Dans ma jeunesse, j’ai assisté à un débat public sur un sujet brûlant : la “légitimité” des Juifs à fonder un État sur la terre de leurs ancêtres. Sur l’estrade des intervenants, il y avait d’un côté des Juifs de tendance nationaliste et de l’autre, leurs opposants, des gauchistes essentiellement non juifs. Un des arguments de ces derniers fut : “Comment pouvez-vous parler de revenir sur ‘notre terre’, quand on sait que chaque peuple se mélange forcément à d’autres, surtout sur une période s’étendant à près de 2000 ans ? Peut-on dès lors revendiquer un territoire qui aurait appartenu à ‘ses’ propres ancêtres ?”

Aucune réponse solide n’avait alors été proposée par ces Juifs, et cela se comprend bien : il régnait à cette époque une assimilation galopante, qui ne semblait pas épargner ces intervenants pro-Israël. Pourtant, la Torah est très claire à ce niveau : il est interdit de contracter le moindre lien familial avec une personne non juive. Il ne s’agit pas de racisme, mais tout simplement d’une nécessité pour assumer la mission dont D.ieu nous a chargés. En effet, le peuple hébreu est appelé à être une nation de prêtres, et se doit de s’abstenir de toute influence qui pourrait l’en éloigner.

Au sein même d’Israël, il existe une hiérarchie dans cette prêtrise, qui s’exprime aussi par des restrictions dans le choix du conjoint. Ainsi, un Cohen ne pourra pas se marier avec une femme divorcée, même si elle est juive, et le Cohen Gadol uniquement avec une vierge. Tout au long de l’histoire, Israël a veillé à ces lois, et le Choul’han ‘Aroukh (code de la loi juive) à ce sujet est très clair : ne s’appelle juif que celui qui est né d’une mère juive ou qui s’est converti sérieusement devant un tribunal de juges rabbiniques pratiquants.

Un véritable problème s’est posé lors de la création de l’État d’Israël, lorsque l’on a modifié cette définition dans le cadre de la loi du retour. Le droit de retour a en effet été accordé à toute personne descendant de Juifs ou conjoint de Juif, même si, du point de vue de la Halakha, elle ne l’est pas. De plus, on a accepté des conversions non reconnues, comme celles effectuées par les réformés ou les conservateurs. Aujourd’hui, on sait que des centaines de milliers de ‘Olim (nouveaux immigrants) ne sont pas juifs, principalement parmi ceux provenant de Russie ou d’Ukraine, profitant justement de cette définition “élargie” du statut de Juif. (D’ailleurs, dans l’absolu, on pourrait se retrouver en Israël avec une majorité de Goyim qui profiteraient de cette faille pour obtenir facilement la nationalité israélienne.)

Depuis des décennies, de grands Rabbanim ont dénoncé cet état de fait, en particulier le Rabbi de Loubavitch qui avait lancé une campagne publique appelée “Mi Hou Yéhoudi” (Qui est juif ?). Son action n’a pas abouti, car l’intérêt politique et financier du gouvernement israélien était de ne pas couper les attaches avec les Juifs américains, appartenant souvent à des courants réformés et conservateurs. De plus, dans son essence, cet État se voulait national et pas uniquement une entité religieuse.

On se retrouve dès lors devant une absurdité : d’un côté, on justifie la création de l’État d’Israël avec la Bible à la main, en affirmant que cette terre nous appartient, comme ce livre saint en est témoin. D’un autre, on établit un État qui s’écarte de la Tradition, un système juridique qui s’oppose à la loi juive, et une loi du retour qui risque d’engendrer de l’assimilation.

Le sommet de cette contradiction se retrouve chez des politiciens comme Naftali Bennett, qui, malgré la Kippa qu’il porte sur la tête, promet à son électorat des mariages civils en Israël et des transports publics le Chabbath. On aura tout vu !