Nos Sages nous disent que durant le mois de Adar, nous devons redoubler de joie. Pourquoi cela ? Et comment y parvenir de manière efficace et durable ?
La joie en Adar
Pourquoi redoubler de joie pendant le mois de Adar ? Il y a plusieurs raisons, comme par exemple la joie des miracles de Pourim et de Pessa’h, la joie de l’annulation du mal représenté par 'Amalek et Haman.
Le Sfat Emet aborde également la joie des Parachiot lues à cette période de l’année, décrivant la construction du Tabernacle. D.ieu a ordonné de Lui construire un Tabernacle afin qu’Il y réside. En réalité, c’est en nous que D.ieu veut résider, dans nos cœurs, siège de nos sentiments. Et la Guémara nous enseigne : « La Présence divine ne réside que là où il y a de la joie » – אין השכינה שורה אלא מתוך שמחה. Les Sages parlent de la joie comme d’une clé magique, une Ségoula extrêmement puissante ouvrant des portes verrouillées et qui, comme le dit le Ba'al Chem Tov, a le pouvoir de briser des murailles.
Néanmoins, être joyeux est loin d’être facile. Il s’agit d’un réel travail, essentiellement autour de nos pensées. D’ailleurs, le mot Bésim’ha (dans la joie) contient les mêmes lettres que Ma’hchava (la pensée). Un dicton connu nous dit : « Un homme averti en vaut deux. » Réellement, pour parvenir à préserver et développer notre joie, il nous faut connaître ce que j’appellerai les voleurs de joie.
Je vous invite à faire la connaissance de trois d’entre eux...
Les 3 voleurs de joie…
1- Le « tout ou rien » !
Dans l’histoire de Pourim, nous découvrons Haman, descendant d’'Amalek, qui cherche à exterminer tout le peuple juif en un seul jour — un terrible décret comme le peuple juif n’en avait jamais connu. La Méguila décrit la colère d’Haman lorsque Mordekhaï refuse de se prosterner devant lui. Tous se prosternent, sauf un homme. Et cet unique refus suffit à faire exploser sa rage. L’expression employée par Haman est une grande leçon de vie :
« כל זה איננו שווה לי » — Tout cela ne vaut rien. Haman est riche, honoré, puissant, proche du roi, entouré d’amis, adulé par tous… mais un seul homme ne se prosterne pas, et tout son monde s’effondre. Plus rien n’existe.
Cette attitude peut, malheureusement, être la nôtre. Nous rencontrons un problème, une difficulté, une épreuve… et tout notre monde s’écroule. Toute notre attention est happée par ce point noir, au point de ne plus voir tout le reste. Voici un voleur de joie : le danger du « tout ou rien ». Si une chose ne va pas, alors rien ne va. Honnêtement, qui ne traverse pas d'épreuves ?
Le Chomer Émounim nous révèle que joie, foi et confiance en D.ieu sont intimement liées. L’épreuve est une invitation à chercher D.ieu et Son message, et non un piège. Bien sûr, une personne doit être à l’écoute de ses sentiments. Cela peut faire mal. Mais il est essentiel de préserver une vision globale de son existence et de remettre chaque chose à sa juste proportion.
2- La comparaison !
Un autre voleur de joie passe par ce que j’appelle : « l’autre ». La multiplication des réseaux rend les vies de plus en plus publiques. Nous sommes rapidement tentés de regarder, de comparer… et de tomber dans la tristesse née de comparaisons nocives. Les gens vivent par procuration. Ils ont l’impression que la vie des autres est plus belle que la leur, que la leur ne vaut rien. Le jardin des autres est toujours plus vert. Pour contrer ce fléau, il est indispensable d’aimer sa vie, d’apprécier ce que D.ieu nous donne et de travailler sa foi : tout est pour notre bien. Plus une personne développe la gratitude pour ce qu’elle est et ce qu’elle possède, plus elle devient heureuse, sans comparaison aucune.
Rabbi Na’hman, dans le conte du Sage et du Simple, raconte l’histoire d’un simple cordonnier. Sa femme tente de le convaincre que les autres cordonniers gagnent plus que lui et qu’il devrait augmenter ses prix. Sa réponse est aussi simple que grandiose : « Pourquoi devons-nous parler des gens ? C’est leur vie, et c’est ma vie. » Deux phrases qui, si on les adopte, ont le pouvoir de transformer nos vies.
L’Admour de Slonim définit la joie comme ce sentiment profond que D.ieu est notre Père aimant qui nous protège à chaque instant. Si nous développons en nous cette certitude, l’autre ne nous bouleversera plus autant, car notre vie est dirigée par notre Père aimant, de la meilleure manière qui soit.
3- L’enlisement !
Un autre voleur de joie s’appelle l’enlisement. Le ‘Hazon Ich révèle qu’il existe, en réalité, une seule mauvaise Midda (trait de caractère) : la négligence de la vie naturelle dans son déroulement naturel — le laisser-aller.
Imaginons une femme qui vient de se disputer avec son mari. Naturellement, elle ressent de la peine et de la tristesse. Si, en plus, elle croise sa voisine qui souhaite une bonne journée à son mari avec un grand sourire, sa tristesse risque de doubler.
Le mauvais penchant lui chuchote : « Quelle chance elle a… (Voleur de joie n°2, la comparaison !) Moi, mon mari ne me comprend jamais ! » - Réellement jamais ? (Voleur de joie n°1, voir tout en noir !)
Les deux premiers voleurs sont déjà à l’œuvre tandis que le troisième arrive : se laisser aller à ses pensées négatives, au lieu d’essayer de les transformer !
Il s’agit d’aller à contre-courant, de refuser le laisser-aller, de travailler son focus sur le bien, de relativiser, de juger favorablement, de chercher un moyen de faire la paix. Nous avons le libre arbitre. Nous avons la possibilité de choisir nos réactions. Lorsque nous tombons dans la passivité, la dégringolade peut devenir dangereuse — pour notre équilibre, notre couple et notre avenir. Une arme puissante contre l’enlisement consiste à sortir de son ego en donnant, en cherchant à réjouir l’autre, à apporter, à comprendre ses sentiments, à développer l’empathie. Plus une personne sort des quatre murs de son « moi » — « je veux », « je suis blessée », « je suis incomprise » —, plus elle apprend à regarder l’autre, à faire du bien et plus rapidement elle retrouve sa joie intérieure.
Conclusion
Nous avons parlé de trois voleurs de joie — il y en a malheureusement d’autres. Mais face à ces voleurs, nous détenons de précieux conseils de nos Sages : travailler sa foi, utiliser son libre arbitre, sortir de son ego et développer la gratitude !
Ces outils peuvent nous aider à augmenter notre joie en Adar… et tout au long de l’année.
Bon travail et bon courage à toutes !






