Question : « Mon fils se comporte de manière inappropriée dans certains domaines. J’essaie constamment de parler avec lui et de lui expliquer les choses, mais cela n’aide pas tellement. Parfois, après lui avoir fait des reproches, cela fonctionne pendant un court moment, mais aussitôt après, mon fils retombe dans ses travers. Je suis vraiment désespéré car je ne sais plus comment me comporter avec lui. »

En réalité, il s’agit d’une question beaucoup plus large.Très souvent, des personnes essaient de convaincre d’autres d’apporter des changements dans leur vie et cela ne réussit pas toujours. Que peut-on réellement faire pour amener une personne à comprendre qu’elle n’agit pas correctement, et l’aider à se corriger ?

Réponse du Rav Boyer : 

Dans la Paracha de Nasso, nous lisons au sujet des offrandes que les princes ont apportées à l’occasion de l’achèvement de la construction du Michkan qu’en réalité, tous les princes ont offert exactement le même sacrifice : « un plateau d’argent… un bassin d’argent… remplis d’encens… une cuillère de dix pièces d’or remplie d’encens. Un taureau, un bélier, un agneau, etc. » Mais bien que toutes les offrandes des princes fussent identiques, la Torah revient et détaille longuement, à côté du nom de chaque prince, ce qu’il a exactement apporté, avec quel poids, etc. 

Nous savons que dans la Torah, chaque chose possède une importance et une signification, ainsi que chaque verset et chaque lettre, comme il est rapporté dans les paroles de nos Sages (Mena’hot 29b) au sujet de Rabbi ‘Akiva, qui interprétait sur chaque petit trait d’innombrables lois. Cela signifie que la Torah ne s’étend pas inutilement pour raconter de simples histoires. 

Si tel est le cas, pourquoi précisément ici la Torah a-t-elle eu besoin de détailler aussi longuement toutes les offrandes des princes ?

Juste avant le passage des offrandes des princes, se trouve le passage de la bénédiction des Cohanim : « Hachem parla à Moché en disant : parle à Aharon et à ses fils en disant “Ainsi bénirez-vous les enfants d’Israël, vous leur direz : que Hachem te bénisse et te garde. Que Hachem fasse rayonner Sa face vers toi et t’accorde Sa grâce. Que Hachem tourne Sa face vers toi et t’accorde la paix. Ils placeront Mon Nom sur les enfants d’Israël et Moi Je les bénirai”. » Il faut comprendre quel est le lien entre ces deux passages.

Pour expliquer cela, rapportons l’explication de nos Sages sur la raison même pour laquelle les princes ont apporté leur offrande. Une grande accusation pesait sur les princes. Lorsque furent collectées les donations pour la construction du Michkan, ils ne furent pas parmi les plus empressés à accomplir la Mitsva. Dans les livres saints, il est rapporté que les princes dirent que le peuple d’Israël donnerait d’abord ce qu’il donnerait, et qu’eux compléteraient ensuite ce qui manquerait. Par ces paroles, ils jetèrent apparemment un discrédit sur le peuple d’Israël, comme s’il n’allait pas tout donner pour le Michkan et qu’il y aurait un manque. 

De plus, il y a là aussi un aspect de celui qui se glorifie de la honte de son prochain. C’est également la raison pour laquelle la lettre Youd manquait dans le mot הנשאם (les princes). Finalement, les princes durent réparer ce qui s’était produit lors des donations pour le Michkan. Dans la Paracha de Nasso, nous trouvons cette réparation. Dès le début du fonctionnement du Michkan, tous les princes apportèrent leur offrande avec joie et générosité. Mais la manière dont ils l’apportèrent nous enseigne un très grand principe. 

Avant les offrandes des princes, le Saint béni soit-Il envoya Aharon et ses fils bénir tout le peuple d’Israël sans aucune exception, avec une grande bienveillance et un visage rayonnant. Par cela, Il montra au peuple d’Israël qu’Il les aimait, les bénissait et déversait Son influence sur eux — tous, toutes les tribus et tous les princes, sans aucune exception.

Dans la bénédiction des Cohanim, se trouve un principe fondamental, et ce principe est lié à l’épisode des princes. Lorsqu’on veut influencer une personne afin qu’elle corrige ses actes, il faut la bénir, lui montrer un visage rayonnant, la protéger et se relier à elle dans une dimension de paix. Lorsque la personne verra cette attitude envers elle, elle comprendra elle-même exactement ce qu’elle doit corriger. Lorsque la lumière est présente, on peut voir tout ce qu’il faut nettoyer. Mais lorsqu’il y a de l’obscurité, on ne voit rien. Quand on adresse des reproches à quelqu’un au sujet de ses actes, il se sent éloigné, comme quelqu’un qui se trouve dans l’obscurité. Il ne voit pas la lumière.

La raison pour laquelle la Torah revient et détaille longuement toutes les offrandes des princes est de souligner le grand principe caché ici. Le Saint béni soit-Il s’est réjoui de chacune des offrandes des princes, afin de montrer qu’il y avait ici une très grande réparation, et tout cela provenait des bénédictions et de la protection, d’un visage rayonnant et de paix, toutes ces choses incluses dans la bénédiction des Cohanim.

Lorsque le père montre un visage rayonnant à son enfant, et même lorsqu’il exige de lui qu’il change, il le protège et reste avec lui dans la paix, l’enfant voit le comportement du père, il le comprend et se relie à lui. Il comprend que même si lui-même ne se comporte pas correctement, et même s’il agit contre son père, malgré tout son père continue à le traiter avec amour, et c’est cela qui conduira finalement à une très grande réparation. 

À l’inverse, lorsqu’une personne fait des reproches à une autre mais la traite d’une manière inappropriée, d’une façon opposée à la paix et à l’accueil bienveillant, Rabbi Na’hman de Breslev זצ״ל disait à ce sujet qu’il faut être extrêmement prudent dans la manière de faire des reproches. C’est exactement comme un aliment qui a pourri : tant qu’on n’y touche pas, il ne dégage pas d’odeur. Mais dès qu’on le touche, sa mauvaise odeur se répand. Les personnes qui ne savent pas faire des reproches déplacent en réalité toutes les mauvaises choses vers l’extérieur et alors une mauvaise odeur apparaît. Cela provoque le fait que l’abondance venant du Ciel ne peut plus descendre et qu’il n’y a plus de bénédiction ; et par conséquent, cette personne ne changera pas non plus.

C’est pourquoi il faut savoir comment faire des reproches aux gens. Lorsqu’on vient reprendre quelqu’un, il faut lui montrer un visage rayonnant, lui faire sentir qu’on veille sur lui, et simplement lui manifester de la paix. De cette manière, on peut trouver en lui le bon point qui n’a pas encore “pourri”, l’élever et jeter les déchets. Alors la personne pourra changer et réussira à se corriger…