À l’occasion de la Hiloula de Rabbi Its'hak Abrabanel (1436-1508, également connu sous le nom de Don Abrabanel), qui tombe le 10 Av (ou le 29 Tichri selon certains), voici une lecture originale tirée de son commentaire sur la Torah, au sujet d’un épisode bien connu : le serpent et du fruit défendu. Contrairement à l’interprétation habituelle, Abrabanel soutient que le serpent n’a jamais parlé. Son raisonnement est simple : si les serpents avaient autrefois possédé la parole avant d’en être privés, la Torah aurait dû mentionner explicitement une punition aussi importante, comme elle précise qu’ils perdent leurs pattes. De même, si Hachem avait accordé exceptionnellement la parole au serpent, le texte l’aurait signalé, à l’image de l’ânesse de Bil'am dont « la bouche s’ouvrit ». Rien de tel n’apparaît ici, ce qui conduit Abrabanel à conclure que le serpent est toujours resté silencieux.

Comment comprendre alors l’expression « le serpent dit » (« הַנָּחָשׁ וַיֹּאמֶר ») ? Abrabanel explique que le verbe Vayomer ne désigne pas nécessairement une parole prononcée. Dans le Tanakh, on trouve aussi des expressions comme « le ciel dit » ou « la mer dit », alors que ces éléments ne parlent évidemment pas. Il s’agit plutôt d’une transmission de sens ou d’un enseignement que l’on tire d’une situation ou d’un comportement.

Le serpent « parle » donc par ses actes. Décrit comme Aroum (« rusé »), il se distingue des autres animaux en grimpant directement sur l’arbre de la connaissance pour atteindre les fruits, au lieu de se contenter de ceux tombés au sol. Or 'Hava croyait, à tort, qu’il était interdit de toucher l’arbre. En voyant le serpent s’y déplacer sans conséquence, elle conclut par elle-même que l’interdit n’était pas aussi absolu qu’elle le pensait et en vient à manger le fruit. Ainsi, le serpent n’a pas convaincu 'Hava par un discours, mais par un simple comportement, dont elle a tiré seule une conclusion erronée.

Reste alors une question : pourquoi le serpent est-il puni s’il n’avait aucune intention de tromper ? Abrabanel répond que la responsabilité ne dépend pas toujours de l’intention. Même sans vouloir nuire, le serpent a été la cause, indirecte, de la faute de 'Hava et a constitué un obstacle à sa réussite spirituelle. Cette responsabilité suffit à justifier sa sanction. La leçon qui en découle est que nos actes peuvent avoir des conséquences importantes, même lorsque nous ne cherchons pas à faire le mal, et qu’il est essentiel d’être conscient de l’influence que notre comportement peut exercer sur les autres.

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Tsion Meimoun
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