La paracha de Emor rapporte les mitsvot relatives au Omer. Nous avons l’obligation d’apporter une offrande d’orge au Beit HaMikdach le deuxième jour du Omer et la Thora nous enjoint ensuite de compter quarante-neuf jours depuis ce sacrifice jusqu’à la veille de Chavouot.

Rav Yossef Salant zatsal, dans son ouvrage Béer Yossef pose plusieurs questions concernant le Omer [1]. Il remarque que le volume de l’offrande du Omer était équivalent à celui d’autres Mena’hot – à savoir un dixième de Epha [2]. Pourtant ce sacrifice est le seul qui est appelé Omer et non « le dixième d’une Epha ». Pourquoi ce nom particulier ?

De plus, il cite le Séfer Ha’Hinoukh qui écrit que le but de la supputation du Omer est de compter les jours en vue du don de la Thora, en vue de Chavouot. Nous montrons par là notre impatience d’arriver à cette sainte journée [3]. Rav Salant remarque que selon l’explication du Séfer Ha’Hinoukh, il est difficile de comprendre le rapport entre le Omer et Matan Thora (le don de la Thora), il semble, tout simplement, qu’il y eut quarante-neuf jours entre les deux événements et que nous faisons le compte des jours pour passer de l’un à l’autre. Quel lien y a-t-il entre ces deux dates, l’offrande du Omer et Chavouot ?

Il répond à la première question, notant que le mot « Omer » est utilisé dans la Thora à propos des Juifs qui reçurent la manne dans le désert. Dans la parachat Béchala’h, la Thora nous informe qu’Hachem ordonna au peuple de ramasser la manne, « un Omer par personne » [4]. Le Midrach relie également le sacrifice du Omer et la manne. Il nous dit que l’offrande du Omer était une sorte de reconnaissance et de gratitude de la part du peuple juif envers Hachem Qui leur envoya la manne dans le désert.

Rav Salant explique que pendant leur traversée du désert, les Juifs avaient à ne fournir aucun effort pour vivre. La manne descendait directement du Ciel, sans aucune contribution humaine. En outre, quelle que soit la quantité de manne qu’une personne essayait de ramasser, elle ne parvenait jamais à prendre plus que la part qui lui était allouée, elle gardait uniquement ce dont elle avait besoin. La nourriture leur ainsi étant fournie, les Juifs pouvaient se consacrer à l’étude de la Thora et au service d’Hachem.

En revanche, lorsqu’ils entrèrent en Erets Israël, la manne ne tomba plus du Ciel et ils durent subvenir à leur besoin à travers des efforts physiques. Avec ce changement, apparut un nouveau danger. Lorsqu’un homme voit que ses efforts portent leurs fruits, il risque de moins de placer moins sa confiance en Hachem et d’attribuer ses réussites à son dur labeur. Pour éviter ceci, la Thora nous prescrit d’apporter le Omer, la première production de la saison, à Hachem, reconnaissant ainsi qu’Il est la seule Source de revenus, et que notre gagne-pain n’est pas le résultat de notre propre hichtadlout (efforts fournis). En faisant le lien entre la manne et le Omer (qui ont le même volume), la Thora nous montre qu’il n’y a en réalité aucune différence entre la façon de vivre dans le désert et en Erets Israël. De la même manière qu’Hachem subvint à nos besoins dans le désert, Il resta notre source de revenus après cette période miraculeuse. La seule différence, c’est que nous ne méritons plus d’assister à des miracles dévoilés et qu’il nous faut donc fournir des efforts physiques pour gagner notre vie.

Le Béer Yossef établit un autre lien entre la manne et le Omer. Il rapporte la guemara dans Kidouchin qui affirme que la manne cessa de tomber quand Moché Rabbénou décéda, mais le peuple continua de manger ce qu’il leur restait jusqu’à ce qu’ils entrèrent en Terre sainte, le 16 Nissan [5]. C’est aussi la date à laquelle nous devons apporter le Omer ! Ainsi, chaque année, nous commençons à compter le Omer le jour où la manne cessa, pour nous enseigner que la subsistance symbolisée par le Omer est une suite de celle représentée par la manne.

Il poursuit en expliquant le rapport entre le Omer et Chavouot. Jusqu’à présent, le Omer nous enseignait que notre gagne-pain provenait d’Hachem. Toutefois, cette prise de conscience ne suffit pas, nous devons également réaliser que la parnassa n’est pas une fin en soi, mais uniquement un moyen pour atteindre un but plus noble – celui de nous procurer la tranquillité d’esprit qui nous permettra de nous concentrer sur le service Divin et l’étude de la Thora, sans être accablé par les soucis de notre subsistance. Ainsi, la Thora relie le compte du Omer à Chavouot, pour nous apprendre que le but de notre parnassa, représentée par le Omer, est de nous mener vers Matan Thora, c’est-à-dire de nous permettre d’étudier et de respecter la Thora au mieux. C’est pourquoi, durant quarante-neuf jours, nous comptons le Omer, et cela nous pousse à réaliser qu’Hachem est l’unique Source de subsistance et aussi, que le but est de nous permettre de nous rapprocher de Lui par l’intermédiaire de l’étude et de l’observance de Sa Thora.

Les enseignements de la manne furent très pertinents à travers l’Histoire. À l’époque du prophète Yirmyahou, le peuple donnait priorité au travail plutôt qu’à l’étude de la Thora. Yirmyahou exhorta les Juifs à faire de l’étude leur priorité. Les Bné Israël prétendirent qu’ils avaient besoin de travailler pour vivre [6]. Yirmyahou leur apporta un récipient de manne qui était entreposé dans le Beit HaMikdach [7]. Il leur montra qu’Hachem avait maintes façons de subvenir aux besoins de l’homme et qu’il lui fallait donc réaliser la futilité de la recherche de la matérialité.

Nous n’avons plus ce récipient de manne pour nous éveiller, mais il nous reste la mitsva du compte du Omer – elle est un rappel constant qu’il ne sert à rien de fournir plus d’efforts que nécessaire, puisqu’Hachem est l’unique Source de revenus. De plus, elle nous rappelle que le but de la matérialité est de pouvoir se rapprocher d’Hachem [8]. Ces enseignements s’appliquent différemment chez chacun, il n’existe pas de « nombre d’heures précis » à consacrer au travail, à l’étude ou à d’autres activités spirituelles. Il convient cependant, durant cette période de Sefirat HaOmer (compte du Omer), de s’introspecter [9] et de faire le bilan de notre implication dans le monde physique et spirituel. Travaille-t-on plus que nécessaire ? Durant les temps libres, se concentre-t-on plus sur le spirituel ou apporte-t-on du travail à terminer chez soi ? En se posant de telles questions, on peut espérer intérioriser les enseignements du Omer.

Puissions-nous tous mériter de recevoir notre subsistance sans difficulté, et avoir plus d’opportunités de nous rapprocher d’Hachem.



[1] Parachat Emor, p. 48-55.

[2] Il s’agit d’une unité de mesure de 43.2 œufs moyens (‘Houmach Artscroll, Parachat Emor, p. 684.)

[3] Séfer Ha’Hinoukh, Mitsva 306.

[4] Parachat Béchala’h, 16:16.

[5] Kidouchin 38a.

[6] Un commentateur écrit que ceci se déroula en période de famine.

[7] Voir Parachat Béchala’h, 16:32, quand Moché demanda à Aharon de mettre ce récipient dans le Michkan comme rappel des enseignements de la manne pour les générations futures. Rachi rapporte cet incident dans son commentaire sur ce passouk.

[8] Dans cet ordre d’idées, le Rambam explique que toutes les bénédictions physiques promises dans le Chéma si l’on respecte la Thora ne sont pas la récompense ultime. Hachem nous gratifie en nous donnant une source de revenus qui nous permettra de nous concentrer sur le spirituel, car la récompense réelle de l’observance des mitsvot est la possibilité d’accomplir d’autres mitsvot.