J’ai rencontré dernièrement un Juif certes pratiquant, mais à "sa manière" : il fait abstraction de la Chémirat Négui’a (interdiction de tout contact physique entre personnes de sexe opposé hors liens du mariage), et se permet aussi de regarder des vidéos ou des revues pouvant contenir des visions impudiques. Pour se justifier, il affirme que "sa santé mentale passe avant tout !" Pour plus d’explications, il argumente : "Comment la Torah peut-elle interdire des choses ‘impossibles’ à appliquer à notre époque ? Pour y parvenir, il faudrait se retirer de la société, ne plus aller au travail, ne plus utiliser son smartphone ; bref, de quoi devenir cinglé. Moi, je tiens à rester ‘un être normal’”

Le ton employé ne laissait aucune place au dialogue, et notre discussion s’est terminée. Pourtant, il y a de quoi répondre.

Tout d’abord, chaque époque présente ses propres défis dans l’accomplissement des Mitsvot. Dans les temps anciens, des peuples puissants et redoutables comme les Grecs et les Romains avaient décrété l’interdiction de pratiquer le Chabbath, les fêtes, la circoncision, la pose des Téfilin et l’étude de la Torah, punissant de mort ceux qui les enfreignaient. Il n’y a pas encore si longtemps, sous le régime soviétique, il était interdit de pratiquer quoi que ce soit du judaïsme. Pourtant, il s’est trouvé des Juifs qui, dans une abnégation incroyable, ont malgré tout respecté la Torah, parfois au prix de leur vie.

À certaines époques, garder le Chabbath signifiait se retrouver sans moyens de subsistance ; une femme désirant se purifier devait, pour cela, s’immerger dans un Mikvé glacé en plein hiver. Aujourd’hui, il est relativement facile d’être croyant, et la principale difficulté qui nous reste concerne justement tout ce qui touche à la volupté.

Revenons maintenant à cet argument de "santé mentale". Si au début du XXe siècle, certains courants de pensée psychologiques et philosophiques ont émis la thèse selon laquelle le fait de réprimer ses pulsions – notamment sexuelles – peut rendre malade mentalement, il s’est vite levé de nombreuses voix — y compris parmi des psychologues, philosophes ou mouvements de protection des mineurs — qui s’opposent à cette approche.

Tout d’abord, on a constaté qu’elle s’oppose à des considérations importantes. En effet, les pulsions humaines incluent des tendances brutes et agressives, ce qui peut déboucher sur des conduites dangereuses en société (violence, meurtre, viol, …). De plus, l’absence totale de contrôle peut aussi conduire à des dépendances, des difficultés relationnelles, une instabilité affective, des troubles obsessionnels, et bien d’autres maux.

La nécessité de définir de nombreux points est également apparue : selon quelle morale va-t-on décider que certaines pulsions sont légitimes et d’autres non ? Jusqu’où ? Qu’est-ce qui s’appelle le consentement d’autrui ? Encore un autre argument, bien lourd : comment peut-on réduire l’être humain à la sexualité et négliger la spiritualité et la quête de sens ? (Carl Jung).

En conclusion, beaucoup reconnaissent aujourd’hui les limites d’une société fondée sur l’absence totale de barrières et considèrent qu’au nom de la "santé mentale", notre société se retrouve perdue dans une instabilité inquiétante, faute de repères moraux.

Faisons confiance à la Torah, qui depuis plus de 3000 ans, nous a livré le secret de l’équilibre entre le Yétser Hara’ (mauvais penchant), qui doit être maîtrisé, et le cadre moral et familial — celui du mariage — qui permet de canaliser nos désirs. Elle nous a aussi ordonné de ne pas nous laisser détourner par des visions ou des pensées impudiques, justement pour conserver cet équilibre.