Dans la paracha de cette semaine, Yaacov Avinou élève ses deux petits-fils, Ephraïm et Ménaché, au rang de Chevatim (tribus) et leur attribue une bénédiction qui est devenue l’archétype de la bénédiction paternelle jusqu’à ce jour. « Il les bénit alors ce jour-là en disant : "Israël te prendra en exemple dans ses bénédictions en disant : ‘Que D. te fasse devenir comme Ephraïm et comme Ménaché.’ " » [1] Les commentateurs demandent pourquoi Yaacov chargea le peuple juif de bénir ses fils et de leur souhaiter de devenir précisément comme Ephraïm et Ménaché, et non comme quelqu’un d’autre. Cette question est renforcée par le fait que nous souhaitons à nos filles de devenir comme les Imaoth (les Matriarches). Il semblerait donc plus logique d’aspirer à ce que nos fils ressemblent aux Avot (aux Patriarches).

On peut proposer pour réponse qu’Ephraïm et Ménaché exploitèrent leur plein potentiel ; jusqu’à présent, seuls les fils de Yaacov Avinou méritèrent le titre de Tribus. Ephraïm et Ménaché n’étaient pas les enfants de Yaacov, et n’étaient donc pas destinés à faire partie des Tribus. Néanmoins, du fait de leur grandeur [2], Yaacov les éleva au rang de Chevatim. Ils réussirent ainsi, de façon incroyable, à aller au-delà de leur potentiel. [3] Nous souhaitons donc que nos enfants émulent Ephraïm et Ménaché, et nous espérons à travers cela, qu’ils se surpassent.

Le Targoum Yonathan écrit que l’intention de Yaacov était que l’on bénisse ses fils et en leur souhaitant d’être comme Ephraïm et Ménaché, lors de la brit mila en particulier [4]. Selon cette interprétation, nous espérons que notre fils émule Ephraïm et Ménaché et devienne quelqu’un de grand. C’est ce qui ressort de la prière que nous récitons durant la mila : « Que ce katan (petit) devienne un gadol (grand). » Cela ne signifie pas que nous voulons que ce petit garçon devienne un homme haut de taille. La « gadlout » fait ici référence à une grandeur spirituelle. Nous aspirons à ce que notre enfant devienne une personne digne, comme Ephraïm et Ménaché.

Cela enseigne à l’individu qu’il doit aspirer à se surpasser, mais inculque également aux parents les aspirations à avoir pour leurs enfants. Il ne faut pas se contenter d’élever son enfant à devenir un Juif « ordinaire », mais plutôt avoir comme objectif de l’aider à devenir « grand ». Qui plus est, il ne suffit pas de « vouloir » que notre enfant devienne grand, mais il faut l’aider activement à évoluer de la sorte. Le rav Yaacov Kamenetsky zatsal exprime cette idée en rapportant un enseignement de la parachat Chemot. Lorsque Moché Rabbénou était bébé et fut sorti des eaux par Bitya [M1] , la fille de Pharaon, elle voulut qu’une Égyptienne l’allaite, mais il refusa de boire de ce lait. Rachi en explique la raison : à l’avenir, Moché « allait s’entretenir avec la Chekhina » [5].

Le commentaire de Rachi relève de la loi juive. Le Rama régit que l’on ne doit pas nourrir un bébé avec du lait provenant d’une non-juive, dans la mesure du possible [6]. Le Gaon de Vilna rapporte la source de ce précepte : Moché Rabbénou ne voulut pas boire du lait des femmes égyptiennes[7]. Le rav Kamenetsky demande comment nous pouvons comparer la situation de Moché à celle de tout enfant. Dans le cas de Moché, la raison de son refus à boire d’un lait étranger était qu’il devrait, par la suite, parler avec la Présence Divine ; or ce motif ne s’applique pas à tout le monde. Il répond que nous devons élever nos enfants comme si, potentiellement, ils pouvaient atteindre le niveau de parler à la Présence Divine. L’éducation que nous leur dispensons doit les faire devenir des personnes vertueuses.

Le rav Kamenetsky nous avise d’être très vigilants à éduquer nos enfants de la manière la plus pure et sainte, sans mauvaises influences. Cette leçon est très pertinente dans le milieu environnant. Un parent peut penser qu’il n’y a rien de mal à exposer son enfant à toutes sortes de nouvelles technologies, qui s’infiltrent dans chaque aspect de notre vie quotidienne. Cependant, une telle exposition peut facilement impliquer que l’enfant entende ou voie des choses qui ne prédisposent pas une personne à grandir spirituellement. Par conséquent, même si elles ne détruisent pas la spiritualité d’un enfant (elles sont en réalité souvent dévastatrices), elles l’empêcheront certainement d’exploiter son plein potentiel, et a fortiori, de se surpasser comme le firent Ephraïm et Ménaché.

Nous apprenons de la bénédiction que Yaacov accorda à ses petits-fils que chaque parent doit aspirer à ce que ses enfants exploitent, voire surexploitent leurs potentiels. Ce souhait doit se manifester dans leurs actes ainsi que dans leur attitude. Puissions-nous tous mériter de nous dépasser et d’élever des enfants qui dépasseront toutes nos attentes.

 


[1] Parachat Vayé’hi, Beréchit, 48:20.

[2] Il existe deux aspects dans leur grandeur, évoqués par les commentateurs ; tout d’abord, ils grandirent dans une société hostile aux enseignements de la Thora et furent malgré tout capables de maintenir leur haut niveau spirituel. En outre, ils furent les premiers frères qui vécurent harmonieusement ensemble. Certains commentateurs écrivent que ce sont ces vertus que nous souhaitons pour nos enfants et c’est pour cela que nous les bénissons en évoquant précisément Ephraïm et Ménaché.

[3] Cette réponse fut entendue du rav Meilich Schiller chlita. Elle est également rapportée dans Béchem Amrou, Beréchit, p. 358.

[4] Targoum Yonathan, Beréchit, 48:20.

[5] Parachat Chemot, 2:7. Le mot “Chekhina” est traduit par Présence Divine. Rachi semble dire que dans le futur, Moché allait communiquer directement avec Hachem et qu’il était donc inapproprié qu’il boive du lait provenant d’une non-juive, même s’il n’était qu’un nourrisson.

[6] Rama, Yoré Déa, Siman 81 Saïf 7.

[7] Biour HaGra, Yoré Déa, Siman 81, saïf katan 31.


 [M1] Batya, selon l’original en anglais, mais dans Divré HaYamim, le prénom de la fille de Pharaon est Bitya…