tant ils étaient chers aux yeux de D.ieu.
Encore une fois, nous comprenons que derrière le livre de Chémot, ce pan essentiel de l’histoire de notre peuple, se tiennent des femmes, des héroïnes, qui, dans l’ombre, ont tracé le chemin.
Ces mêmes femmes, en Égypte, avaient d’ailleurs préparé leurs tambourins. Elles avaient déjà l’intention de les utiliser pour louer et glorifier D.ieu. Elles les sortirent après avoir traversé la mer Rouge, chantèrent et dansèrent en remerciement. Leur grandeur d’âme était telle que, déjà sous le joug de l’esclavage, elles avaient cette foi profonde : le moment viendra où nous remercierons D.ieu. Les tambourins sont prêts.
Le Midrach nous dévoile encore un détail bouleversant : les femmes qui participèrent à la construction du Michkan filaient les poils de chèvre directement sur le dos des animaux.
Pourquoi ? Parce que la laine, encore attachée à l’animal, est plus fraîche, plus propre, plus brillante. Le fil en ressort plus beau, plus solide, plus raffiné. Elles désiraient tant que leur travail soit de la plus haute qualité qu’elles choisirent la méthode la plus exigeante. Elles ne cherchaient ni la facilité ni la rapidité. Leur cœur les portait à donner le meilleur d’elles-mêmes. La Torah insiste : « אשר נשא לבן ». Elles ont tissé avec leurs mains, mais surtout avec leur cœur.
Derrière l’histoire d’un peuple en exil puis libéré, derrière les miracles et la construction du Michkan, se cache une force discrète mais essentielle : la force féminine.
Sans Séra’h, gardienne de la mémoire. Sans Yo’heved, mère courage. Sans Myriam, qui veille et qui chante. Sans Batya, qui sauve. Sans Tsipora, qui agit au moment décisif. Sans ces femmes en Égypte qui, armées de leurs miroirs, ont refusé de désespérer et ont maintenu la vie. Sans ces tisseuses du Michkan, dont le cœur s’est élevé avec sagesse et qui ont voulu offrir à D.ieu le plus beau. L’histoire aurait été différente. Elles n’étaient pas toujours au premier plan. Mais elles ont maintenu la vie. Protégé l’espérance. Préparé la délivrance.
Tout Chémot raconte l’histoire d’une nation. Mais derrière la naissance de cette nation, il y a des femmes qui ont cru, porté, tissé — et qui, dans l’ombre, ont façonné l’avenir. Et peut-être que l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Nous aussi, aujourd’hui, nous sommes ces femmes. À notre niveau, dans notre maison, dans notre famille, dans notre univers, nous continuons à agir pour la Guéoula (Délivrance finale). Par notre foi, par nos paroles, par nos choix, par notre manière d’éduquer, de soutenir, de tisser du bien autour de nous. À nous d’en être conscientes. À nous de croire en notre force. Car, comme celles de Chémot, même dans l’ombre, nous participons à écrire l’histoire.






