La faute du Veau d’Or est un épisode de la Torah très difficile à comprendre. Les commentateurs se demandent comment le peuple juif a pu trébucher et commettre une si grave faute quarante jours seulement après la Révélation au mont Sinaï[1]. Les événements qui entrainèrent ce péché sont également mystérieux. Relevons entre autres, le fait que les Bné Israël aient pu croire que Moché était mort. La Torah nous raconte que le peuple se trompa quant à la date où Moché Rabbénou devait redescendre et prévoyait son retour un jour avant le moment fixé. La Guémara nous communique les détails de cette erreur. Elle nous informe que le Satan[2] montra aux Juifs une image de Moché mort[3]. À cette vision, ils paniquèrent et demandèrent à Aharon de leur fabriquer un nouvel intermédiaire pour communiquer avec D.ieu[4].

L’une des difficultés de cet incident est la méthode employée par le Satan ; nulle part ailleurs dans la Torah nous ne voyons une telle tactique. Normalement, une personne faute parce qu’elle pense réellement que ce qu’elle fait est correct. Pourquoi le Satan utilisa-t-il cette forme de persuasion précisément pour cette transgression ?

Rav ’Haïm de Volozhin répond à ces questions dans son ouvrage, le Néfech Ha’haïm, en expliquant la nature du Yétser Hara (le mauvais penchant). Pour ce faire, il explique tout d’abord la faute d’Adam et ’Hava, puis il met le Don de la Torah et la faute du Veau d’Or en parallèle avec Adam et ’Hava avant et après la faute[5]. D’après ’Hazal, l’être humain n’avait pas de Yétser Hara avant la faute, donc pas de libre-arbitre. Il considérait le mal comme quelque chose de complètement extérieur à lui et de détestable. En consommant du fruit, Adam et ’Hava firent entrer le Yétser Hara en eux. Cela signifie qu’ils étaient dès lors constitués de bien (émanant de leur âme pure) et de mal (provenant du mauvais penchant).

Par conséquent, ils étaient sujets à l’arme principale du Yétser Hara : le doute. Lorsqu’une personne sait clairement que quelque chose est mauvais, elle ne le fait pas. Le stratagème du Yétser Hara consiste à la convaincre que l’acte en question n’est pas une faute, mais qu’il s’agit d’une bonne chose à faire. Dans le même ordre d’idées, ’Hazal attestent que l’homme ne faute que si un « Roua’h Chtout »[6] l’envahit[7] — c’est-à-dire qu’il ne distingue plus le bien du mal et agit donc incorrectement, tout en étant convaincu qu’il est dans le droit chemin.

Le Néfech Ha’haïm ajoute que cette situation se poursuivit jusqu’à Matan Torah. La Guémara affirme que le « poison » qu’ingéra ’Hava en fautant (à savoir, le Yétser Hara) fut complètement supprimé quand le peuple juif se tint au mont Sinaï[8]. À ce moment, les Bné Israël revinrent au niveau d’Adam avant la faute. Ils auraient pu vivre éternellement (comme c’était le cas d’Adam avant qu’il ne mange du fruit)[9]. On peut à présent comprendre pourquoi le Satan leur montra une image. Ils étaient à un niveau tellement élevé que le Yétser Hara ne résidait pas en eux. Il ne pouvait donc pas les faire tomber dans son piège habituel – la confusion subtile. Il fallait qu’il les persuade avec un moyen extérieur, à l’instar de ce que fit le serpent avec ’Hava. Quand le peuple succomba, le « poison » de la faute ressurgit ; le Yétser Hara résida à nouveau en eux.

Comment parvenir à discerner le Yétser Hara du Yétser Hatov ? Le moyen le plus efficace est l’étude de la Torah. Si l’on apprend les lois du Lachone Hara, par exemple, on en viendra moins à s’imaginer que ce que l’on dit est permis. De même, l’étude du Moussar aide l’individu à comprendre comment fonctionne le Yétser Hara et à agir conséquemment. L’autre moyen fondamental est le ’Hechbon Hanéfech (l’introspection), c’est-à-dire l’analyse régulière et sincère de nos actions, qui aide à y déceler plus clairement le bien et le mal.



[1] Voir l’explication du Ramban sur ces versets.

[2] C’est l’un des termes utilisés pour décrire la force qui nous éloigne du droit chemin. C’est un synonyme du Yétser Hara.

[3] Chabbat, 89a.

[4] Cette explication est basée sur le commentaire du Ramban.

[5] Néfech Ha’haïm, Ch. 1, Chaar 6.

[6] Traduit littéralement par « esprit de folie » ou stupidité.

[7] Sota, 3a.

[8] Chabbat, 146a.

[9] Voir Néfech Ha’haïm pour le lien qu’il établit entre le Yétser Hara et la mort.